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Cet article est issu du dossier «Présidentielle et législatives au Burkina Faso : les enjeux du double scrutin»

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Politique

Présidentielle au Burkina Faso : le Balai citoyen veille toujours

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Mis à jour le 18 novembre 2020 à 15h58
Des membres du Balai citoyen lors d’un rassemblement à Ouagadougou, le 16 septembre 2019.

Des membres du Balai citoyen lors d'un rassemblement à Ouagadougou, le 16 septembre 2019. © ISSOUF SANOGO / AFP

Si certains de ses membres ont créé un mouvement politique qui présente des candidats aux législatives, le Balai citoyen assure vouloir rester un mouvement de veille citoyenne. Et mène campagne pour mobiliser les électeurs en vue des scrutins du 22 novembre.

À Bogandé, le 17 novembre, la nuit résonne des rythmes reggae et rap. Ce soir-là, les morceaux sont engagés et militants, tout comme les discours des intervenants qui haranguent les centaines de personnes qui ont répondu à l’invitation du Balai citoyen. « Vous êtes tous acteurs du changement ! », leur lance l’animateur de la soirée.

Cette ville de l’Est, région durement touchée par la crise sécuritaire, est l’une des étapes de la tournée organisée par le Balai citoyen et par d’autres organisations partenaires à quelques jours des élections législatives et présidentielle du 22 novembre. Les « cibals », ainsi que l’on surnomme ses militants, sont à pied d’œuvre pour pousser les électeurs à se rendre aux urnes, dimanche.

De l’unité aux dissensions

En 2014, le mouvement avait été le fer de lance de la mobilisation contre la modification de l’article 37 de la Constitution, qui visait à faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels et devait permettre à l’ancien président, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans, de se présenter à un cinquième mandat consécutif. Une mobilisation populaire sans précédent, surtout parmi les jeunes, avait conduit à la chute du régime. Le Balai citoyen s’était alors posé en force de veille citoyenne, affirmant sa volonté de garantir la bonne marche de la transition et le retour à l’ordre démocratique.

« Après ‘Place à la Révolution’, qui racontait l’insurrection populaire, je me suis demandé ce qu’allait devenir le Balai. Je les ai donc suivi pendant la transition et les élections », raconte le réalisateur Parfait Kaboré, également membre de l’organisation. « Ils avaient lancé une campagne, ‘Après ta révolte, ton vote’, qui visait à pousser massivement les gens à s’inscrire sur les listes et surtout à dire aux jeunes qu’ils avaient une carte à jouer. Ils ont ensuite lancé la campagne ‘Je vote et je reste’. Cela a permis une grande mobilisation pour surveiller les élections et le dépouillement. »

Cinq ans plus tard, l’image du Balai s’est quelque peu ternie. En cause, les dissensions internes entre membres de sections de différentes villes sur fond de querelles de leadership, mais aussi les soupçons de connivence avec les autorités de la transition, régulièrement relayées par la presse.

« Il n’y a certes plus cet effet de mode, mais le Balai continue à faire son travail de sensibilisation, rétorque Parfait Kaboré. Nous avons tenu une assemblée pour décortiquer les programmes des candidats à la présidentielle. Cela sera restitué auprès de la population avant le vote. Il y aura également une mobilisation pour surveiller les élections. »

Tournant politique

Mais pour mener ce travail lors de cette présidentielle, le Balai devra composer sans certains de ses principaux cadres. Guy Hervé Kam, ancien porte-parole du mouvement et l’un des avocats des parties civiles dans le procès du putsch manqué de 2015, a lancé début août le mouvement Servir et non se servir (Sens). Cette organisation soutient des candidats aux législatives dans les 45 provinces du Burkina.

Parmi eux, des étudiants, dont Samiratou Ouédraogo, 23 ans et tête de liste nationale du mouvement, mais aussi des femmes au foyer ou encore des fonctionnaires. Plusieurs leaders de la société civile se présentent également sous l’étiquette du mouvement, à l’instar d’Abdoulaye Diallo. Membre fondateur du Balai citoyen, coordinateur du Centre national de presse Norbert Zongo et du festival Ciné droit libre, il fera ses premiers pas en politique en tant que tête de liste dans la province du Kadiogo.

Il aura en face de lui des poids lourds de la scène politique burkinabè : Alassane Bala Sakandé, président de l’Assemblée nationale sortante et candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir), et Salifou Sawadogo, ancien député et ancien ministre de l’Emploi puis de l’Environnement, sous les couleurs du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

« Une autre manière de continuer le combat »

« Ciné droit libre a été un cadre formateur pour l’insurrection pour plusieurs membres du Balai citoyen. Mais quoi que l’on fasse, on a l’impression qu’il existe un plafond de verre : on initie une lutte mais on est limité dans notre capacité à apporter des transformations, explique Abdoulaye Diallo. Nous avons envie que cette insurrection ait une continuité. C’est une autre manière de continuer le combat. » Il assure que plusieurs lois votées par le Conseil national de transition, comme la celle sur la corruption électorale et les candidatures indépendantes, ont été adoptées en partie grâce à l’activisme de membres de la société civile.

Faut-il sauter le pas en briguant des mandats électifs ? Ce débat a toujours traversé le mouvement. « Dès le lendemain de l’insurrection, cette question s’est posée. Une partie des membres estime que nous sommes là pour exercer une veille citoyenne. D’autres veulent investir les arcanes politiques pour changer les choses. Ce sont des idéologies qui se complètent, explique Serge Bayala, membre du Balai citoyen. Mais nous avons pensé qu’il ne fallait pas détruire ni dévoyer l’âme du mouvement qui est un héritage collectif. »

Si vous accédez au pouvoir et que vous ne faites pas les choses comme il se doit, vous aurez des comptes à rendre

Si « les membres engagés en politique ont cessé leur militantisme », c’est en toute « civilité » et en raison d’une « volonté commune », assure Bayala.

« Le balai a fait plusieurs campagnes de sensibilisation pour former des jeunes afin qu’ils s’engagent en politique. C’est comme si leur message avait été entendu à travers la création de notre mouvement Sens, renchérit Abdoulaye Diallo. Mais nous ne voulons pas faire d’amalgame. Le balai continue sa mission de veille et ses membres nous ont d’ailleurs prévenu : si vous accédez au pouvoir et que vous ne faites pas les choses comme il se doit, vous aurez des comptes à rendre. »

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