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Livres : les épouvantails saisissants des enfants d’Éthiopie

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« Épouvantails, un art éphémère », aux Éditions La Martinière (220 pages, 35 euros)

« Épouvantails, un art éphémère », aux Éditions La Martinière (220 pages, 35 euros) © Hans Silvester

Dans son dernier livre, le photographe allemand Hans Silvester s’intéresse aux épouvantails du monde. Et en particulier aux créations des enfants bench, en Éthiopie, qui font preuve d’une grande inventivité.

Une croix de bois, quelques vieux vêtements, un peu de paille : il ne faut pas grand-chose pour confectionner un épouvantail. Vieille comme l’agriculture, la pratique existe sur tous les continents, et c’est avec un œil attendri que le photographe allemand Hans Silvester a traqué, au cours de ses diverses pérégrinations en Europe, en Asie et en Afrique, ces créations éphémères censées effrayer volatiles, singes et autres bestioles nuisibles aux cultures des hommes. Épouvantails, un art éphémère, son nouveau livre, propose toute une série de rencontres singulières avec ces marionnettes de peu qui grillent au soleil, ploient sous la pluie et ne bougent qu’au gré du vent.

Né en 1938 à Lörrach, Hans Silvester a baroudé un peu partout à travers le monde, photographiant animaux, traditions (la pétanque, la pratique du cerf-volant, les épouvantails) et développant au cours des années une profonde thématique écologique. En Afrique, il s’est particulièrement intéressé aux peuples de la vallée de l’Omo (Éthiopie).

Une inventivité débridée

Esthétisantes, frontales, ses images évoquent plus une Afrique d’hier fidèle à ses traditions qu’une Afrique en prise avec la modernité. Épouvantails ne déroge pas à la règle. Les images y sont propres, nettes et contrastées, sans forte personnalité – ce que l’on peut aussi voir comme une forme d’humilité par rapport au sujet et, surtout, par rapport à la nature qui l’entoure.

En Éthiopie, Hans Silvester a surtout photographié les épouvantails des Bench. « Lors de mes nombreuses pérégrinations dans ce pays, j’ai visité l’ethnie des Bench, à 500 kilomètres au sud d’Addis-Abeba, la capitale : des agriculteurs de montagne, très pauvres, dont les épouvantails m’ont littéralement fasciné, raconte l’artiste. Durant quatre ans et cinq voyages, je suis donc allé photographier leurs extraordinaires créations. »

En Éthiopie, Hans Silvester a surtout photographié les épouvantails des Bench

En Éthiopie, Hans Silvester a surtout photographié les épouvantails des Bench © Hans Silvester

Extraordinaires, le mot est juste tant les effigies imaginées et réalisées par les enfants, toutes plus expressives les unes que les autres, révèlent une inventivité débridée. Ici comme ailleurs, la paille, les vieux vêtements et la croix de bois forment la base essentielle des créations. Mais comme les vieux vêtements ne sont pas légion, les Bench utilisent surtout des fibres végétales et de la terre pour confectionner habits, corps et visages. Ces derniers sont modelés à la main et peints avec des pigments naturels, noirs, ocre, blancs.

Certains sont terriblement humains, mais pas aussi effrayants que nous

Souvent, la bouche est grande ouverte, les dents clairement visibles, les yeux exorbités, les sourcils froncés, comme pour effrayer les babouins qui sont ici les pires ennemis des cultures. Bien entendu, les vieux récipients en plastique, en terre cuite ou en métal entrent parfois dans la confection des visages, rappelant certaines œuvres d’art contemporain, comme les masques-bidons du Béninois Romuald Hazoumé. Les plus impressionnants demeurent ceux conçus avec des fibres végétales,  bois ou grandes feuilles, encore vertes ou bien séchées.

Peau de léopard et crânes de vache

De temps en temps, des éléments animaux viennent compléter la panoplie. « Les épouvantails des paysans de la région de Konso se distinguent de ceux des Bench : pour les concevoir, ils utilisent davantage d’éléments animaux, comme […] la peau d’un léopard ou celle d’une grande antilope, écrit Silvester. Ils se servent aussi souvent d’un crâne de vache. »

La question de l’efficacité se pose : qu’est-ce qui fonctionne le mieux : un épouvantail cornu, un épouvantail chevelu et hirsute ? « L’efficacité est difficile à évaluer, poursuit Silvester, mais, visiblement, c’est la variété des postures qui paie. »

Et de fait, en Éthiopie, si la croix de bois reste fréquente, certains ont deux jambes, certains sont suspendus, certains sont renversés, tête en bas, certains semblent se balancer ou courir… Et malgré leurs traits grossiers, caricaturés, certains sont terriblement humains – sans jamais parvenir à être aussi effrayants que nous !

 

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