Santé

Fin d’Ebola en RDC : « Le danger est loin d’être éliminé »

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Etetni Longondo, le ministre congolais de la Santé, lors du sommet Russie-Afrique de Sotchi, en 2019.

Etetni Longondo, le ministre congolais de la Santé, lors du sommet Russie-Afrique de Sotchi, en 2019. © Dmitry Feoktistov/TASS/Sipa USA/SIPA

Si l’épidémie d’Ebola est désormais officiellement terminée en RDC, le ministre congolais de la Santé, Eteni Longondo appelle à la vigilance pour éviter une résurgence.

C’était la onzième épidémie d’Ebola. La quatrième, en l’espace de seulement quatre ans. Depuis mercredi 18 novembre, l’épidémie d’Ebola qui sévissait depuis juin 2020 à Mbandaka, dans la province de l’Équateur, dans le nord-ouest du pays, est officiellement terminée. Entre temps, 55 personnes auront été tuées par la maladie, sur les 130 cas identifiés.

Prudent, le docteur Eteni Longondo, ministre congolais de la Santé, a attendu 42 jours, soit deux fois la période d’incubation, après que le dernier patient guéri a été définitivement testé négatif avant d’annoncer la nouvelle. Cette épidémie a frappé le nord-ouest du pays alors que celle qui s’était déclarée en août 2018 continuait de faire des ravages en Ituri et dans le Nord-Kivu.

Dans ces régions de l’est du Congo, où l’épidémie a officiellement pris fin le 25 juin dernier, 2 200 personnes ont succombé des suites d’Ebola. Et la gestion de la riposte face à l’épidémie a été l’objet de multiples controverses, portant notamment sur des accusations d’abus sexuels présumés qui auraient été commis par des personnels des organisations impliquées dans la lutte contre Ebola.

Si le ministre de la Santé, nommé en septembre 2019, assure que les leçons ont été tirées, et se félicite que la page de la onzième épidémie d’Ebola soit enfin tournée, il appelle cependant à la vigilance.

Jeune Afrique : La riposte à l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Équateur a-t-elle été à la hauteur ?

Eteni Longondo : Quand cette épidémie a démarré, nous pensions, avec l’allure qu’elle avait au départ, nous pourrions en venir à bout en deux ou trois mois. Mais, malheureusement, nous avons été confrontés à plusieurs défis. Le vaccin est arrivé en retard, mais aussi les médicaments, les molécules qui devaient nous permettre de traiter les malades. Il y a également des défis logistiques.

Vous avez annoncez la fin de l’épidémie qui sévissait à Mbandaka, mais vous avez dans le même temps appelé à la vigilance. Faut-il craindre une résurgence ?

Cette maladie est transmise par les animaux sauvages, or, nous vivons dans la forêt équatoriales et sommes habitués à manger ces animaux sauvages. Compte tenu de ces habitudes, le danger, est loin d’être éliminé.

Des recherches sont en train d’être menées, dont nous attendons encore les résultats, mais il semble que le virus, dans le monde animalier sauvage, continue de circuler, voire que sa progression accélère.

Il faut garder à l’esprit que, chaque fois que l’on est en contact avec un animal sauvage, il y a risque qu’il soit infecté, et qu’il puisse transmettre la maladie. C’est la raison pour laquelle nous allons rendre le vaccin accessible à tous, et faire en sorte de vacciner toutes les personnes vivant dans les zones à risques.

Une enquête menée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters a révélé un vaste scandale : des agents de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de plusieurs ONG sont accusés d’abus sexuels à l’encontre de plusieurs dizaines de femmes. Confirmez-vous ces informations ?

Nous avions, nous aussi, fustigé l’implication de fonctionnaires internationaux dans des abus sexuels, il y a quelque temps, dans l’Est. Nous avions alors diligenté une enquête nationale… Nous sommes en train d’attendre les moyens nécessaires pour que ces enquêtes commencent. Par ailleurs, j’ai également collaboré avec l’OMS pour qu’il y ait une enquête au niveau international.

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Beni, le 13 juillet 2019.

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Beni, le 13 juillet 2019. © Jerome Delay/AP/SIPA

Beaucoup critiquent aussi les dysfonctionnements, la gestion opaque, voire la corruption qui a sévit dans les opérations face à Ebola…

Dans l’Est, il y a eu ce que l’on appelle l’« Ebola Business ». Cela s’est passé avant ma nomination. L’épidémie que j’ai géré à Mbandaka, je pense avoir tout fait pour éviter de reproduire cette mauvaise expérience. À Mbandaka, il n’y a pas eu de gens qui ont profité de l’épidémie pour s’enrichir grâce à l’argent destinée à la lutte contre Ebola.

En septembre, le Groupe d’études sur le Congo s’inquiétait également de voir que la riposte à Ebola, notamment dans le Nord-Kivu et l’Ituri, s’était appuyée sur un système de santé parallèle. Partagez-vous aussi ce constat ?

Je n’ai été nommé qu’après le début de cette épidémie. Lorsque je suis arrivé, nous avons essayer de recadrer les choses, conformément aux demandes du président de la République qui s’est impliqué personnellement. Le secrétariat technique qui avait été mis en place a travaillé avec le ministère de la Santé, il n’y a eu aucun parallélisme.

Avant, certes, des organisations venues de l’étranger ont travaillé sans suivre les recommandation du ministère de la Santé. Certaines organisations mettaient en place des activités, vaille que vaille. Il faut aussi se rappeler que la riposte était compliquée à l’époque. La mise en place du secrétariat technique a permis de recadrer les choses.

Et puis, il n’y avait à l’époque ni vaccin, ni médicaments contre cette maladie. Maintenant que nous avons ces deux moyens efficaces, je crois que nous allons lutter efficacement contre cette maladie.

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