Économie

Angola, Éthiopie, Ghana… Et si l’argent chinois venait à manquer ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 17 novembre 2020 à 14h58
Adria Fruitos pour TAR

© Adria Fruitos pour TAR

Dans la prochaine décennie, la Chine pourrait se montrer à la fois moins gourmande en matières premières et plus regardante sur les prêts qu’elle octroie et sur ses investissements à l’étranger.

C’est à une conclusion inquiétante à laquelle sont parvenus les chercheurs de l’assureur allemand Allianz et de sa filiale d’assurance-crédit Euler Hermès, dans une étude publiée le 10 novembre : au cours de la prochaine décennie, la Chine ne serait plus en mesure d’apporter à l’Afrique la même quantité d’argent que par le passé sous forme de prêts, d’investissements et d’échanges commerciaux.

Le poids financier de la Chine est considérable. Sa part dans la dette totale due aux pays du G20 est passée de 45 % en 2013 à 63 % fin 2019. Elle a investi lourdement à l’international soit pour sécuriser ses approvisionnements, soit pour favoriser ses exportations. Elle achète la moitié des matières premières commercialisées dans le monde.

Les auteurs de l’étude s’attendent à ce que la Chine « revoient à la baisse ses engagements internationaux au cours des prochaines années ». Outre la guerre commerciale avec les États-Unis, deux raisons expliquent cette évolution, selon eux.

D’abord, le changement de mode de développement décidé en octobre par le Parti communiste chinois à l’instigation du président Xi Jiping et baptisé « circulation duale ». Il s’agira de privilégier le marché domestique, afin de rendre le pays moins dépendant de l’étranger tout en maintenant ses parts de marché à l’exportation. Ce recentrage devrait contribuer à réduire les sorties de fonds.

Ensuite, la machine économique chinoise devrait poursuivre son ralentissement systémique et voir reculer son rythme de croissance depuis les 7 % par an atteints dans les années 2010 à une fourchette comprise entre 3,8 % et 4,9 % par an pour les années 2020. Cette évolution, elle aussi, pèsera sur les interventions financières chinoises outre-mer.

Perte de 30,5 milliards de dollars

L’étude s’interroge sur ce que ce que ce désengagement signifierait pour les pays à bas et moyens revenus. Pour un échantillon de dix pays dont sept africains (Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Afrique du Sud et Zambie), elle tente de mesurer le déficit de rentrées d’argent qui en résulterait.

Victime n°1 : la dette. La Chine a subi des pertes importantes sur les créances qu’elle a consenties à de nombreux pays. Elle a constaté que plusieurs pays – africains notamment – n’étaient plus en état de rembourser leurs dettes contractées à son égard comme l’Éthiopie, le Congo, la Zambie ou l’Angola.

Pour ne pas continuer à y perdre, elle est en train de se rapprocher du Club de Paris dont elle a adopté, le 13 novembre, le cadre pour procéder à des restructurations de dettes en bon ordre. Désormais, elle sera beaucoup plus regardante sur les prêts qu’elle consentira.

L’étude estime qu’entre 2021 et 2025, cette prudence priverait l’Afrique du Sud de 10,7 milliards de dollars, le Kenya de 6,6 milliards, l’Angola de 5,2 milliards, l’Éthiopie de 4,7 milliards, l’Égypte de 1,3 milliards, la Zambie de 1,1 milliards et le Ghana de 0,9 milliards. En cinq ans, ces sept pays y perdraient un total 30,5 milliards de dollars.

C’est à l’Éthiopie que ce manque poserait le plus de problèmes, car il représenterait près de 15 % de ses besoins de financements extérieurs.

Refinancement des prêts

Victime n°2 : le relatif repli sur soi de l’Empire du Milieu ainsi que sa surveillance plus stricte des investissements à l’étranger de ses entreprises publiques et privées. Compte tenu de leur dépendance à l’égard des investissements chinois, ce serait la Zambie, l’Éthiopie et le Ghana qui auraient le plus à perdre à ce coup de frein.

Victime n°3 : les matières premières. Le ralentissement de la croissance de la Chine la rendrait moins gourmande en minerais comme en hydrocarbures, privant les pays exportateurs de rentrées en devises. Sur dix ans, le déficit de recettes atteindrait 9 milliards de dollars, l’Angola perdant à lui seul 4,7 milliards.

En 2018, le commerce de la Chine avec l’Afrique a progressé de 19,7 % quand il augmentait de 12 % avec le reste du monde

L’étude en conclut que ce retrait chinois tomberait à un mauvais moment, de nombreux prêts devant être refinancés en 2022 et 2023. Pas sûr que les marchés accepteraient de prêter à bon compte de l’argent aux pays dont les financements auraient été ainsi fragilisées.

Forte relation sino-africaine

Ces conclusions demandent à être relativisées. Sans nier que la Chine s’apprête à changer de modèle de développement, Arthur Minsat, chef du département Afrique du Centre de Développement de l’OCDE, estime que « les pays africains ont établi avec la Chine une coopération et des échanges commerciaux et financiers tellement importants que le cadre de leurs relations devrait demeurer stable ».

La Chine a beaucoup misé sur l’Afrique. En 2018, son commerce avec le continent a progressé de 19,7 % quand il augmentait de 12 % avec le reste du monde. Durant la même année, ses investissements sur le continent atteignaient 5,4 milliards de dollars contre seulement 1,9 milliards en Amérique latine.

« Si l’on ajoute à ce partenariat sino-africain très fort, poursuit Arthur Minsat, les projets se chiffrant en milliards de dollars autour de la Route de la Soie ou dans l’exploitation des produits primaires, on ne peut qu’en conclure que la Chine est partie pour rester en Afrique ».

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer