Télécoms

Inwi : l’internationalisation, à quel prix ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Le Security Operation Center, centre de cyber-sécurité de Inwi, à Casablanca

Le Security Operation Center, centre de cyber-sécurité de Inwi, à Casablanca © Inwi

Sous la houlette de son nouveau PDG, Azzedine El Mountassir Billah, le troisième opérateur marocain compte se lancer hors de ses frontières. Reste à trouver la bonne formule.

Nommé à la tête d’Inwi, le 30 septembre, dans la foulée de la démission surprise de Nadia Fassi Fihri  après cinq années consacrées à la restructuration et à la diversification de l’entreprise, Azzedine El Mountassir Billah s’est vu confier un nouvel objectif : trouver de nouveaux relais de croissance en dehors des frontières marocaines suivant une feuille de route ambitieuse.

Un virage stratégique surprenant, alors que les experts du secteur que nous avons consultés, et même d’anciens cadres de l’entreprise, assurent n’avoir jamais eu vent d’une volonté sérieuse d’expansion du troisième opérateur marocain – qui de son côté n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Après avoir mis le pied dans le digital, le paiement mobile, la cybersécurité et la gestion des données, Inwi semble vouloir un nouveau challenge. Reste à savoir s’il aura l’assise financière suffisante pour réaliser ses ambitions, alors que l’entreprise a lourdement investi depuis l’arrivée de Nadia Fassi Fihri, à raison de 2 milliards de dirhams chaque année.

Vers une modification de l’actionnariat ?

« Le fixe et la fibre optique, leurs chantiers les plus récents, nécessitent une grande mobilisation des capitaux. Pour aller s’aventurer en Afrique, Azzedine El Mountassir Billah devra sûrement réclamer des fonds aux actionnaires sur la base d’une feuille de route ambitieuse », estime un consultant en télécoms qui connaît bien le marché africain.

Si rien ne filtre sur les résultats et les comptes de Inwi, son tour de table a la particularité d’être le seul du pays majoritairement détenu par des capitaux marocains, le holding Al Mada en détenant 69 %, le reste étant réparti entre Zain – opérateur koweïtien présent au Moyen-Orient, au Soudan et au Soudan du Sud – et le fonds souverain du Koweït Al Ajial, qui détiennent chacun 15,5 %.

Il n’est donc pas exclu de voir du changement dans l’actionnariat pour rendre possible le déploiement continental de l’opérateur marocain, en complément des acteurs actuels, voire même en remplacement de Zain – qui affiche peu d’ambition expansionniste en Afrique (en 2010, il a vendu à l’indien Bharti Airtel ses quinze filiales en Afrique subsaharienne) -, assurent des observateurs du secteur.

Taille critique

En revanche, Azzedine El Mountassir Billah pourrait mener à bien sa mission en s’appuyant sur son actionnaire majoritaire : Al Mada est actif dans 24 pays africains grâce à plus de 80 filiales et participations minoritaires, dont le groupe bancaire Attijariwafa Bank, qui pourrait rendre l’aventure moins périlleuse.

La période où les opérateurs gagnaient énormément d’argent en Afrique est révolue

Si l’ambition de devenir un groupe international est aisément explicable – « la taille du marché couvert est un élément déterminant, notamment dans les négociations avec les constructeurs et fournisseurs : plus on a de filiales, plus le prix baisse et plus le pouvoir change de côté », analyse notre consultant -, le timing choisi pour ce faire interpelle nos interlocuteurs.

D’une part, du fait de la crise économique : même si le secteur des télécoms semble être relativement épargné, les opérateurs isolés, comme Inwi, sont davantage fragilisés que des grands groupes comme Orange, MTN ou même Maroc Telecom, qui ont les épaules suffisamment solides pour faire face à d’éventuels ralentissements imprévus de l’activité.

Des opportunités plus rares

Mais surtout, parce que, comme le souligne un analyste financier, « la période où les opérateurs gagnaient énormément d’argent en Afrique est révolue » : la libéralisation du secteur des télécoms dans la plupart des pays d’Afrique est déjà consommée et les opportunités se font de plus en plus rares.

Ainsi, les plus gros acteurs au niveau continental sont ceux qui ont acheté les opérateurs historiques, à l’image de Maroc Telecom qui a su enrôler Onatel Faso au Burkina ou encore Sotelam au Mali. « En Afrique, il vaut mieux être 1er ou 2e des marchés nationaux où on est présent pour s’assurer une rentabilité », estime notre consultant, qui rappelle en outre que « les gouvernements durcissent de plus en plus les réglementations ce qui complique davantage la réalisation de bénéfices ».

Un dossier que devrait cependant savoir surmonter le nouveau PDG de l’opérateur : Azzedine El Mountassir Billah a occupé pendant huit ans la direction générale de l’Agence nationale de régulation des télécoms (ANRT), avant d’être démis de ses fonctions en 2016.

Construire un écosystème

Autre challenge pour Inwi, s’assurer à édifier un maillage bien pensé. « Si on prend l’exemple de Maroc Telecom, on voit que l’opérateur a construit patiemment ses implantations : toutes les filiales, ou presque, ont un rôle dans un écosystème. Ils sont présents dans plusieurs pays frontaliers ce qui simplifie le raccordement au backbone », détaille notre consultant du secteur des télécoms. Une fois le processus enclenché, il faudra donc grandir vite pour atteindre la taille critique qui permettra de devenir rentable, tout en maintenant une certaine cohérence, territoriale notamment.

Si la filiale d’Al Mada ne laisse rien filtrer de ses intentions, les observateurs s’accordent à dire que dans cette optique, le plus simple serait d’acquérir des acteurs déjà en place, plutôt que d’attendre la mise en vente de licence et de construite un réseau ex-nihilo. « Pour moi, Inwi va commencer à prospecter en Mauritanie, au Sénégal et peut-être aussi au Mali. Cela donnerait un sens d’un point de vue territorial, mais en tout franchise, j’ai du mal à imaginer comment l’opérateur, totalement isolé aujourd’hui, va pouvoir constituer un groupe », estime ce connaisseur du secteur.

Expresso Telecom et Chiguitel, filiales du soudanais Sudatel respectivement présentes au Sénégal et en Mauritanie, pourraient notamment être des cibles privilégiées pour Inwi dans un avenir proche. À moins que l’opérateur ne fasse fi de l’éloignement géographique et la culture pour miser sur les marchés anglophones, qui peuvent présenter de meilleures opportunités.

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