Energies renouvelables

[Tribune] Les énergies renouvelables, ciment d’une nouvelle union pour la Méditerranée

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Par  M'jid El Guerrab

Député des Français du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest

Parc éolien de Tarfaya, plus grand parc éolien d'Afrique

Parc éolien de Tarfaya, plus grand parc éolien d'Afrique © ITH/SIEMENS/REA

Présentée à l’Assemblée nationale française le 26 novembre prochain, la création d’une Communauté méditerranéenne des énergies renouvelables (Cemer) permettrait d’assurer l’avenir des futures générations. Une trentaine de députés réunis autour de M’Jid El Guerrab appellent à l’union.

Pour l’éminent historien Fernand Braudel, la Méditerranée, c’est « mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres ». Or ce bien commun est devenu ces dernières années une source d’inquiétudes. Elle doit redevenir ce qu’elle a toujours été : un espace d’échanges et de coopération, désormais centré sur l’enjeu majeur de notre siècle – les énergies renouvelables.

Aussi, il est grand temps de relancer la coopération méditerranéenne, initiée en 1995 par le processus de Barcelone et poursuivie par le projet d’Union pour la Méditerranée (UpM). Pour y parvenir, il importe de se recentrer sur la partie occidentale de la Méditerranée, à travers la création d’une Communauté méditerranéenne des énergies renouvelables (Cemer).

Avenir et biodiversité

Cette construction rêvée par tous les peuples du pourtour doit associer pleinement les élus, les acteurs de la société civile ainsi que le secteur privé. Elle doit être incarnée par le plus grand nombre. C’est en ce sens que j’ai déposé une proposition de résolution qui sera examinée à l’Assemblée nationale française le 26 novembre prochain.

Elle doit être la première pierre de cet édifice commun entre la rive sud et la rive nord. Je souhaite pour cela qu’elle recueille le maximum de suffrages, car il s’agit avant toute considération partisane d’assurer l’avenir de nos enfants. C’est pour eux que je porte ce projet fédérateur. C’est pour les futures générations d’Europe et d’Afrique que nous devons nous mobiliser, mais c’est également pour la préservation de notre biodiversité et de nos territoires, menacés à terme par les effets du réchauffement climatique, que nous devons agir ensemble et concrètement.

La crise du coronavirus doit nous amener à intensifier notre réflexion sur les énergies propres

Alors que nous célébrons cette année le 25e anniversaire du processus de Barcelone, nous devons faire des énergies renouvelables une base solide et durable et un élément fédérateur pour faire de la Méditerranée un espace de vivre-ensemble et de bon voisinage.

Les pays riverains de la Méditerranée, située au carrefour de trois continents, concentrent près de 7 % de la population mondiale et 8 % de la consommation globale d’énergie primaire. À l’horizon 2040, ces chiffres devraient encore croître, sous le double effet d’une forte croissance démographique (105 millions d’habitants de plus par rapport à 2013) et économique (+ 2,3 % par an, prévisions avant Covid).

La crise sanitaire que nous traversons et qui bouleverse complètement le processus de mondialisation tel que nous le connaissions en début d’année doit nous amener à accélérer dans notre réflexion sur les énergies propres de demain.

Organisation Nord-Sud

La Cemer devra s’appuyer sur l’existant, comme le secrétariat général de l’UpM ou le Sommet des deux rives, qui a rassemblé en juin 2019 cinq pays européens et cinq africains. Elle pourrait être composée dans un premier de temps de l’Espagne, de la France et de l’Italie au Nord et de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie au Sud, sans exclure l’intégration progressive d’autres pays volontaires. Une organisation Nord-Sud en format restreint, dans un ensemble géopolitique et géographique cohérent, appelée à se développer graduellement.

La Cemer s’attellerait à la réalisation d’un grand partenariat économique et scientifique autour d’un projet commun, à l’instar de ce que fut la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) pour l’Union européenne : une nouvelle union énergétique, celle du XXIe siècle.

Les choix politiques doivent emmener les pays vers des solutions durables et inclusives

Ce projet commun sur l’énergie avait été la première étape vers un projet européen plus global et plus politique. Or depuis cette période, le secteur des énergies ne constitue plus un monopole d’État. Aujourd’hui, et plus que jamais, il doit constituer le terrain idéal d’une conciliation entre stratégie économique et vision d’avenir en faveur des peuples. Concrètement, en associant étroitement le secteur privé et les acteurs de la société civile. Nous avons besoin de toutes les énergies pour mener à bien ce magnifique projet.

Partenariat gagnant-gagnant

De nombreux scénarios sont envisageables quant à l’avenir énergétique des deux côtés de la Méditerranée. Cependant, les choix politiques doivent emmener les pays vers des solutions durables et inclusives pour accélérer le développement social, industriel et économique. Les nouvelles technologies, le dynamisme du secteur énergétique et la demande croissante soutenue à long terme – malgré la crise sanitaire et économique – sont autant de points positifs pour le développement d’un système énergétique fiable dans de nombreux pays méditerranéens.

Énergie solaire photovoltaïque, solaire thermique basse ou haute température, éolien, hydraulique, hydroélectricité, géothermie, biomasse, biogaz, biocarburants ou encore hydrogène vert… Les énergies renouvelables sont nombreuses, chacune avec ses spécificités, ses avantages ou ses inconvénients. Il appartient au Nord et au Sud de définir conjointement, à travers un juste partenariat gagnant-gagnant, quelle bonne stratégie établir.

En France, selon la loi de transition énergétique votée en 2015, la part des énergies renouvelables devrait représenter aujourd’hui 23 % de la consommation finale brute d’énergie… et en 2030, 32 % . À titre de comparaison, le meilleur élève en la matière, la Suède, atteint 54,6 %. Il est donc grand temps d’agir.

Ce projet illustrerait par ailleurs le chemin parcouru dans le sens d’une transition énergétique, et cette idée que de part et d’autre de la Méditerranée, les pays ont la même légitimité et la même détermination pour y cheminer.

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