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Politique

Burkina – Tahirou Barry : « Je suis le candidat d’une génération blessée »

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Tahirou Barry, candidat du MCR à la présidentielle burkinabè, le 25 février 2019.

Tahirou Barry, candidat du MCR à la présidentielle burkinabè, le 25 février 2019. © ISSOUF SANOGO/AFP

Investi candidat du Mouvement pour le changement et la renaissance à la présidentielle du 22 novembre, Tahirou Barry, ancien ministre de la Culture et du Tourisme, se présente comme le candidat de la jeunesse.

Tahirou Barry n’est pas un novice sur la scène politique burkinabè. En 2015, cette figure de l’opposition contre Blaise Compaoré s’était déjà lancée dans la course pour Kosyam sous les couleurs du Parti pour la renaissance nationale (Paren). Tahirou Barry, était alors arrivé troisième, derrière Roch Marc Christian Kaboré et Zéphirin Diabré, avec seulement 3% des voix.

Élu député, il avait ensuite rallié la majorité présidentielle, avant d’être nommé ministre de la Culture et du Tourisme. Mais, à la surprise générale, il avait démissionné du gouvernement en octobre 2017, invoquant sa « grande déception » et accusant les dirigeants du pays de « trahison » envers les martyrs de l’insurrection populaire. Exclu de son parti, resté dans la majorité, Tahirou Barry s’est alors rapproché de l’Union pour le progrès et le changement, du chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré.

Âgé de 45 ans, il est le candidat à la présidentielle du Mouvement pour le changement et la renaissance (MCR), qui regroupe une dizaine d’associations et de partis politiques, qui présente des candidats aux législatives dans une quarantaine de provinces. Tahirou Barry est également en lice pour un siège de député, sur la liste nationale.

À la veille d’un meeting de campagne à Ouagadougou, le jeune candidat revient pour Jeune Afrique sur les axes du programme de sa campagne. Il évoque la crise sécuritaire, les réformes fiscales et la réconciliation nationale.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de présenter votre candidature à la présidentielle ?

Tahirou Barry : Je suis candidat, surtout, pour répondre à la volonté de changement d’une génération blessée par tant d’années de souffrances et de misère. Le MCR a été créé par des jeunes qui ont décidé de prendre en main leur destinée.

Nous proposons notamment la refondation des institutions et de l’administration, ainsi que la refondation du système éducatif, pour créer un Burkinabè nouveau conscient de sa mission patriotique.

Pour le moment, nous nous sommes rendus dans les provinces du Ioba, du Séno, de Kouritenga et du Gourma. Nous préparons un grand meeting dans la capitale, samedi 14 novembre. Partout où nous allons, nous sentons que les populations sont réceptives à notre message. Je rencontre des populations désespérées qui aspirent à un meilleur avenir et à la protection. Les gens ont soif de changement.

Une des préoccupations majeures des populations est la sécurité. Comment comptez-vous juguler la crise sécuritaire si vous êtes élu ?

Il faut d’une part renforcer les Forces de défense et de sécurité (FDS) pour faire face à l’ennemi. C’est pourquoi nous proposons que la loi de programmation militaire soit portée de 700 à 1 000 milliards de francs CFA. En plus de cela, nous prévoyons une loi de programmation sécuritaire afin de prendre en compte les services de la police et de la gendarmerie.

Ces différentes propositions budgétaires devraient permettre aux FDS de renforcer leurs moyens matériels en termes d’équipements, de consolider le système de renseignements, d’augmenter les effectifs et, ainsi, d’améliorer le moral et la motivation des troupes.

Le deuxième volet consiste à s’attaquer aux racines du terrorisme. Elles se trouvent aujourd’hui dans la misère, les inégalités, l’ignorance et les frustrations que nous enregistrons dans des régions longtemps abandonnées à l’image du Sahel, de l’Est, de la Boucle du Mouhoun et du Nord.

Une affiche du candidat Tahirou Barry à la présidentielle du 22 novembre, dans une rue de Ouagadougou.

Une affiche du candidat Tahirou Barry à la présidentielle du 22 novembre, dans une rue de Ouagadougou. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

Comment comptez-vous financer cela ?

Il faut renforcer le recouvrement des recettes fiscales. Nous allons augmenter les moyens des services des impôts et améliorer le système d’identification des contribuables. Les Burkinabè dans leur ensemble comprendront cette démarche si celle s’accompagne d’une meilleure transparence dans la gestion des ressources publiques.

Actuellement, les dettes fiscales représentent près de 600 milliards de francs CFA. Les fraudes fiscales sont estimées à près de 100 milliards par an depuis, au moins, en 2014.

Nous sommes face à un véritable  désarmement fiscal et douanier, qui fait perdre des milliards à l’État. Ce sont des aspects que nous devons corriger afin de nous permettre d’avoir des recettes pour faire face aux charges de l’État.

Nous allons également augmenter l’impôt sur la fortune des plus nantis. Notre objectif est de nous attaquer à ceux qui, parmi les plus fortunés, échappent à la fiscalisation. Nous avons également prévu d’instaurer une taxe sur les activités financières, notamment celle des banques.

Le retour de l’ancien président Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire depuis octobre 2014, est-il selon vous une condition pour la réconciliation nationale ?

On ne saurait parler de réconciliation sans la faire reposer sur le triptyque vérité, justice et réconciliation. Tant que la lumière ne sera pas faite sur les drames qui ont frappé notre pays, tant que les torts ne seront pas réparés, il est évident que les cœurs ne seront pas apaisés. Toute réconciliation proclamée ne serait que pure théâtralisation.

En ce qui concerne Blaise Compaoré, il faut absolument qu’il revienne, car il est un fils de ce pays. Le Burkina a besoin de l’ensemble de ses fils et filles pour engager et poursuivre sa marche vers le développement. S’il a des questions à clarifier avec les institutions compétentes, je crois qu’il le fera en toute liberté.

Pourquoi avez-vous signé l’accord politique de l’opposition burkinabè ?

Cela est lié au système électoral de notre pays. Nous avons un scrutin présidentiel à deux tours. Au deuxième tour, il est important que les candidats de l’opposition s’entendent pour accompagner le meilleur candidat de l’opposition afin d’opérer le changement que nous attendons tous.

Vous avez fait partie de la majorité présidentielle avant d’en claquer la porte et de rejoindre l’opposition. Y avez-vous trouvé votre place ?

J’ai été accueilli à bras ouverts et, ensemble, nous essayons de mener le combat pour l’émergence, la justice, la cohésion sociale et la sécurisation de nos populations.

Quelles sont vos relations avec Laurent Bado, fondateur du Paren ?

J’entretiens des relations très fraternelles avec le fondateur du Paren, et je ne manque pas de le consulter souvent pour avoir ses conseils sur des questions qui me paraissent importantes.

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