Politique

Ghana – Décès de Jerry Rawlings : « L’Afrique a perdu un pilier du panafricanisme »

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 13 novembre 2020 à 09h59
Jerry Rawlings, ici en 2011 à Nairobi, est décédé le 12 novembre 2020 à Accra.

Jerry Rawlings, ici en 2011 à Nairobi, est décédé le 12 novembre 2020 à Accra. © REUTERS/Noor Khamis

L’ancien président ghanéen John Jerry Rawlings est mort à Accra, à l’âge de 73 ans, jeudi 12 novembre. Nana Akufo-Addo a décrété 7 jours de deuil national, tandis que les hommages viennent de tout le continent.

Jerry John Rawlings est décédé ce jeudi 12 novembre au matin, à l’hôpital universitaire Korle-Bu d’Accra, où il avait été admis une semaine auparavant. Il avait dirigé le Ghana de 1981 à 2001.

L’annonce de son décès a déclenché de très nombreuses réactions. « Un baobab est tombé », a regretté le président ghanéen Nana Akufo-Addo, qui a également décrété un deuil national de 7 jours et ordonné la mise en berne du drapeau national.

« L’Afrique a perdu un pilier du panafricanisme »

« J’annonce la suspension de notre campagne politique (…) après la nouvelle de la mort du fondateur de notre parti et ancien président du Ghana, Jerry John Rawlings » a annoncé sur Twitter l’ancien président John Dramani Mahama, principal candidat de l’opposition du National Democratic Congress (NDC) à la présidentielle de décembre.

« Avec sa disparition, l’Afrique perd un panafricaniste et le Ghana un homme de conviction, un patriote qui a su remettre son pays sur le chemin de la croissance et de la démocratie », a réagit pour sa part le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, jugeant qu’avec le décès de l’ancien président ghanéen, « le Burkina Faso perd un frère, un ami sincère ».

« Le Ghana, le Liberia et l’Afrique perdent un grand leader, a regretté le président libérien George Weah. Le Liberia se souvient de son immense contribution à la réalisation et au maintien de la paix pendant les jours sombres de notre propre histoire. » « L’Afrique a perdu un pilier du panafricanisme et un homme d’État continental charismatique », a renchérit Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine.

Coups d’État

Né à Accra d’une mère ewe et d’un père écossais, Jerry Rawlings se fait remarquer très tôt pour son franc-parler et son envie de révolte. Jeune homme doué et brillant, il s’engage dans l’armée de l’air et obtient, en quelques années, le grade de flight lieutenant (l’équivalent du rang de capitaine dans l’armée de terre).

En mai 1979, il participe à son premier coup d’État militaire. C’est un échec : il est arrêté, traduit devant une cour martiale – juridiction devant laquelle il choisit de se défendre seul – et libéré quelques semaines plus tard par un groupe d’officiers qui rêvent d’en découdre avec une hiérarchie qu’ils estiment corrompue. Ensemble, au mois de juin suivant, ils renversent pour de bon le régime de Fred Akuffo.

Jerry Rawlings est porté à la tête du pays et s’engage à rendre rapidement le pouvoir aux civils. Promesse tenue : des élections générales sont organisées et, trois mois plus tard, Rawlings s’efface pour céder la place à Hilla Limann, tout juste élu président. Jerry Rawlings a à peine plus de trente ans et il est déjà très populaire au Ghana.

Mais il ne restera pas longtemps dans l’ombre. Écœuré par le régime d’Hilla Limann, dont il fustige la corruption et la mauvaise gouvernance, Rawlings reprend les armes en décembre 1981. Il renverse Limann, prend la direction du Conseil provisoire de la défense nationale et s’installe durablement au pouvoir.

Démocratisation

Les débuts sont difficiles. Le Ghana fait face, depuis plusieurs années, à une grave crise économique et Rawlings doit se résoudre à appliquer le programme d’ajustement structurel du FMI. Politiquement, la situation n’est pas meilleure : la Constitution est suspendue, les partis politiques abolis, le Parlement dissous et les droits de l’homme malmenés.

Le Ghana finit malgré tout par retrouver un peu de normalité. Sous la pression de l’opposition et de la communauté internationale, Jerry Rawlings engage son pays sur la voie de la démocratisation. En 1992, il démissionne de l’armée et fonde le National Democratic Congress (NDC). Élu démocratiquement en 1992, il sera réélu en 1996 pour un second mandat à la tête du Ghana.

Jerry Rawlings, aux côtés de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré (à gauche), en septembre 1983 lors d'une visite officielle du président ghanéen en Haute Volta.

Jerry Rawlings, aux côtés de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré (à gauche), en septembre 1983 lors d'une visite officielle du président ghanéen en Haute Volta. © Archives Jeune Afrique

En 2000, la Constitution lui interdisant de briguer un nouveau mandat, Rawlings appuie la candidature de son vice-président, John Atta-Mills. Ce dernier échouera à s’imposer face à John Kufuor, mais Rawlings restera l’homme qui a tenu sa promesse et accepté de tirer sa révérence, non sans une certaine élégance.

Après son départ de la présidence, Rawlings conservera un agenda chargé, voyageant à travers le continent et jusqu’aux États-Unis ou en Europe, pour participer à nombre de conférences. Accueilli à chaque fois en guest star, cet homme charismatique qui fut l’ami du burkinabè Thomas Sankara disserte volontiers sur les thèmes qui lui sont chers : le panafricanisme, la bonne gouvernance et le développement… Sans jamais manquer une occasion d’égratigner ceux qui lui ont succédé à la tête du Ghana.

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