Politique

Présidentielle au Niger : Hama Amadou écarté, qui pour mener l’opposition ?

Réservé aux abonnés | | Par - envoyé spécial à Niamey
Ibrahim Yacouba, candidat à la présidentielle du Niger le 27 décembre 2020.

Ibrahim Yacouba, candidat à la présidentielle du Niger le 27 décembre 2020. © DMEN MEDIA TV

Après l’invalidation de la candidature d’Hama Amadou à la présidentielle du 27 décembre, les cartes ont été rebattues. Plusieurs ténors espèrent parvenir à rassembler derrière eux au second tour.

Ils avaient prévu une démonstration de force et, en ce 7 novembre, les gradins du stade Seyni Kountché de Niamey sont effectivement bien remplis. Les partisans d’Hama Amadou se sont réunis jusque sur la pelouse pour accueillir leur champion. Les couleurs orange et bleu du Mouvement démocratique nigérien (Moden Fa Lumana) sont partout. La cohue fait oublier une pandémie de Covid-19 qui a relativement épargné le Niger. Le bruit, entêtant, veut rappeler une chose : dans la capitale, Hama Amadou est comme chez lui.

Mais les sourires et les éclats de voix cachent mal une inquiétude. Dans six jours, la Cour constitutionnelle doit se prononcer sur la validité de la candidature de l’ancien Premier ministre. Condamné en 2017 à un an de prison dans une affaire de supposition d’enfants, celui-ci pourrait tomber sous le coup de l’article 8 du code électoral, lequel dispose qu’une personne ayant écopé d’au moins une année d’emprisonnement ne peut se présenter à la présidentielle. Les lumanistes n’en parlent qu’à mots couverts, mais leur avenir ne tient qu’à un fil.

Bataille juridique

Le 13 novembre, en fin de journée, le couperet tombe. La Cour constitutionnelle invalide le dossier d’Hama Amadou. Depuis, le Lumana ne décolère pas, dénonçant une « décision politique non fondée » et une mainmise du parti au pouvoir sur le processus électoral. Surtout, les réunions s’enchaînent, avec une seule question : quel rôle joueront Hama Amadou et son parti dans la présidentielle ? Dès le 15 novembre, l’ancien Premier ministre – en séjour à Abuja depuis la veille – s’entretient avec Ibrahim Yacouba, autre opposant candidat à l’élection, mais ne dévoile pas ses intentions. Le lendemain, le bureau politique du Lumana multiplie les discussions.

Cela fait des mois que tous se demandent ce qu’Hama Amadou fera si son dossier n’est pas validé. »

À l’heure où nous écrivions ces lignes, plusieurs recours juridiques – notamment devant la Cour de justice de la Cedeao – étaient à l’étude et l’avocat d’Hama Amadou, Me Boubacar Mossi, était à la manœuvre. Les lumanistes suivaient également de près la requête déposée devant le tribunal de grande instance de Diffa pour contester la validité du certificat de nationalité de Mohamed Bazoum et faire invalider par la même occasion sa candidature.

Les détracteurs du président du parti au pouvoir affirment que ses parents ne sont pas nés au Niger mais plutôt en Libye ou au Tchad. « Il est flagrant que le certificat présenté par Mohamed Bazoum à la Cour constitutionnelle a été acquis par fraude », soutient Boubacar Mossi. Ce dernier a en outre été chargé par son client de mener certains entretiens à Niamey, dont un avec Ibrahim Yacouba, l’ancien ministre et candidat du Mouvement patriotique nigérien (MPN-Kishiin Kassa).

Leadership

Car, si les lumanistes entendent encore contester la décision de la Cour constitutionnelle et mener une bataille juridique, leurs alliés en ont quant à eux pris acte. L’enjeu : récupérer le leadership d’une opposition jusqu’ici dominée par le Lumana mais qui serait surtout tombée d’accord pour se rassembler derrière son représentant le mieux placé après le premier tour.

« Cela fait des mois que tous se demandent ce qu’Hama Amadou fera si son dossier n’est pas validé », expliquait récemment à Jeune Afrique un membre de la coalition. « Il va déposer des recours, croit savoir un opposant candidat. Mais si cela ne donne rien, il se rangera au côté d’un autre pour battre Bazoum. »

Personne ne peut mobiliser l’électorat du Lumana sans Hama Amadou. »

« Il fera campagne, espère un autre poids lourd. Avec le Lumana pour les législatives [qui se tiennent aussi le 27 décembre] et avec l’opposition pour le second tour de la présidentielle. » « Ses militants iront voter pour élire des députés du Lumana. Il reste à les convaincre de voter en même temps pour la présidentielle et un des adversaires de Bazoum », ajoute un opposant.

Ibrahim Yacouba espère bien tirer son épingle du jeu. Régulièrement en contact avec Hama Amadou, l’ancien syndicaliste était à sa gauche lors du meeting du 7 novembre. « Personne ne peut mobiliser l’électorat du Lumana sans Hama Amadou. Nous sommes évidemment plus forts avec lui », nous confiait-il à Niamey début novembre.

Premiers et seconds rôles

Mais d’autres grands noms, plus expérimentés, tiennent la corde, comme Albadé Abouba (Mouvement patriotique pour la République, MPR-Jamuhria). L’ex-ministre de l’Agriculture espère récupérer l’électorat de son ancien parti, le Mouvement national pour une société du développement (MNSD), et faire le plein dans la région de Tahoua, qu’il compte reprendre à un autre enfant du pays, le sortant Mahamadou Issoufou. « Abouba peut mobiliser l’électorat du MNSD tout en grignotant la base qui avait contribué à l’élection d’Issoufou », résume un politologue.

L’opposition se regroupera derrière celui qui fera face à Mohamed Bazoum. »

L’ancien chef de l’État Mahamane Ousmane (Renouveau démocratique et républicain, RDR Tchanji) compte lui aussi sur son expérience et sur Zinder, plus gros réservoir de voix du pays, que Mohamed Bazoum veut cependant lui contester. Plusieurs autres opposants joueront plus certainement les seconds rôles, comme les anciens ministres Omar Hamidou Tchiana et Amadou Boubacar Cissé.

Enfin, deux autres personnalités, plus centrales, entendent peser de tout leur poids. L’ancien chef de l’État Salou Djibo – lequel croit pouvoir profiter de dissensions autour de Mohamed Bazoum au sein du parti au pouvoir – affirme qu’il sera le prochain président, sans pour autant avoir lancé sa campagne. Mais le pari semble très osé. Reste Seini Oumarou, patron d’un MNSD qu’il espère amener au second tour. « Nous ferons tout pour y arriver, nous confiait-il début novembre. Ensuite, l’opposition se regroupera derrière celui qui fera face à Mohamed Bazoum ». Un optimisme, et une stratégie, que tous partagent.

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