Politique

Algérie – Covid-19 : les autorités ont-elles sous-estimé la deuxième vague ?

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Mis à jour le 17 novembre 2020 à 11h17
Des élèves algériens portent des masques et observent une distance physique alors qu’ils se rassemblent dans la cour de récréation d’une école primaire à Alger, le 21 octobre 2020.

Des élèves algériens portent des masques et observent une distance physique alors qu'ils se rassemblent dans la cour de récréation d'une école primaire à Alger, le 21 octobre 2020. © CHINE NOUVELLE/SIPA

Depuis début novembre, l’Algérie est confrontée à une forte reprise de la circulation du virus. Les autorités sont accusées d’avoir fait preuve de légèreté et de sous-estimer le nombre de cas.

Structures sanitaires saturées, tensions sur les bouteilles d’oxygène, épuisement du personnel de santé… La pandémie de Covid-19 est en train d’échapper au contrôle des autorités sanitaires en Algérie, où le bilan quotidien poursuit inexorablement sa progression.

Faut-il y voir un lien avec la campagne sur la consultation référendaire sur le projet de Constitution – le vote a eu lieu le 1er novembre ? Depuis le début du mois, les bilans officiels font en tout cas état d’une multiplication du nombre de contaminations : de 120 cas le 7 octobre, premier jour de campagne, à 910 nouveaux cas le 16 novembre. Et les hôpitaux ne sont plus en mesure de prendre en charge tous les patients.

Chef de service oncologie du Centre Pierre et Marie Curie d’Alger, le professeur Kamel Bouzid n’hésite d’ailleurs pas à imputer cette flambée aux autorités, qui ont accordé des autorisations aux partis politiques et aux associations pour leurs meetings de campagne, lors desquels aucune mesure barrière n’a généralement été respectée. « Ce sont des décisions irresponsables. Ces meetings n’auraient jamais dû être autorisés. On paye maintenant les frais après deux semaines de farce », assène-t-il.

Chiffres « mensongers »

La cartographie de la pandémie s’élargit aussi inexorablement avec 32 wilayas sur 58 qui comptent désormais des cas. Durant la première vague, au printemps, ils se comptaient essentiellement au niveau de Blida, Alger et Oran.

La recrudescence de la pandémie s’accompagne aussi d’une hausse considérable de décès. La moyenne de neuf morts par jour a été vite dépassée, et oscille désormais entre 15 et 18. Malgré les assurances des autorités, les alertes lancées depuis le terrain laissent penser que la situation est grave. Sur le réseau social Facebook, les fils d’actualité sont saturés d’avis de décès et de condoléances.

Le décompte officiel est d’ailleurs sujet à caution, dans la mesure où les cas détectés par scanner, une technique longtemps utilisée faute de tests disponibles, ne sont plus pris en considération. Sans compter les cas asymptomatiques ou légers qui passent sous les radars.

Et la polémique sur les chiffres enfle. Et a provoqué le coup de gueule à l’Assemblée de la députée FLN Faïza Bouhama de la wilaya de Jijel, qui a qualifié le 11 novembre de « mensongers les chiffres du département de la Santé sur l’épidémie du Covid-19 »,  affirmant avoir recensé 50 décès en trois jours uniquement au niveau de sa circonscription.

L’établissement public de Boufarik, dans le sud d’Alger, où ont été déclarés les tous premiers cas, affiche complet. « Ce qui laisse supposer que l’épidémie redémarre sérieusement », avertit le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses. Le professeur Riad Mahyaoui, membre du comité scientifique chargé du suivi de la pandémie du coronavirus, affirme lui que 80 % des malades diagnostiqués positifs sont obligés de rentrer chez eux à cause de la saturation des établissements sanitaires, tandis que 20 % seulement de cas graves sont admis en réanimation.

Durcissement des mesures

Avec cette soudaine et forte reprise de l’épidémie, l’essentiel du combat se déroule dans les hôpitaux qui souffrent du manque de moyens et d’effectifs, estime Salim Nafti, ancien chef du service pneumologie à l’hôpital Mustapha, à Alger. « Les équipes médicales sont épuisées, les moyens réduits et la pression de plus en plus forte. Nous sommes à 3 000 contaminations au sein du personnel de santé avec un pourcentage de 5 % de décès » détaille le professeur. Le ministère de la Santé a ainsi été contraint de solliciter l’aide du personnel médical à la retraite pour renforcer les rangs des équipes sur le front.

Le 16 novembre, le Premier ministère a renforcé les mesures de prévention avec un couvre-feu de 20 heures à 5 heures, désormais élargi à 32 wilayas, soit trois supplémentaires par rapport au précédent tour de vis. Cette mesure est accompagnée de la fermeture de certains commerces, comme les cafés et salons de coiffure, dès 15 heures.

Il a été, en outre, décrété, une interdiction de tous les rassemblements familiaux (enterrements, mariages), la fermeture des jardins publics et centres de loisirs et de détentes ainsi que la suspension du transport public pendant le week-end. La rentrée universitaire et celle de la formation professionnelle, prévues pour le 15 du mois en cours, ont été reportées au 15 décembre.

De nombreux spécialistes jugent ces mesures trop tardives et estiment que la progression du virus nécessite un confinement total.

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