Football

Traqué par la justice et en exil, le patron du football malgache est toujours en poste

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Mis à jour le 19 novembre 2020 à 13h06
Des supporteurs malgaches lors d’un match entre Madagascar et le Nigeria, lors de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), le 30 juin 2019.

Des supporteurs malgaches lors d’un match entre Madagascar et le Nigeria, lors de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), le 30 juin 2019. © GIUSEPPE CACACE/AFP

Soupçonné d’avoir détourné entre 20 et 25 millions d’euros entre 2009 et 2018, Raoul Rabekoto, le président de la Fédération malgache de football (FMF), continue à exercer sa mission depuis la France et la Suisse.

On peut donc être soupçonné de corruption, en fuite en Europe, se trouver sous le coup d’un mandat d’arrêt international et exercer en toute légalité sa mission de président de fédération. Raoul Rabekoto en est la preuve. Depuis la France et la Suisse, où il réside désormais, l’homme continue de gérer la Fédération malgache de football (FMF) à travers des visioconférences et l’application WhatsApp. Il participe également, à distance, à des réunions organisées par la FIFA et la Confédération africaine de football (CAF).

Élu en août 2019 à la tête du football malgache face à Hery Rasoamaromaka, un adversaire soutenu par le gouvernement du président Andry Rajoelina, Rabekoto est soupçonné dans une affaire de malversation dans ses précédentes fonctions.

Mandat d’arrêt international

Visé par une enquête de la justice malgache pour abus de fonction, favoritisme, détournement de deniers publics, faux en écriture publique et usage de faux, Rabekoto est soupçonné d’avoir détourné entre 20 et 25 millions d’euros entre 2009 et 2018, selon un document judiciaire obtenu par Jeune Afrique.

L’affaire remonte à 2009, lorsque Rabekoto a été nommé directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNaPS), un organisme qui gère la sécurité sociale des salariés malgache. Les faits qui lui sont reprochés portent notamment sur des travaux démarrés en 2010 pour la construction d’un hôtel cinq étoiles au cœur centre de loisirs et de complexe sportif à Vontovorona, sans que soit respectée la procédure d’appel d’offres réglementaire. Une enquête préliminaire diligentée par le Bianco a montré que seulement 50 % des travaux ont été effectués, mais qu’ils ont été payés presque intégralement par la CNaPS. Ce seul dossier porte sur un peu plus de quatre millions d’euros. « Pour Rabekoto, il est question d’un enrichissement personnel beaucoup plus important, compris entre 20 et 25 millions d’euros », affirme une source proche du dossier.

Attendu le 20 février dans les locaux du Bureau indépendant anticorruption (Bianco) d’Antananarivo, Rabekoto ne s’y est jamais présenté. L’homme a quitté Antananarivo 17 jours plus tôt,  alors qu’il était frappé d’une interdiction de sortir du territoire.

Sept mois plus tard, en septembre, la justice malgache a lancé à son encontre un mandat d’arrêt international, et déposé auprès de ses homologues française [la France et Madagascar ont signé le 4 juin 1973 une convention de coopération en matière judiciaire franco-malgache, ndlr] et suisse une demande officielle d’extradition.

Raoul Rabekoto, lui, continue de clamer son innocence. « Je n’ai rien à me reprocher », a-t-il dit à Jeune Afrique lors d’un bref entretien téléphonique.

« Affaire interne »

Au sein de la FIFA et de la Confédération africaine de football (CAF), personne ne voit officiellement de mal à ce que le président continue à diriger la fédération, même à distance. « Rabekoto est réputé absent du territoire malgache, et il revient aux organes de la fédération d’en tirer les conséquences au regard de leurs textes. C’est une affaire interne, mais la CAF suit de près l’évolution de la situation », explique Alexandre Siewe, le directeur de la communication de la CAF.

Sur la Grande Île, le dossier ne laisse pas indifférent, même si les Malgaches, habitués aux affaires de corruption, préfèrent s’intéresser aux résultats de la sélection nationale. Certains des membres de la FMF, proches de Rabekoto, estiment que le dirigeant est toujours présumé innocent, puisqu’il n’a pas été jugé. Et que l’homme est toujours légitime, les faits ne concernant pas l’instance.

D’autres souhaiteraient en revanche que ce dernier quitte ses fonctions. « Il fait l’objet d’une enquête, est visé par un mandat d’arrêt international, il a quitté clandestinement le territoire national. Rabekoto est certes présumé innocent, mais il y a quand même des éléments précis », grince un acteur du football malgache. Mamod’Ali Hawel, directeur de cabinet du ministre des Sports, adopte une position plus nuancée, la FIFA ne tolérant pas les ingérences gouvernementales dans les affaires du football. « Diriger une fédération à 10 000 kilomètres de distance,  ce n’est vraiment pas idéal. Cela dessert l’instance, mais c’est à elle de gérer cette affaire, selon ses statuts. »

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