Politique

RDC : le passeport à 99 dollars sera produit par une filiale de Semlex

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Un passeport biométrique congolais, à Kinshasa en 2017 (illustration).

Un passeport biométrique congolais, à Kinshasa en 2017 (illustration). © Reuters/Stringer

Largement saluée, l’annonce de la diminution drastique du prix du passeport congolais, qui passera de 185 à 99 dollars, suscite aussi de nombreuses interrogations. Le marché, passé de gré à gré avec Locosem, filiale de Semlex, court sur une période de douze mois.

C’était l’un des passeports les plus chers du monde. Jusqu’en juin dernier, pour se procurer le précieux document, les Congolais devaient débourser 185 dollars, prix officiel. Parfois même un peu plus. Un véritable produit de luxe dans un pays où 72 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

La publication dimanche 15 novembre de l’arrêté signé par Marie Ntumba Nzeza, la ministre des Affaires étrangères, et José Sele Yalaghuli, le ministre des Finances, portant le prix des passeports biométriques à 99 dollars a donc été largement saluée, tant au sein de la société civile que parmi les politiques.

Mais, à l’image du collectif « Le Congo n’est pas à vendre », certains ont également pointé des « zones d’ombre » autour de cette annonce. Si le collectif a salué « un pas important dans la bonne direction », il a également demandé au gouvernement que ce dossier soit « géré en toute transparence ». Sollicité par Jeune Afrique, le ministère des Affaires étrangères a apporté plusieurs précisions, notamment sur la société choisie pour produire ces nouveaux passeports et sur le cadre de la passation de marché.

Controverse autour de Semlex

Dans un communiqué commun publié lundi, les organisations signataires (Lucha, Filimbi, Congo nouveau…) réclamaient la publication du nouveau contrat et de la procédure d’octroi du marché public. Elles demandaient également que soit rendue publique « l’identité et la propriété réelle du bénéficiaire de ce contrat » et « la mise en place d’une procédure transparente pour l’octroi du contrat définitif ».

Autre question que posait « Le Congo n’est pas à vendre » : « Quid de l’évaluation de l’ancien contrat avec Semlex, dont les investissements auraient dû s’élever à plus de 200 millions de dollars ? »

Le contrat signé sous l’administration Kabila entre l’État congolais et la société belge, qui confiait à cette dernière la confection des passeports à compter de novembre 2015 pour une période de cinq ans, a en effet été au cœur de nombreuses controverses.

Le coût du passeport, en premier lieu, a été vivement critiqué. Le contrat signé le 11 juin 2015 entre le PDG de Semlex, Albert Karaziwan, le ministre des Finances d’alors, Henri Yav Mulang, et son homologue des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, fixait le prix à 185 dollars, quand les premières estimations proposées par la société portait sur un montant de 20 à 40 dollars pièce.

Signé quelques mois avant la fin théorique du mandat de Joseph Kabila, en 2016, l’une des clauses stipulait alors que l’accord portait sur une une période de cinq ans, et resterait valide même en cas de « changements institutionnels ».

Contrat de gré à gré avec Locosem

En juin dernier, l’administration Tshisekedi n’avait pas renouvelé formellement le contrat avec Semlex, arrivé à terme, mais avait accordé à l’entreprise belge un sursis. Marie Ntumba Nzeza évoquait alors un « arrangement transitoire spécifique ne dépassant pas six mois » avec la société Locosem, filiale congolaise de Semlex.

Sollicitée par Jeune Afrique, Marie Ntumba Nzeza a précisé qu’un nouveau contrat avait bel et bien été signé avec Locosem, pour une nouvelle période transitoire. « Vu le temps nécessaire pour finaliser un nouveau projet (9 à 12 mois) par appel d’offres, il a été levée l’option de recourir aux services d’un prestataire ayant l’expérience requise et capable d’être opérationnel dans l’immédiat ». En l’occurrence, donc, la filiale de Semlex. Il s’agit d’un « marché de gré à gré en date du 25 septembre 2020 » portant sur « un contrat de service d’une durée de douze mois et ayant principalement pour objet la production de passeports électroniques et biométriques », précise encore Marie Ntumba Nzeza.

« L’État va mettre cette période de 12 mois à profit pour lancer convenablement un appel d’offres restreint en vue d’un nouveau projet à longue durée », assure par ailleurs la ministre. La veille, évoquant notamment la possibilité que les passeports soient désormais confectionnés par l’Hôtel des monnaies de la Banque centrale du Congo – solution qu’elle a appelé de ses vœux – Marie Ntumba Nzeza avait cependant jugé « préférable » que ce dernier soumissionne dans ce futur appel d’offres.

Quid des frais annexes ?

Autre inquiétude qui s’est exprimée ces derniers jours, la prise en compte des « frais connexes » dans la facture finale. « J’invite le gouvernement à user de tous les moyens en son pouvoir pour rendre effectif le nouveau tarif, en supprimant tous les frais superflus et indus qui n’apparaissent pas sur l’arrêté précité, a notamment réagi le député André Claudel Lubaya.

Il s’agit, notamment, d’une redevance obligatoire aux contours flous portant sur la délivrance d’une « fiche ANR », collectée sans quittance par les services de l’Agence nationale de renseignements. « Ni le parlement ni le gouvernement n’exercent de contrôle sur son opportunité, sur les mécanismes de sa collecte, de sa gestion ou sur l’affectation des fonds générés »,  déplore le député.

Sans évoquer précisément cette redevance, Marie Ntumba Nzeza a appelé ses concitoyens à « dénoncer toute forme d’antivaleur dans la chaîne de production des passeports ». Une chaîne de production qui devrait reprendre très rapidement, a-t-elle assuré : dès le 23 novembre 2020 pour Kinshasa, et 7 décembre pour les autres provinces.

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