Santé

[Tribune] Prochaine étape contre le Covid-19 : renforcer la recherche en Afrique

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Par  Monique Wasunna

Médecin et chercheuse en maladies infectieuses basée à Nairobi (Kenya). Elle dirige le bureau Afrique de l’initiative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi).

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JAD20201118-ASS-Tribune-MoniqueWasunna-Photo2 © Leon Katunda and Freddy Luwey, Head of the Laboratory, analyse cerebrospinal fluid under microscopes with the aid of specialized software and a tablet that can take photos. These are used as part of DNDi’s trials and imagery can be sent using an internet connection that DNDi set up at the site. © Xavier Vahed-DNDI

Si les pays du continent ont pour la plupart opposé une réponse efficace à la pandémie de coronavirus, la crise a aussi montré qu’un effort doit être fait sur la recherche au niveau africain.

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de The Conversation (lien en anglais).

Les pays africains sont encore sous le choc des différentes mesures, notamment de confinement, prises pour enrayer la pandémie de Covid-19. Des mesures douloureuses mais qui ont contribué au succès de la réponse que les leaders du continent ont opposé au virus.

En réagissant rapidement, la plupart de nos pays ont réussi à éviter la perte d’un nombre considérable de vies humaines, même si bien sûr les quelque 1,8 million de malades et 44 000 morts enregistrés à la mi-novembre constituent, déjà, un lourd bilan. Il n’en demeure pas loin que ces chiffres sont très inférieurs à ce que les plus pessimistes prédisaient en mars ou avril.

Les chercheurs doivent être au cœur de la riposte

Le combat est pourtant loin d’être terminé, et le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC) nous a récemment mis en garde contre l’arrivée d’une nouvelle vague de contaminations, enregistrant jusqu’à 9 000 nouveaux cas en une journée. Alors que nous levons les confinements et que nous rouvrons nos frontières, les chiffres vont certainement repartir à la hausse.

Si les mesures sanitaires pertinentes mises en place par les pouvoirs publics ont permis de juguler la première vague, ce sont la science et les chercheurs qui doivent être au cœur de la riposte face aux menaces à venir – comme l’ont récemment souligné de nombreux scientifiques du continent.

 

L’Afrique a fait preuve face à la pandémie d’un leadership fort, qui pourrait servir d’exemple ailleurs dans le monde. Mais un leadership fort a besoin de la science. Dans le cas de notre continent, cela signifie que la recherche sur les traitements et les vaccins contre le coronavirus doit être menée ici, supervisée par des scientifiques africains et adaptée aux contextes locaux.

Face au virus la solidarité internationale a parfois été prise en défaut mais la solidarité régionale, elle, a tenu bon – particulièrement en Afrique. Comme l’a souligné John Nkengasong, le directeur de l’Africa CDC, « le continent a fait cause commune très rapidement ».

12 millions de personnes testées

Sous sa direction, 55 ministres de la Santé se sont réunis dès février à Addis-Abeba pour développer une stratégie commune. L’une de leurs premières décisions a été de mettre sur pied une plateforme qui a permis de former 100 000 personnels de santé et de mettre en commun l’approvisionnement en kits de diagnostic. Ce programme baptisé PACT (Partnership to Accelerate Covid-19 Testing in Africa, ou Partenariat pour accélérer les tests Covid en Afrique) a été déployé dans de nombreux pays et a permis de tester 12 millions de personnes.

Beaucoup de pays ont aussi décidé de fermer leurs frontières et d’imposer le confinement, notamment en Afrique du Sud où les mesures ont été particulièrement strictes. En RDC, outre le confinement, tous les vols intérieurs ont été suspendus, afin de bloquer les principaux moyens de propagation du virus.

Un grand nombre de pays ont aussi mis en place des programmes de tests d’une ampleur impressionnante. L’Institut Pasteur de Dakar était l’un des deux seuls laboratoires du continent capables de tester les malades du Covid avant que la pandémie ne démarre. Depuis, les résultats sont disponibles en quelques heures et le Sénégal a formé des soignants venus de nombreux pays voisins. L’Institut, de son côté, travaille sur un kit de test à réaliser soi-même qui devrait être disponible très prochainement.

En Afrique du Sud, une véritable armée de spécialistes habitués à accompagner les malades de la tuberculose et les porteurs du VIH se sont mobilisés pour identifier et avertir les cas contacts.

Les leçons d’Ebola

Ailleurs encore, on a misé sur l’adhésion et la participation des communautés. C’est en particulier le cas en RD Congo où, comme l’explique Steve Mundeke Ahuka, le responsable de la riposte au virus, on s’est appuyé sur l’expérience emmagasinée face à Ebola.

Dans ce cas précis, des chercheurs en sciences sociales et des épidémiologistes ont été mis à contribution pour étudier la perception que les populations avaient d’Ebola, et c’est sur la base de leurs travaux qu’il a été possible de créer des moyens de communication permettant de combattre les fake news et de sensibiliser les citoyens à l’importance de la vaccination et de l’identification des contacts.

Au bout de deux années difficiles, cette stratégie a payé : 300 000 personnes se sont fait vacciner. Ce sont les mêmes stratégies qui ont été utilisées face au Covid-19.

Pourquoi l’Afrique doit mener ses propres recherches

Aujourd’hui pourtant, ce sont l’Europe et l’Amérique du Nord qui mènent la plupart des programmes de recherche sur le coronavirus. Des essais cliniques y ont été lancés il y a plusieurs mois et ont déjà permis de sauver des vies. Notre continent a besoin du même type d’effort, et cela pour plusieurs raisons.

D’abord parce que le profil génétique des populations d’Afrique est spécifique. Comme l’explique Helen Rees, directrice exécutive du Wits Reproductive Health and HIV Institute en Afrique du Sud, qui est en charge du développement d’un vaccin contre le Covid dans son pays : « Chaque population a une histoire génétique différente, est exposée à des infections différentes comme le HIV ou le paludisme. Nous avons donc besoin d’avoir la certitude que le futur vaccin sera efficace et sûr pour nos populations. »

Nous avons besoin d’une recherche africaine plus active, aussi, parce que cela aura une influence sur les décisions politiques, comme le souligne notre responsable des projets cliniques à la Drugs for Neglected Diseases initiative – initative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi) – , Borna Nyaoke Anoke : « Nous avons besoins d’essais randomisés de grande ampleur, conduits avec sérieux, ici en Afrique pour faire évoluer notre politique en matière de traitement de l’infection. »

Vers un grand essai clinique

Actuellement, l’une des urgences principales est de trouver un traitement adapté aux formes bénignes ou modérées de la maladie, ce qui nous permettra d’éviter que nos systèmes de santé déjà sous tension ne soient submergés par de trop nombreuses hospitalisations. La DNDi va lancer très bientôt, avec des partenaires africains et européens, un grand essai clinique pour répondre à ce besoin, essai au cours duquel plusieurs traitements destinés à prévenir les formes graves de la maladie seront testés.

Enfin, l’Afrique a besoin d’une recherche dynamique pour s’assurer qu’elle ne sera pas la dernière servie lors de la distribution des médicaments et des vaccins.

Nos pays ont prouvé qu’ils avaient les compétences nécessaires pour apporter des réponses locales efficaces à la pandémie mondiale. Ensemble, ils doivent s’appuyer sur ce premier succès pour stopper le virus.

The Conversation

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