Politique

Éthiopie : escalade majeure du conflit hors du Tigré

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 15 novembre 2020 à 17h07
Des Éthiopiens lisent des journaux faisant état de la confrontation militaire en Éthiopie, le 7 novembre 2020 à Addis Abeba.

Des Éthiopiens lisent des journaux faisant état de la confrontation militaire en Éthiopie, le 7 novembre 2020 à Addis Abeba. © Samuel Habtab/AP/Sipa

Le président de la région éthiopienne dissidente du Tigré a revendiqué dimanche les tirs de roquettes qui ont frappé la veille la capitale de l’Érythrée frontalière, accusant à nouveau le pouvoir d’Asmara d’aider l’armée éthiopienne qui combat les forces du Tigré.

« Les forces éthiopiennes utilisent elles aussi l’aéroport d’Asmara » pour faire décoller les avions qui bombardent le Tigré, ce qui en fait « une cible légitime », a déclaré Debretsion Gebremichael, accusant en outre une nouvelle fois l’armée érythréenne d’être engagée dans des combats au sol au Tigré, région du Nord de l’Éthiopie.

Le Tigré, Tigray en anglais, est une région se situant dans le nord de l'Éthiopie, à la frontière avec l'Érythrée.

Le Tigré, Tigray en anglais, est une région se situant dans le nord de l'Éthiopie, à la frontière avec l'Érythrée. © AP/Sipa

Plusieurs roquettes ont frappé samedi les abords de l’aéroport d’Asmara, ont indiqué dans la nuit deux diplomates basés à Addis Abeba, sans pouvoir faire état d’un bilan humain ou d’éventuels dégâts.

Les autorités érythréennes n’ont pas réagi dans l’immédiat.

« C’est un secret de polichinelle que les deux dirigeants », éthiopien Abiy Ahmed et érythréen Issaias Afeworki, « utilisent cet aéroport pour déployer des forces de l’autre côté de la frontière » entre l’Érythrée et le Tigré « et nous attaquer », a ajouté Debretsion Gebremichael.

Blackout

Samedi, le Commandement des forces du Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF) avait accusé l’Érythrée de prêter main forte à l’armée fédérale éthiopienne en laissant son aviation décoller du territoire érythréen, mais aussi en intervenant militairement dans les combats au Tigré.

Les troupes du Tigré « combattent les forces érythréennes depuis quelques jours sur plusieurs fronts », a répété dimanche le président de la région, des affirmations qui ne peuvent être vérifiées de source indépendante, en raison du blackout imposé à la région et des restrictions de déplacement des journalistes.

Ces derniers jours, le gouvernement éthiopien a assuré que les forces du TPLF étaient « à l’agonie » tandis que celles-ci ont affirmé avoir infligé de « lourdes pertes » à l’armée fédérale.

Dimanche, Abiy Ahmed a assuré que les opérations militaires « progressaient bien » et que « l’Ethiopie était plus que capable d'(en) atteindre les objectifs (…) par elle-même ».

Dimanche, des médias d’État ont fait état de la prise d’Alamata, localité du Sud-Est du Tigré, à 180 km de route au sud de la capitale régionale Mekele.

Escalade majeure

Les tirs contre Asmara sont une escalade majeure dans le conflit au Tigré, dont de nombreux observateurs craignent non seulement qu’il entraîne l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (100 millions d’habitants) et mosaïque de peuples, dans une guerre communautaire incontrôlable, mais aussi qu’il déstabilise toute la région de la Corne.

Éthiopie et Érythrée se sont affrontées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000, à l’époque où le TPLF était tout-puissant à Addis Abeba.

Les deux pays sont restés à couteaux tirés jusqu’à ce que Abiy Ahmed devienne Premier ministre en 2018 et fasse la paix avec Asmara, ce qui lui a valu le prix Nobel en 2019.

Réfugiés

Abiy Ahmed a lancé le 4 novembre une opération militaire au Tigré pour y installer des « autorités légitimes », après des mois de tensions avec le TPLF, qu’il a progressivement écarté ces dernières années du pouvoir à Addis Abeba.

Aucun bilan humain n’est connu dans l’immédiat, mais les analystes s’attendent à un conflit très meurtrier.

De son côté, le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a dit s’attendre à une vague massive de réfugiés au Soudan voisin, estimant que le conflit risquait de s’intensifier. Près de 25 000 Éthiopiens, hommes, femmes et enfants, ont déjà fui au Soudan les combats au Tigré, selon l’agence officielle soudanaise Suna.

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