Politique

Libye : comment la paix se joue à Syrte

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Mis à jour le 13 novembre 2020 à 16h56
Des diplomates libyens assistent à l’ouverture du Forum politique libyen organisé dans la banlieue de Tunis, le 9 novembre 2020.

Des diplomates libyens assistent à l'ouverture du Forum politique libyen organisé dans la banlieue de Tunis, le 9 novembre 2020. © FETHI BELAID / AFP

Verrou stratégique, Syrte est vouée à devenir une zone démilitarisée dans le cadre du cessez-le-feu permanent entre les forces du Gouvernement d’accord national (GNA) et celles de Khalifa Haftar.

À mi-chemin sur la côte méditerranéenne entre Tripoli et Benghazi, Syrte est sous le feu des projecteurs. Contrôlée par l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar depuis janvier, la ville est cœur des négociations sur la mise en place du cessez-le-feu permanent signé le 23 octobre à Genève. Condition sine qua non à sa réussite : le retrait des unités militaires et des forces armées des lignes de front ainsi que celui des combattants étrangers, notamment ceux liés à la société militaire privée russe Wagner.

La rencontre du 10 au 13 novembre du Comité militaire mixte 5+5, rebaptisé Comité militaire joint (CMJ), à l’hôtel Mahari de Syrte est hautement symbolique. Les généraux de division Ahmed Abu Shahma pour l’Ouest et Emraja’a Emhammed Mohammed al Ammami pour l’Est y ont piloté le sixième round des pourparlers. Ceux-ci sont menés sous l’égide de la mission onusienne en Libye (UNSMIL) en parallèle des négociations du Forum politique libyen, organisées le 9 novembre à Tunis.

Zone démilitarisée

Alors que l’UNSMIL souhaiterait créer une zone démilitarisée, tous les regards sont tournés vers Syrte. Militairement, la ville offre une position stratégique de choix, permettant de contrôler les déplacements entre l’est et l’ouest et l’axe nord-sud du pays. Or sa démilitarisation implique le départ des mercenaires syriens, des hommes de la firme paramilitaire russe Wagner et des forces de l’ANL.

Leur retrait effectif est toutefois toujours attendu. Wagner a redéployé ses forces des lignes de front à l’intérieur de la ville, selon le témoignage d’un commandant de brigade sur place. Plusieurs observateurs estiment que les forces de l’ANL demeurent aussi présentes dans la ville.

Une force khadafiste à Syrte ?

Afin de créer une zone démilitarisée, il est question de constituer une force de police neutre qui devrait comprendre des éléments envoyés par le gouvernement de Tripoli et celui dissident de Benghazi.

Si le camp de Haftar n’a pas encore pris d’initiative en ce sens, à Tripoli, le ministre de l’Intérieur du Gouvernement d’accord national (GNA) Fathi Bachagha s’active pour dessiner les contours de la « force neutre » de police destinée à sécuriser Syrte après le départ de l’ANL. Parmi les options sur la table, il étudie l’éventualité de constituer cette force avec des éléments de Bani Walid. Le choix de la ville fait sens. Située en Tripolitaine, Bani Walid a néanmoins maintenu une fragile neutralité entre le GNA et Khalifa Haftar, même si son aéroport a servi à l’évacuation des blessés de l’ANL vers l’Est.

Un combattant des forces libyennes affiliées au gouvernement de Tripoli, à Syrte, le 2 octobre 2016.

Un combattant des forces libyennes affiliées au gouvernement de Tripoli, à Syrte, le 2 octobre 2016. © Manu Brabo/AP/SIPA

Mais Bani Walid est également le fief de la tribu des Ourfellas, longtemps fidèles à l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Et Syrte, ancienne ville chérie du régime de Kadhafi, est la principale ville de la tribu des Qadhadhfa, alliée historique des Ourfellas et tribu de l’ancien guide. Ayant été marginalisés depuis la révolution de 2011, certains Qadhadhfa avaient misé sur un rapprochement avec Khalifa Haftar, lors de son offensive contre Tripoli, pour revenir au pouvoir.

Doha brouille les négociations

Le nouvel accord signé entre Doha et Tripoli le 12 novembre pourrait toutefois faire dérailler les discussions du CMJ. Le ministre de la Défense de Tripoli, Salaheddine Al-Namroush, et son homologue qatari, Khaled Ben Mohammed Al-Attiyah, ont signé un accord de coopération dans le domaine de la formation et du renforcement des capacités militaires des troupes de l’Ouest. Or l’interruption des formations militaires par les étrangers est l’une des conditions de la feuille de route validée par le CMJ.

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