Transport aérien

RDC : ce que la justice reproche à Abdallah Bilenge, patron de la Régie des voies aériennes

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 20 novembre 2020 à 17h47
Aéroport international de Lubumbashi

Aéroport international de Lubumbashi © Lubumbashi, RD Congo, le 3 mars 2015. L'a√©roport international de Lubumbashi, capital de la riche province mini√®re du Katanga - The International Airportof Lubumbashi, capital of the rich mining province of Katanga, in the south-east of the Democratic Republic of Congo, on March 3rd, 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Arrêté le 10 novembre, ce proche de Joseph Kabila est accusé d’avoir détourné 15 millions de dollars de dette sociale. Des fonds qui n’ont « jamais été décaissés faute de trésorerie », soutient sa défense.

Convoqué dans l’après-midi du 10 novembre pour une audition « de routine », le directeur général de la Régie des voies aériennes, Abdallah Bilenge a été placé sous mandat d’arrêt provisoire par le magistrat instructeur et immédiatement conduit à la prison centrale de Makala.

Le parquet lui reproche d’avoir détourné les droits dus à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), à l’Institut de préparation professionnelle (INPP), à l’Office national de l’emploi (ONEM), et à la Direction générale des impôts (DGI). Quatre établissements publics socio-professionnels à qui la RVA devait reverser de fonds retenus de la paie des agents.

Un préjudice estimé à 15 millions de dollars, selon l’avocat du prévenu, Amédée Mboma, qui réfute le chef d’inculpation:  « On ne peut pas parler détournement. Ces fonds n’ont pas été décaissés et affectés à des besoins privés par mon client ; ils n’ont juste jamais été débloqués, faute de trésorerie », explique-t-il à Jeune Afrique.

Depuis 1996

Selon l’avocat, la situation, loin d’être nouvelle, court depuis 1996. « Donc si Abdallah Bilenge doit être poursuivi, il faut aussi arrêter tous les directeurs généraux qui ont été en poste depuis cette date ».  L’actuel patron avait d’ailleurs alerté par courrier le gouvernement dès 2015 – année de sa nomination – sur les difficultés financières de la régie et sur son incapacité à régler les droits dus à la CNSS, à l’INPP, à l’ONEM, ainsi que ses impôts.

Dans ce document, daté du 21 août 2015 et dont JA a pu consulter une copie, Abdallah Bilenge fait état d’une dette sociale de plus de 44 millions de dollars, « comprenant les arriérés des salaires, les décomptes finaux et les cotisations socio-professionnelles » de l’INSS, INPP, et IPR des 4 395 salariés de la régie. Une somme qui est depuis passée à plus de 65 millions de dollars, selon l’avocat.

Ce n’est pas la première fois que la gestion de la RVA, chargée de 51 des 101 aérodromes congolais ouverts à la circulation publique, est épinglée.

« Acharnement politique »

En mai dernier, alors que la régie n’avait pu verser les salaires d’avril à son personnel, invoquant un manque à gagner de plus de 23 millions de dollars sur les mois de mars et avril du fait de la pandémie de Covid-19, le conseil des ministres avait demandé l’ouverture d’une enquête, pointant l’incapacité de la régie « à garantir le paiement des salaires des agents, alors que les indicateurs de l’entreprise sont encourageants » – la RVA percevant, entre autres, les redevances aéroportuaires pour les passagers et les aéronefs prélevées en RDC.

L’inspection des finances, qui a rendu les conclusions de son enquête le 18 novembre – au lendemain donc de l’arrestation du dirigeant dans l’affaire des prestations sociales – a d’ailleurs déclaré n’avoir pas pu retracer la destination de six millions de dollars de recettes de la redevance perçue pour le Fonds pour le développement des infrastructures aéroportuaires (communément appelée « Go-Pass »).

Dans ce contexte, la reconduction, le 11 juin, d’Abdallah Bilenge, membre du PPRD, le parti de Joseph Kabila, à la direction de la Régie en avait surpris plus d’un à Kinshasa.

Son arrestation est d’ailleurs considérée comme un « un acharnement politique » par les partisans de l’ancien président de la République, tandis que les cadres de Cach se félicitent « de la détermination de Félix Tshisekedi à mettre fin à la corruption et au détournement de millions de dollars au détriment des contribuables congolais ».

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