Politique

Disparition de Saeb Erekat, l’infatigable promoteur de l’État palestinien

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Mis à jour le 10 novembre 2020 à 17h47
Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) , le 3 février 2017 à Jéricho.

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) , le 3 février 2017 à Jéricho. © Issam Rimawi/Anadolu Agency/AFP

Fervent défenseur de la solution à deux États, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’est éteint ce 10 novembre, victime du Covid-19.

Depuis son admission à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, le 18 octobre dernier, le secrétaire général de l’OLP avait été placé sous respirateur et plongé dans un coma artificiel. Le plus souvent, ses bulletins de santé étaient communiqués par sa fille, Salam, via les réseaux sociaux : « Mon père est un guerrier, il combat la maladie et avec l’aide de vos prières, il s’en sortira », déclarait, optimiste, celle qui n’aura pas abandonné le chevet de son père jusqu’à son dernier souffle.

Tel un symbole, le « Dr Saeb » a livré son ultime bataille entouré de médecins israéliens, non loin du village d’Abu Dis qui l’avait vu naître soixante-cinq ans plus tôt. Le coronavirus qu’il avait récemment contracté lui aura ôté ses dernières forces, déjà rudement mises à l’épreuve par une fibrose pulmonaire. En 2017, cette grave pathologie lui avait valu une délicate transplantation aux États-Unis.

Hommage du Hamas

Saeb Erekat est la plus importante figure politique palestinienne à disparaître depuis Yasser Arafat, en 2004. Proche de l’ancien raïs, bien qu’il ait toujours préféré la quiétude de Jéricho, son fief, à la Mouqat’aa de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, il laisse derrière lui l’image d’un infatigable porte-voix des aspirations de son peuple.

« Saeb n’aura pas l’occasion de voir son peuple libéré des chaînes de l’occupation, mais des générations entières de Palestiniens se souviendront de lui comme l’un des géants qui ont consacré leur vie pour leur indépendance », a réagi Ayman Odeh, chef de la liste arabe unifiée au parlement israélien, la Knesset.

C’est un fils loyal de la Palestine et l’un de ses valeureux combattants

À l’annonce de sa mort, le président palestinien Mahmoud Abbas a regretté la « perte d’un frère et d’un ami », décrétant trois jours de deuil en Cisjordanie où le drapeau a été mis en berne. À Gaza, où la vieille garde du Fatah n’est guère appréciée des islamistes, le Hamas a évité la surenchère militante : « Erekat a maintes fois prouvé qu’il était un vrai patriote. C’est un fils loyal de la Palestine et l’un de ses valeureux combattants », s’est exclamé Ismaïl Haniyeh, chef du bureau politique de l’organisation.

En coulisses, pourtant, Saeb Erekat n’a jamais vu d’un bon œil l’avènement du mouvement rival palestinien, pas plus qu’il n’a apprécié les contacts discrets qu’Israël entretient depuis plusieurs années avec le Hamas, perçus comme une manière de maintenir la division palestinienne sous couvert de bienveillance humanitaire. « Nous sommes le seul gouvernement légitime », martelait-il.

Solution pacifique

L’épopée diplomatique d’Erekat démarre en 1991. Malgré de longues études sur la côte Ouest américaine et en Angleterre où il obtient un doctorat en sciences politiques, l’apprenti négociateur n’a rien perdu de sa fougue – adolescent, il avait été emprisonné pour jets de pierre contre des soldats israéliens.

À la conférence de Madrid, son baptême du feu, il prend part à la cérémonie officielle vêtu d’un keffieh, provoquant l’ire de la délégation israélienne laquelle menace de quitter la réunion. À 36 ans, il est propulsé numéro deux de l’équipe de négociation palestinienne.

C’est le Palestinien qui s’est le plus investi pour résoudre le conflit par le biais d’un accord de paix

« C’est le Palestinien qui s’est le plus investi pour résoudre le conflit par le biais d’un accord de paix », se rappelle Gilead Sher, ancien chef de cabinet du Premier ministre israélien, Ehud Barak. « Nos réunions duraient des heures, il arrivait que nos divergences soient assez vives, mais Saeb est toujours resté attaché à une solution pacifique », poursuit-il.

De cet entêtement, Saeb Erekat se forge une réputation d’inoxydable artisan du dialogue de sourds avec l’État hébreu et de la solution à deux États, même au plus fort de la deuxième Intifada. S’il a été absent des discussions secrètes ayant mené aux accords d’Oslo, signées le 13 septembre 1993, il a ardemment défendu leur esprit à chaque rendez-vous manqué : à Taba, Charm el-Cheick, Camp David et, plus tard, Annapolis.

Fort d’un anglais quasi parfait, le négociateur palestinien s’impose comme un interlocuteur incontournable dans les chancelleries occidentales, en particulier durant les années Clinton à la Maison Blanche.

Désillusion

En 2011, de retour en grâce après sa mise en cause dans les Palestine Papers dépeignant un leadership de l’OLP soumis à Israël, son expérience se révèle décisive dans le processus d’adhésion du futur État palestinien à l’ONU : « La demande de statut de membre permanent pour l’État palestinien, au sein des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, ne vise aucunement la confrontation ou le conflit. Mais il s’agit bien de maintenir la possibilité des deux États et de préserver le processus de paix », se défend-il.

L’unilatéralisme de Donald Trump le rendra amer

Personnage impulsif, Saeb Erekat finira par se résigner. Son retrait de la scène diplomatique coïncide avec les coups de boutoir des divers gouvernements Netanyahou, peu enclins au dialogue avec les Palestiniens et favorables à la poursuite de la colonisation.

L’unilatéralisme de Donald Trump le rendra encore plus amer. « Le problème avec l’actuelle administration américaine, c’est qu’elle ne se contente pas de soutenir Israël. Elle soutient aussi l’occupation ! Il n’y a plus rien à négocier, Dieu a tranché », s’était-il confié à Jeune Afrique, en janvier dernier, quelques mois avant la publication du « deal du siècle », l’accord de paix mis sur pied par l’administration Trump et sur le point d’être jeté aux poubelles de l’histoire.

Reste que pour une frange de Palestiniens déçus, Saeb Erekat incarne un leadership vieillissant et immuable qui n’aura jamais réussi à tenir sa promesse d’un État indépendant. Le rêve de tout un peuple.

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