Politique

Mali : l’ancien président Amadou Toumani Touré est décédé

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 10 novembre 2020 à 12h51
Amadou Toumani Touré, ici en 2010 au Parlement européen, est décédé le 10 novembre 2020.

Amadou Toumani Touré, ici en 2010 au Parlement européen, est décédé le 10 novembre 2020. © REUTERS/Jean-Marc Loos/File Photo

L’ancien président malien Amadou Toumani Touré, renversé par un coup d’État en 2012, est décédé dans la nuit de lundi à mardi en Turquie, où il avait été évacué pour raisons sanitaires.

Amadou Toumani Touré (ATT) est décédé dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 72 ans, selon plusieurs proches de la famille. L’ancien président malien avait subi une opération du cœur à Bamako avant d’être évacué en Turquie.

« Il avait récemment été opéré à l’hôpital du Luxembourg de Bamako, qu’il a créé, a précisé un médecin de cet établissement sous couvert d’anonymat. Tout semblait aller bien. On a décidé ensuite de l’évacuer sanitairement. Il a voyagé [vers] la Turquie très récemment par un vol régulier. Malheureusement, il est décédé dans la nuit de lundi à mardi. »

Renversé par un coup d’État en 2012, ATT a longtemps vécu en exil au Sénégal. Il était rentré définitivement au Mali en décembre 2019.

D’un coup d’État l’autre

Né le 4 novembre 1948 à Mopti, dans le centre du Mali, ATT fait irruption sur le devant de la scène le 26 mars 1991, lors du coup d’État mené par un groupe d’officiers pour renverser Moussa Traoré, qui tenait le pays d’une main de fer depuis le putsch mené contre le socialiste Modibo Keïta, en 1968.

Alors lieutenant-colonel, ATT est porté à la tête du Comité de transition pour le salut du peuple et assure les fonctions de chef de l’État durant la transition.

En 1992, Alpha Oumar Konaré est élu à la présidence du Mali. ATT est nommé général et acquiert à cette époque le surnom de « soldat de la démocratie », pour avoir accepté de remettre le pouvoir aux civils.

Il n’accède lui-même à la magistrature suprême qu’en 2002 : candidat, il démissionne de l’armée afin de pouvoir se présenter et est élu à l’issue du second tour face à Soumaïla Cissé.

Il est réélu en 2007 pour un second mandat, mais celui-ci sera brutalement interrompu par le coup d’État du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), dirigé par Amadou Haya Sanogo. ATT doit fuir dans des conditions rocambolesques et prend le chemin de Dakar, où il vivra durant sept longues années.

Discret, l’ancien président malien y nouera des liens privilégiés avec Macky Sall. Le chef de l’État sénégalais a d’ailleurs été l’un des premiers à saluer la mémoire d’ATT et à présenter ses « condoléances émues à sa famille et au peuple malien », regrettant la disparition d’une « ami et frère ».

Retour à Mopti

Le 28 décembre 2019, quelques jours après son retour au Mali, ATT avait participé aux célébrations du 100ème anniversaire de la création de Mopti. Dans cette région en proie à la violence jihadiste et aux conflits intercommunautaires, il avait promis de s’investir pour ramener la paix.

« Je ferai tout ce qui est possible [en me basant] sur l’expérience que j’ai acquise, parce que je suis avant tout un soldat, lançait-il ce jour-là face à une foule enthousiaste. Pour la paix, la sécurité, la cohésion sociale et le vivre ensemble, je ferai tout pour Mopti, mais je ne le ferai pas seul, nous le ferons ensemble. »

Sa dernière apparition publique remontait au 18 septembre dernier à Bamako. Amadou Toumani Touré avait participé aux obsèques de l’ancien président Moussa Traoré, celui-là même qu’il avait contribué à chasser du pouvoir en 1991.

Il y avait ce jour-là tout ce que Bamako comptait d’anciens dirigeants, à l’exception d’Alpha Oumar Konaré et d’Ibrahim Boubacar Keïta, en séjour médical aux Émirats arabes unis : ATT donc, mais aussi son tombeur, Amadou Haya Sanogo, ainsi que Dioncounda Traoré, qui fut propulsé à la tête de la transition en 2012, et Assimi Goïta, chef du Comité national de salut public (CNSP), qui avait mené quelques jours plus tôt le coup d’État qui a conduit à la chute d’IBK. Un échantillonnage tristement représentatif du tumulte de la scène politique malienne.

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