Politique

Qui est le nouveau chef d’Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Le nouveau chef d’Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi.

Le nouveau chef d'Aqmi, Abou Obeida Yousouf al-Annabi. © AFP

Après la mort en juin 2020 d’Abdelmalek Droukdel, le nouvel émir d’AQMI prend la tête d’une organisation terroriste affaiblie. Les détails sur son parcours.

Plus de cinq mois après l’élimination d’Abdelmalek Droukdel, chef suprême d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, l’organisation a fini par choisir son successeur. Il s’agit de Yazid Mebarek alias Abou Obeida Yousouf al-Annabi.

Ce n’est pas une surprise. Le nouveau chef de l’organisation terroriste est un compagnon de longue date de son fondateur Abdelmalek Droukdel, avec qui il a créé le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) en 1998 et participé à la transformation du groupe en franchise d’Al-Qaïda en janvier 2007 après une prestation d’allégeance officialisant la création d’AQMI.

Militant actif du FIS

Yazid Mebarek est né en Algérie, en 1970, dans la ville d’Annaba, à 500 kilomètres à l’est de la capitale. À 19 ans, il devient militant actif du Front islamique du salut (FIS), parti islamiste crée en 1989 et dont Annaba et plus généralement l’Est algérien est alors un véritable bastion.

Le parti se structure après sa victoire aux élections communales de 1990. Le jeune Mebarek, alors étudiant en sciences économique à l’université de Constantine, côtoie d’autres leaders de ce mouvement ainsi que de futurs dirigeants des organisations terroristes qui naîtront après l’arrêt du processus électoral en janvier 1992.

C’est d’ailleurs à cette période, en 1993, que Mebarek, son diplôme en poche, rejoint les rangs de l’Armée islamique du salut (AIS), puis ceux du GIA où il fait la rencontre d’Abdelmalek Droukdel en 1996.

Il monte en grade en participant à la création du GSPC en 1998

Il monte en grade en participant à la création du GSPC en 1998 et aura son premier poste de responsabilité au sein de l’organisation en devenant son commissaire politique, poste qu’il conservera après la création d’AQMI.

Mebarek était contre la régionalisation du combat et son extension vers d’autres pays, et estimait qu’il fallait se concentrer sur l’Algérie. Il n’était pas très favorable à l’adhésion du GSPC à la nébuleuse Al-Qaïda à cause du risque de s’attirer l’inimitié d’autres États.

La troisième voie

Al-Annabi représente alors, avec un petit groupe de cadres du GSPC, une troisième voie, entre celle de Hassan Hattab, fondateur de l’organisation qui croyait au dialogue et à la réconciliation nationale proposée par l’Algérie, et celle d’Abdelmalek Droukdel, qui voulait coûte que coûte faire du GSPC le bras d’Al-Qaïda sur l’ensemble du continent. Il en résultera des tensions entre lui et Droukdel qui dureront plusieurs années.

En 2009, alors qu’AQMI est acculée dans les maquis de Kabylie, une branche s’allie à Mokhtar Belmokhtar et s’étend au Sahel pour y vivre de prises d’otages et de trafic de drogue. En novembre de la même année, Abou Obeida Yousouf al-Annabi manque de perdre la vie en tombant dans une embuscade tendue par l’armée algérienne dans le maquis d’Imsouhel, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Il en sortira gravement blessé et perdra l’usage d’une jambe.

Il deviendra par la suite le chef du comité des sages et membre du majliss al-choura

Cette blessure le cantonnera à un rôle moins opérationnel, mais plus idéologique et administratif au sein de l’organisation terroriste. Il deviendra par la suite le chef du comité des sages, groupe de référents religieux et idéologiques, et membre du majliss al-choura, conseil consultatif d’AQMI.

C’est à ce titre qu’il est choisi par Droukdel pour le remplacer progressivement derrière le micro et signer les communiqués d’AQMI, à partir de fin 2018, à un moment où le chef d’AQMI est très affaibli par sa maladie.

Abou Obeida saisira l’opportunité du déclenchement du Hirak en Algérie après février 2019 pour lancer des communiqués de soutien et déclarer que son organisation s’abstiendra de s’attaquer au peuple. Dans la foulée, en mai, il accorde une interview à la chaîne d’information France 24 où il sera présenté comme numéro deux de l’organisation.

 

C’est donc tout naturellement qu’il est propulsé chef d’AQMI par le majliss al-choura le 21 novembre dernier, très peu de cadres pouvant se targuer de son ancienneté. En devenant le patron d’AQMI, Abou Obeida Yousouf al-Annabi va peut-être entériner le divorce entre son organisation et la confédération terroriste sahélienne du Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (JNIM/GISM).

Son chef, Iyad Ag Ghaly, n’a toujours pas présenté ses condoléances pour la mort de Droukdel, pas plus qu’il n’a publié de communiqué félicitant Al-Annabi pour sa nomination.

Au final, cette nomination sera peut-être celle du dernier émir d’une AQMI en déclin en Algérie et en Tunisie, et dont il ne subsiste que peu de traces au Sahel.

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