Société

[Chronique] Sénégal : haro sur « l’érotisme » de la série « Karma »

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Mis à jour le 19 novembre 2020 à 16h44

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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Le 29e épisode de la série télévisée sénégalaise « Karma » a provoqué la grogne et conduit son producteur à supprimer la scène incriminée. Trop tard pour empêcher les captures d’écran…

Il y a presque 30 ans, en Afrique francophone, ce sont des feuilletons importés comme le sitcom français « Hélène et les garçons » que l’on accusait de faire la promotion des mœurs légères. Si l’on en croit les plus conservateurs des téléspectateurs ou consommateurs de plateformes vidéos, le loup « de l’adultère et de la fornication » est désormais entré dans la bergerie.

Singulièrement au Sénégal, où la production audiovisuelle est dynamique, et où des séries comme « Karma » font grincer des dents… Ce mardi, la chaîne de télévision TFM et le site marodi.tv diffusaient l’épisode 29 inédit du feuilleton romantico-policier, dont l’accroche est « trahir pour venger ». À la fin d’une séquence, les personnages Amy Léa et Abdoul Majib s’embrassent, suscitant la désapprobation de certains observateurs, jugeant la scène « érotique ».

Ce buzz souligne la confrontation sociétale entre certaines productions audiovisuelles et les garants des traditions.

Sur sa page Facebook, le vice-président de la très réactive ONG islamique Jamra, Mame Mactar Guèye, alimente la polémique. Il décrit un excès d’intimité filmée en supposant que « les acteurs principaux sont visiblement aussi proches à l’écran que dans la vie réelle ». Sans autre forme de procès, le producteur Marodi supprime, dans un premier temps, l’épisode incriminé des réseaux sociaux, avant de le republier, amputé du baiser polémique.

L’exemple de « Maîtresse d’un homme marié »

Rien n’étant définitivement effaçable du Net, les images originales surgissent, dans les forums, d’autant que la polémique attise une curiosité plus ou moins malsaine. Comme le déplore Mame Mactar Guèye, la séquence « a été capturée et largement partagée sur les réseaux sociaux »…

Le temps dira si le buzz aura servi l’audience et la postérité de la série. Mais il souligne un peu plus la confrontation sociétale entre certaines productions audiovisuelles et les garants des traditions. Il y a quelques mois, la série « Maîtresse d’un homme marié », largement diffusée au-delà des frontières sénégalaises, cristallisait déjà l’incompréhension entre une jeune génération avant-gardiste, aux mœurs de plus en plus libres, et une « vieille garde » opposée à l’évocation –même pondérée– de l’érotisme, de l’adultère ou encore de l’homosexualité. Avec ses flirts explicites et souvent illégitimes, la fiction avait divisé le Sénégal et une partie du continent.

Mame Mactar Guèye, déjà, s’était élevé contre la série dès les premiers épisodes. Misant moins sur l’autocensure que dans le cas de « Karma », il avait saisi le Conseil national de régulation audiovisuelle. Le CNRA avait dénoncé des clichés « indécents, obscènes ou injurieux » et des scènes « susceptibles de nuire à la préservation des identités culturelles ». Identités culturelles par ailleurs promues par le feuilleton, qui valorise les créations de couturiers locaux, les coupes de cheveux nappy et les dialogues en wolof.

Limpides, novatrices, souvent jugées féministes, susceptibles d’influencer ou de valider l’enfantement d’une société africaine 2.0., ces nouvelles séries débridées revendiquent des millions de spectateurs. Et les débats qui vont avec. Entre puissance des audiences et résistance du sutura –la pudique discrétion–, le Sénégal fait une introspection publique.

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