Politique

Présidentielle en Guinée : Cellou Dalein Diallo toujours à l’offensive, mais sans alliés

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Cellou Dalein Diallo, lors du scrutin du 18 octobre en Guinée.

Cellou Dalein Diallo, lors du scrutin du 18 octobre en Guinée. © Sadak Souici/AP/SIPA

Alors que la Cour constitutionnelle doit annoncer les résultats définitifs de l’élection présidentielle ce samedi, Cellou Dalein Diallo, pour partie isolé, mise sur le retour de la « stratégie de la rue ».

Jusqu’au bout, il a voulu y croire. Jeudi 15 octobre, c’est un Cellou Dalein Diallo épuisé par une tournée politique menée aux quatre coins du pays qui a fait un retour triomphal à Conakry. Casquettes vertes aux couleurs du parti et t-shirt à l’effigie de leur champion, les sympathisants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) lui ont fait cortège, de l’aéroport de Conakry Gbessia jusqu’à son domicile dans le quartier de Dixinn. La foule était enthousiaste, le candidat s’est senti pousser des ailes. « Que Dieu me donne la force et l’intelligence de ne jamais trahir tout ce monde », a murmuré un Cellou Dalein Diallo ému à l’un de ses proches.

Mais à peine la porte de sa résidence franchie, l’émotion a laissé place à la politique. « Dès que nous sommes entrés chez lui, il a organisé une réunion de cabinet. Il nous a exhorté à transformer cette marée humaine en bulletins de vote, confie à Jeune Afrique Alpha Boubacar Bah, conseiller de Cellou Dalein Diallo chargé des relations extérieures ayant également coordonné sa campagne de 2020. Il nous a aussi demandé de plaider pour le rassemblement lors de nos sorties dans les médias ».

Autoproclamation surprise

À quatre jours du scrutin du samedi 18 octobre, Cellou Dalein Diallo le sait. Candidat malheureux candidat à la présidentielle de 2010 et 2015, il est en lice dans l’un des scrutins les plus contestés de l’histoire du pays et, peut-être, le dernier de sa carrière politique.

Pendant la campagne présidentielle, le leader de l’UFDG avait prévenu : « Cellou Dalein de 2020, n’est pas celui de 2010 ni de 2015 ». Exit l’homme réservé et « pacificateur ». Et de fait, au lendemain du scrutin, alors que les résultats officiels sont toujours attendus, Cellou Dalein Diallo annonce le 19 octobre qu’il est « sorti vainqueur des urnes avec 56 % des voix ». Au QG de l’UFDG et dans ses bastions électoraux, c’est l’exaltation, qui laisse bientôt place à des affrontements violents avec les forces de l’ordre. La crise postélectorale vient de démarrer.

Cellou Dalein Diallo a voulu mettre la pression sur la Ceni et montrer qu’il était déterminé

« Cellou s’est proclamé vainqueur sans attendre les résultats de la Ceni, qui est une organisation à la solde du pouvoir, car nous sommes dans un pays de non droit », assume Alpha Boubacar Bah. « Le fichier électoral approuvé par la Cedeao comporte d’énormes anomalies. Et nous savions que ses représentants se rangent toujours du côté des pouvoirs en place. Nous n’avions pas d’autre choix que de procéder à nos propres comptages de voix. Et les résultats que nous avons centralisés sont sans équivoque. »

« En se déclarant vainqueur dès le 19 octobre, Cellou Dalein Diallo a voulu mettre la pression sur la Ceni et montrer que, cette fois, il était déterminé », juge l’analyste politique, Kabinet Fofana, qui considère que cette posture « a écorné son image ». « Il s’est mis la communauté internationale à dos. L’ONU, l’UE, la Cedeao et l’UA ont toutes désapprouvé ce geste », souligne-t-il.

Et lorsque les résultats de la Ceni tombent, le 24 octobre, ils sont aux antipodes de ceux de Cellou Dalein Diallo. Selon ces résultats Alpha Condé sort vainqueur, avec 59,49 % des suffrages exprimés, contre 33,35 % pour l’opposant. Désormais, pour ce dernier, un seul recours reste possible : la Cour constitutionnelle.

Stratégies divergentes

Jeudi 29 octobre, alors que les forces de sécurité encerclant sa résidence avaient levé le blocus la veille, Cellou Dalein Diallo réunit autour de lui les dix autres candidats de l’opposition au siège du Parti de l’action citoyenne par le travail (PACT) de Makalé Traoré. Objectif : présenter un front uni face à Alpha Condé.

Mais cette fois, Cellou Dalein Diallo se montre plus prudent que lors de son intervention du lendemain du scrutin. Expliquant que chacun des candidats de l’opposition allait introduire un recours auprès de la Cour constitutionnelle pour dénoncer les résultats provisoires proclamés par la Ceni, il se garde de tout commentaire. « Pour l’heure, nous ne pouvons émettre de jugement tant que celle-ci n’a pas statué et nous l’appelons à la responsabilité ».

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle.

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle. © Sadak Souici/AP/SIPA

En saisissant la Cour constitutionnelle, l’UFDG aura fait son devoir jusqu’au bout

Derrière l’unité affichée, cependant, les candidats de l’opposition sont loin d’être sur la même ligne. Là où les uns espèrent parvenir à dépasser la barre des 5% pour se faire rembourser leurs frais de campagne, Cellou Dalein Diallo n’a qu’une idée en tête : se voir propulser au palais Sékhoutouréya. Finalement, outre le candidat de l’UFDG, seulement trois autres ont effectivement déposé un recours devant la Cour constitutionnelle.

Dans sa requête, l’UFDG a notamment demandé à la Cour d’ordonner à la Ceni de porter à la connaissance du parti tous les procès-verbaux sur lesquels elle s’est basée pour proclamer les résultats officiels. Mais, alors que l’instance a jusqu’à samedi 7 novembre pour statuer, en coulisses, les cadres de l’UFDG considèrent déjà que la bataille est perdue.

« La Cour va donner raison à Alpha. Pour apaiser la situation, elle va peut-être raboter 1 ou 2% des résultats obtenus par le président sortant, pronostique assure Alpha Boubacar Bah. Mais en la saisissant, l’UFDG aura fait son devoir jusqu’au bout et aura montré que notre leader, Cellou Dalein, est légaliste. »

Légalisme, certes, mais aussi, un message envoyé à la communauté internationale. « Il s’agit de ne pas attiser les critiques de ceux qui n’avaient pas apprécié l’autoproclamation », glisse un cadre du parti, sous couvert d’anonymat.

En quête de soutiens

Quelle sera la stratégie de l’UFDG, une fois tous les recours légaux épuisés ? Pour Cellou Dalein Diallo, une âpre lutte interne se profile. Poussé par une frange de son parti à rompre avec le boycott et à présenter sa candidature en dernière minute, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté est aujourd’hui bien seul pour la mener.

Abandonné par ses alliés de circonstances – de Sidya Touré, de  l’Union des forces républicaines (UFR), à Lansana Kouyaté, du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) – qui se sont abstenus d’appeler à voter pour lui lors de la présidentielle, le leader de l’UFDG cherche de nouveaux soutiens. De son domicile de Dixinn, où il passe le plus clair de son temps, il active le réseau qu’il s’est tissé au sein de l’internationale libérale, dont il est le vice-président, dialogue avec ses alliés de la sous-région et essaie d’attirer l’attention de la France sur la situation de la Guinée.

De son côté, la mouvance présidentielle ne semble pas opposée à un dialogue politique post-électoral. Le président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, s’est même dit prêt à plaider en faveur d’une dissolution de l’Assemblée nationale, afin de permettre à l’UFDG de faire son retour au Palais du Peuple. Une proposition à laquelle l’UFDG oppose, pour le moment, une fin de non recevoir.

« Cette question n’est pas à l’ordre du jour. Le peuple a fait son choix, et celui-ci s’est porté sur notre candidat, insiste ainsi Ousmane Gaoual Diallo. Alpha Condé doit accepter sa défaite s’il veut la paix dans ce pays et partir avec tous les honneurs. » Catégorique, il rejette également toute participation à éventuel un gouvernement d’ouverture.

L’UFDG va donc renouer avec la stratégie qui était la sienne avant le scrutin : celle de la rue. Dès la semaine prochaine, le parti annonce son intention de mobiliser ses troupes dans tout le pays. « Alpha Condé partira par la rue. Il ne faut pas compter sur sa propension à respecter la loi et les accords politiques. Il faut instaurer un rapport de forces pour qu’il quitte le pouvoir, et rien d’autre », menace Ousmane Gaoual Diallo.

Reste à savoir ce qu’il reste de la capacité de mobilisation de l’UFDG, après un an et demi de manifestations, et alors qu’une certaine lassitude prévaut parmi ceux qui ont battu le pavé.

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