Politique

Guinée : ce que le procureur reproche aux opposants arrêtés

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 13 novembre 2020 à 13h30
Heurts entre partisans de Cellou Dalein Diallo et policiers à Conakry, le 21 octobre 2020, au lendemain de la présidentielle.

Heurts entre partisans de Cellou Dalein Diallo et policiers à Conakry, le 21 octobre 2020, au lendemain de la présidentielle. © Eddy Peters/Xinhua/MAX PPP

Plusieurs opposants, ainsi que des membres de la société civile, sont actuellement entendus par la justice pour troubles à l’ordre public. Le parti de Cellou Dalein Diallo dénonce des « arrestations arbitraires ».

Après une journée d’audition, jeudi, ils ont finalement passé la nuit dans les cellules de la Direction centrale de la police judiciaire (DPJ), à Kaloum, l’une des communes de Conakry. Pourtant, dans la matinée, alors qu’il se rendait dans les locaux de la DPJ pour répondre à sa convocation, Ousmane Gaoual Diallo, se disait serein. « Je vais répondre aux questions des enquêteurs sans a priori, parce que je n’ai rien à me reprocher », affirmait alors le conseiller politique de Cellou Dalein Diallo, accompagné de plusieurs de ses alliés de l’opposition, Étienne Soropogui, président du mouvement Nos valeurs communes et Abdoulaye Bah, membre de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (Anad).

78 personnes arrêtées

Deux jours plus tôt, le procureur de la République près du tribunal de Dixinn, Sidy Souleymane N’diaye, les avait accusés d’avoir « proféré des menaces de nature à troubler la sécurité et l’ordre public ». Invité du journal de 20h de la Radio télévision guinéenne (RTG) pour faire le point sur les procédures judiciaires engagées à la suite des violences postélectorales qui ont éclaté au lendemain du scrutin présidentiel du 18 octobre dernier, il avait, d’un ton grave, exposé ses griefs.

En tout, 78 personnes ont été présentées devant les juges, a rapporté le procureur, qui a évoqué des « saisies d’armes ». Sidy Souleymane N’diaye a ensuite nommément cité plusieurs leaders, membres de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, de Cellou Dalein Diallo) ou d’organisations de la société civile.

Six heures d’audition

Des policiers font face à des partisans de Cellou Dalein Diallo, à Conakry le 21 octobre 2020.

Des policiers font face à des partisans de Cellou Dalein Diallo, à Conakry le 21 octobre 2020. © Sadak Souici/AP/SIPA

Des charges confirmées aux opposants lors de l’audition de ce jeudi. Pendant plus de six heures, ils ont été tour à tour interrogés par les enquêteurs, en présence de leurs avocats. Les accusations sont lourdes. Détention et fabrication d’armes légères, association de malfaiteurs, pillage et destruction, participation à un attroupement, propos incitant à la haine et troubles à l’ordre public sont venus s’ajouter aux faits déjà évoqués par le procureur lors de son passage à la RTG.

« Nous avons rejeté en bloc toutes ces accusations, qui sont formulées sur la base d’une commission rogatoire. Nous attendons de passer devant le juge d’instruction, pour démontrer que les faits ne sont pas constitués », a réagit Me Salif Béavogui, l’un des avocats de la défense, qui assure que les auditions à la DPJ se sont déroulées « dans le respect ».

À l’issue de celles-ci, Ousmane Gaoual Diallo, Étienne Soropogui et Abdoulaye Bah n’en ont pas moins été maintenus en détention, dans le cadre d’une garde à vue qui peut durer jusqu’à 72 heures, et ont rejoint en cellule Chérif Bah, vice-président de l’UFDG et ancien gouverneur de la banque centrale de Guinée (BCRG).

« Ce sont des personnalités qui ont des garanties suffisantes de représentation, leurs domiciles sont connus, et ils ne peuvent en aucune manière se soustraire à la justice, regrette Me Salif Béavogui. Leur détention n’est plus nécessaire à la manifestation de la vérité ». Contacté par Jeune Afrique, le procureur Sidy Souleymane N’diaye n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Cellou Dalein Diallo dénonce une « instrumentalisation de la justice »

Cellou Dalein Diallo, lors du scrutin du 18 octobre en Guinée.

Cellou Dalein Diallo, lors du scrutin du 18 octobre en Guinée. © Sadak Souici/AP/SIPA

Alors que les auditions étaient en cours à la DPJ, Cellou Dalein Diallo, arrivé second à la présidentielle selon les résultats officiels, mais qui continue de revendiquer la victoire face à Alpha Condé, a organisé une conférence de presse à son domicile de Dixinn, à Conakry. Outre des membres de l’Anad, Abdoul Kabèlè Camara, autre candidat malheureux à l’élection, était également présent. Cellou Dalein Diallo a dénoncé des « arrestations arbitraires », synonymes, selon lui, d’une « déclaration de guerre » de la part du président Alpha Condé. 

« Avec cette vague de persécutions, Alpha Condé souhaite museler toute opposition contre le troisième mandat, a-t-il déclaré. Nous condamnons cette instrumentalisation de la justice à des fins de règlement de comptes politique. »

Ni le président de la République ni son Premier ministre n’ont donné d’ordre »

Du côté du Rassemblement pour la Guinée (RPG Arc-en-Ciel, au pouvoir) le silence est de mise, les responsables du parti se refusant à commenter des procédures judiciaires en cours. Un membre de l’exécutif, qui a souhaité garder l’anonymat, assure cependant à Jeune Afrique que les accusations d’instrumentalisation de la justice sont infondées.

« Il faut arrêter de politiser l’affaire, c’est une affaire judiciaire, insiste-t-il. D’ailleurs, il n’y a pas que des politiques qui ont été arrêtées : il y a plus de 70 personnes. Et ni le président de la République ni son Premier ministre n’ont donné d’ordre. »

Affirmant que « le procureur s’est auto-saisi dans ce dossier, qui relève de l’atteinte à la sûreté de l’État », le ministre assure que « les arrestations en cours concernent des gens qui sont recherchés pour des activités subversives, notamment en raison de la propagation ou de la tenue de propos haineux sur les réseaux sociaux pendant la campagne électorale et postélectorale ».

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