Technologie

[Tribune] Mobile money : en Afrique, le meilleur reste à venir

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Par  Ariella Ji

Directrice financière de Huawei Northern Africa

Un utilisateur de M-Pesa, à Nairobi.

Un utilisateur de M-Pesa, à Nairobi. © Thomas Mukoya/REUTERS

Dans les cinq prochaines années, la sécurité, la qualité du réseau et la réglementation seront les clés d’un déploiement du mobile money qui pourrait profiter à des centaines de millions d’Africains, estime la directrice financière de Huawei Northern Africa.

La technologie change radicalement le monde de la finance à un rythme effréné, et l’Afrique est en première ligne. Les solutions de paiement mobile, par exemple, représentent une opportunité unique, tant en termes de développement commercial que social.

Tout au long de cette pandémie, le continent africain a vu ses opérateurs de téléphonie mobile intensifier leurs projets de banque digitale, apportant de grandes opportunités mais aussi de nombreux défis.

Depuis le lancement au Kenya en 2007 de M-Pesa, le service de transfert d’argent par téléphone portable, le mobile money s’est répandu en Afrique, 80 % du continent étant couvert par ce type de services, selon le rapport de la GSMA.

Une solution de gestion de portefeuille sûre et peu coûteuse

Parmi les cinq acteurs les plus performants du service de transfert d’argent par téléphone mobile en Afrique, quatre entreprises ont choisi Huawei comme partenaire, notamment Safaricom au Kenya et M-Pesa en Tanzanie. Huawei a ainsi aidé Safaricom à migrer sa plateforme d’Allemagne vers l’Afrique, son activité connaissant une croissance de 30 % chaque année.

Ce service innovant remplit désormais de multiples autres fonctions, des transferts d’argent au paiement des factures d’électricité et la recharge de crédit téléphonique. Ce modèle est une réussite car il est très simple d’utilisation et compatible avec la grande majorité des téléphones en circulation en Afrique.

À condition de veiller à la sécurité – par exemple en se conformant aux spécifications de sécurité telles que PCI PA-DSS et GDPR, évaluées par des organismes dédiés – cette technologie peut fournir une solution de gestion de portefeuille traçable et sécurisée à des prix plus bas que ceux pratiqués par les banques.

Le Covid-19 comme accélérateur

À terme, les États doivent favoriser l’acceptation généralisée de la population vis-à-vis de l’argent mobile, car en Afrique, seulement 22 % des gens ont un compte bancaire personnel, alors que plus de 80 % utilisent le téléphone portable.

En outre, un rapport de la Cherie Blair Foundation avance que 83 % des femmes ont vu leurs revenus augmenter lorsqu’elles se sont équipées d’un téléphone portable qui leur permet d’accéder au marché. Or, l’inclusion économique des femmes a un impact global sur la croissance des pays et la réduction de la pauvreté.

Le mobile money a donc un grand potentiel en Afrique, et d’autant plus qu’en raison du Covid-19, de plus en plus de personnes privilégient un mode de transaction sans contact, qui contribue à endiguer la propagation du virus.

Encore des obstacles

Face à ce tableau prometteur, il est important de garder à l’esprit les obstacles qui s’opposent au développement à grande échelle de cette solution. Si les banques peuvent obtenir automatiquement les certifications nécessaires pour exercer des activités d’émission d’argent mobile, il n’en va pas de même pour les opérateurs de téléphonie mobile, qui doivent encore trop souvent recourir à des partenariats avec de grandes institutions financières, ce qui constitue un obstacle à la démocratisation du marché du mobile money.

De plus, certains régulateurs restent méfiants à l’égard du paiement mobile, ce qui explique que, face à des pools de revenus bancaires de 70 milliards de dollars en 2019 dans toute l’Afrique subsaharienne, les principaux opérateurs mobiles du continent ont gagné moins de 3 milliards de dollars avec leurs services financiers mobiles.

Enfin, il est nécessaire de s’assurer que la qualité du réseau mobile est optimale, même dans les zones rurales. Les opérateurs privés et publics ont donc une plus grande responsabilité dans la qualité de l’infrastructure de réseau mise en place.

Les États doivent pousser les banques à coopérer avec le secteur des fintech

S’inscrivant une perspective de cinq ans,  la construction d’un écosystème du mobile money en Afrique demande de passer par plusieurs étapes. D’abord, de nouvelles réglementations doivent être mises en œuvre, impliquant davantage d’acteurs, notamment du privé, afin d’avoir une vision plus large et plus claire de ce qui doit être fait à l’avenir.

En termes de délivrance de licences, les États doivent pousser les banques à coopérer avec le secteur des fintech. Le réseau mobile doit aussi être amélioré afin de combler le fossé entre Afrique et le reste du monde quant à l’utilisation de la téléphonie mobile.

Si la percée du paiement mobile se réalise dans les années à venir, le taux d’accès aux services financiers permettra à plus de 300 millions de Subsahariens de plus de 15 ans ayant un salaire mensuel d’avoir une solution financière stable, et aux femmes de bénéficier de meilleures conditions de vie. Les espoirs placés dans le mobile money sont donc considérables, et ne doivent en aucun cas être déçus.

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