Politique

Algérie : la descente aux enfers d’Anis Rahmani, du cercle présidentiel à la prison

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Mis à jour le 19 novembre 2020 à 17h11
Anis Rahmani, journaliste et PDG d’Ennahar.

Anis Rahmani, journaliste et PDG d’Ennahar. © anis rahmani © Zinedine Zebar

Le patron du groupe de presse Ennahar, jadis proche du pouvoir, a été condamné à cinq ans de prison ferme, le 15 novembre. Récit d’une déchéance.

Anis Rahmani, 49 ans, journaliste et PDG d’Ennahar, premier groupe de médias privé algérien, a été condamné, dimanche 15 novembre par le tribunal d’Alger, à cinq ans de prison ferme. De son vrai nom Mohamed Mokdem, Rahmani était poursuivi pour « outrage à un officier durant l’exercice de ses fonctions », « diffamation à l’encontre de l’armée », « outrage à corps constitué et « atteinte à la vie privée en enregistrant une communication sans l’accord du concerné ».

Les faits remontent à octobre 2018 lorsque Ennahar TV a diffusé un enregistrement d’une conversation téléphonique entre Anis Rahmani et un colonel des services de renseignements. Cet épisode en dit long sur l’influence passée du patron du groupe de médias.

Bras de fer avec le renseignement

Le 9 octobre 2018, des agents en civil de la Direction des affaires de sécurité (DAS), une branche des services de renseignement, se présente au siège d’Ennahar pour y interpeller Smaïl Djerbal, rédacteur en chef d’Alg24, site francophone appartenant au groupe. Les services souhaitaient l’entendre sur un article publié la veille dans lequel la rédaction se demandait pourquoi les services de renseignements n’intervenaient pas dans la crise qui secouait l’Assemblée nationale après la destitution de son président par des députés du FLN.

Smaïl Djerbal est alors conduit manu militari vers le centre Antar, une caserne des services située sur les hauteurs d’Alger, pour être interrogé pendant deux heures sur l’article en question. Alors que le journaliste était encore dans la caserne, Ennahar TV diffuse un enregistrement vocal d’une discussion téléphonique entre Anis Rahmani et ce colonel des services de renseignement, qui dirige justement le centre Antar.

Dans cet extrait audio, le colonel demande au patron d’Ennahar de retirer l’article en cause mais essuie un refus catégorique. Pour faire pression à son tour sur le cadre sécuritaire, Rahmani diffuse leur conversation, ce qui constitue un précédent dans les annales du journalisme en Algérie.

Ami de Saïd Bouteflika

C’est donc pour cette affaire que Rahmani, incarcéré à la prison de Koléa, à l’ouest d’Alger, écope d’une peine de cinq ans de prison. Et ses ennuis judiciaires sont loin d’être terminés. Le PDG du groupe est poursuivi dans un autre dossier où il est mis examen pour « acquisition d’avantages indus » et « détention de comptes bancaires à l’étranger ». Le parquet n’a pas communiqué davantage sur ces chefs d’inculpation qui visent cet homme. Ce dernier a bâti un empire médiatique sous l’ère de Bouteflika, notamment grâce à la publicité que lui assurait généreusement l’agence publique ANEP.

Ami et confident de Saïd Bouteflika, ancien conseiller spécial à la présidence et véritable décideur sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, Anis Rahmani avait fait d’Ennahar TV un relais du cercle présidentiel. Ancien journaliste spécialiste des questions sécuritaires, Rahmani a connu une ascension fulgurante avec la création de la chaîne en mars 2012, laquelle s’est très vite imposée comme la première chaîne d’information en Algérie.

Réhabilitation de Chakib Khelil

Le groupe Ennahar avait notamment mené en 2016 une campagne pour réhabiliter Chakib Khelil, ancien ministre de l’Énergie de 1999 à 2010, mis en cause encore aujourd’hui dans plusieurs affaires de corruption et en fuite aux Etats-Unis. À l’été 2017, les médias que dirige Rahmani, en tandem avec son épouse Saida Azzouz, avaient révélé l’agacement de Bouteflika face à la campagne « mains propres » lancée par Abdelmadjid Tebboune, alors Premier ministre, et visant plusieurs hommes d’affaires proches du pouvoir, dont Ali Haddad. L’information avait conduit au limogeage de celui qui allait de venir président deux ans plus tard.

À la prison de Koléa, Anis Rahamni occupe une cellule non loin d’un ancien puissant, Abdelmalek Sellal, Premier ministre, condamné à plusieurs peines de prison dans des affaires de corruption.

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