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Le cas Mengistu

| Écrit par Christophe Boisbouvier pour J.A.

Exilé au Zimbabwe depuis 1991, condamné par contumace à la prison à vie par la justice de son pays, l’ancien dictateur éthiopien craint, lui aussi, pour son avenir.

Mengistu Haïlé Mariam doit se faire du mauvais sang. Depuis la victoire de l’opposition aux législatives du 29 mars, l’ancien dictateur éthiopien sait qu’il n’est plus à l’abri d’une extradition vers Addis-Abeba, où il a été condamné à la prison à vie pour génocide en janvier 2007. Dès la campagne des législatives de 2000, le chef de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai, a annoncé la couleur : « Il n’y a pas de place ici pour Mengistu. » Demain, rien n’empêchera le Parlement à majorité MDC (Mouvement pour le changement démocratique) de voter une loi en faveur de l’extradition du « Négus rouge ».
Un signe ne trompe pas. Mengistu, 71 ans, est de plus en plus discret. Il y a quelques années, on pouvait encore le croiser en ville, quand il allait par exemple avec ses six gardes du corps chez son tailleur, le bien-nommé Liberty Taylor – le même que son hôte Robert Mugabe. Aujourd’hui, le « camarade Mengistu » – comme l’appelle le président zimbabwéen – semble avoir déserté sa villa luxueuse du quartier huppé de Gunhill, dans la capitale. Avec sa femme et ses quatre enfants, il s’est installé dans une ferme à la campagne. Plus sûr – en 1995, un commando éthiopien avait tenté de l’assassiner pendant une de ses promenades dans Gunhill -, et surtout moins voyant. L’ancien inspirateur de la « Terreur rouge » garde le silence depuis qu’en 1999 il a déclaré au journal sud-africain The Star que « le prétendu génocide en Éthiopie était une guerre pour la défense de la Révolution ».

Conditions de vie idéales
Mais discret ne veut pas dire inactif. En 2006, quoi qu’en dise le porte-parole de Mugabe, Mengistu a joué un rôle clé dans la démolition des bidonvilles de Harare – une opération qui a jeté 700 000 personnes à la rue et choqué le monde entier. L’ancien maître d’Addis-Abeba a convaincu son protecteur avec cet argument simple : « Ces gens votent MDC. Si on veut éviter l’émeute, il faut les déloger de là. » Mengistu était un orfèvre en la matière. En 1984, quand il était aux affaires, il avait profité de la grande famine pour déplacer de force des centaines de milliers de villageois et vider les zones rebelles du sud du pays. Près de cent mille personnes étaient mortes dans l’opération. Bref, Mengistu n’est pas seulement l’hôte de Mugabe. Il est aussi l’un de ses conseillers les plus anti-MDC.
Que va-t-il faire si le vent tourne ? Son sort semble lié à celui de son hôte. Dans les années 1970, au temps de la guérilla indépendantiste contre le régime blanc de Rhodésie du Sud, Mengistu avait soutenu le freedom fighter Mugabe. Et celui-ci, à son tour, l’avait accueilli à bras ouverts quand il a été chassé d’Addis-Abeba en 1991. Le « Négus rouge » sait aussi qu’il ne retrouvera jamais ailleurs les conditions de vie exceptionnelles que lui accorde le régime zimbabwéen – une belle demeure en ville, deux fermes, six véhicules de luxe et une protection rapprochée. Mais il n’ignore pas non plus que Mugabe, 84 ans, n’est pas éternel. Déjà, en 2000, quand l’opposition avait failli gagner les législatives, il avait envisagé de se réfugier en Chine ou en Corée du Nord…

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