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Benoît Claveranne (Axa) : « Dans la santé, le potentiel en Afrique est immense »

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Mis à jour le 09 novembre 2020 à 14h48
Siège des assurances AXA au Gabon.

Siège des assurances AXA au Gabon. © Tiphaine Saint-Criq pour JA

La crise sanitaire a conforté la stratégie d’Axa sur le continent, dans la santé en particulier, assure le dirigeant du géant mondial, qui n’exclut par des partenariats avec des acteurs africains.

Depuis décembre 2017 aux manettes d’Axa International & nouveaux marchés – une structure qui regroupe 30 pays et représente près de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 -, Benoît Claveranne pilote la stratégie de l’assureur français pour les marchés émergents, dont l’Afrique.

Cet ancien du FMI, de la Banque mondiale et du Trésor français a rejoint Axa en 2009, et y a notamment occupé le rôle de directeur de la transformation du groupe, dont il a intégré le comité de direction en juillet 2016.

Des fonctions qui l’ont logiquement porté à la tête de la nouvelle division du géant des assurances, animée par des attentes de croissance (à deux chiffres) et d’innovation.

En début d’année, Axa – qui a enregistré un chiffre d’affaires de 103 milliards d’euros, pour un résultat de 3,8 milliards d’euros en 2019, et vient de confirmer sa résilience face à la crise du Covid-19 au troisième trimestre, avec des résultats en léger rebond -, a investi le segment de la santé en Égypte.

Avec son offre de centre de soins et ses services de télémédecine, le groupe piloté par Thomas Buberl fait du pays aux 100 millions d’habitants sa figure de proue pour généraliser son offre à l’ensemble de ses filiales continentales, à commencer par le Nigeria.

Observé avec convoitise par la concurrence, d’après ce que le groupe laisse entendre, Axa entend consolider ses positions africaines sur ses segments-clé…

Jeune Afrique : Un groupe mondial comme Axa est-il taillé pour répondre à la concurrence accrue des acteurs plus locaux comme le sud-africain Sanlam ou encore Sunu en Afrique de l’Ouest ?

Benoît Claveranne, directeur de Axa International et nouveaux marchés

CLAVERANNE Benoit © DR

Benoît Claveranne : Les entités d’Axa en Afrique sont aujourd’hui tout à fait en mesure de se distinguer. D’une part, elles bénéficient d’un positionnement concurrentiel très solide, et notamment dans les lignes prioritaires du groupe où elles sont parmi les premiers acteurs locaux.

En zone Cima, Axa a décidé de ne pas se positionner sur le segment de l’assurance-vie

D’autre part, elles ont une trajectoire de croissance remarquable. Axa a doublé son chiffre d’affaires en Afrique sur les trois dernières années tout en répondant aux exigences de l’actionnaire (profitabilité, gestion des risques).

De plus, nous sommes un groupe de taille mondiale, ce qui confère à nos activités africaines un autre avantage compétitif en termes d’image de marque et de capacité à former et à attirer des talents.

Nous sommes régis par une réglementation européenne – Solvabilité II – qui, si elle nous permet de mieux maîtriser et diversifier nos risques, implique aussi une plus grande adaptabilité face aux acteurs locaux. À cet égard, le groupe a entamé en 2016 une transformation profonde de son profil de risques en se « désensibilisant » aux risques financiers et en recentrant son activité sur les risques techniques (d’assurance).

Concrètement, comment y êtes-vous parvenu ? 

Nous avons cédé certaines de nos activités aux États-Unis, qui étaient des activités d’assurance-vie et de gestion d’actifs. Et en échange, le groupe a acquis une société spécialisée dans les grands risques (XL Catlin) qui est devenue Axa XL.

Axa est aujourd’hui le numéro un mondial des grands risques et de l’assurance dommages des entreprises.

Nous voulons nous développer sur des segments d’avenir, comme la santé et les dommages entreprises, et avons un appétit plus limité sur certains segments de l’assurance-vie car nous avons une vision moins favorable de la profitabilité à terme de ces segments, dans la perspective d’une baisse mondiale des taux d’intérêt qui touche aussi certains pays d’Afrique.

En zone Cima [Conférence interafricaine des marchés d’assurance], cela s’est traduit par le fait qu’Axa a décidé de ne pas se positionner sur le segment de l’assurance-vie.

Mais cela ne nous empêche pas d’avoir de fortes ambitions sur les produits de prévoyance ou les unités de compte [instruments financiers d’investissement dans les actions, les obligations, le secteur immobilier etc., ndlr], notamment sur le marché égyptien ou encore au Maroc, où nous avons développé des offres très attractives.

Comment Axa se positionne-t-il vis-à-vis de la réglementation relative au relèvement du capital des assureurs à 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros) en zone Cima, à l’horizon 2021 ?

Dans le secteur des assurances, comme dans la banque, la protection des clients est fondamentale. Pour cela, la réglementation est quelque chose de très sain. Le régulateur est là pour s’assurer que lorsque le coup dur arrive, le client est payé.

La réglementation de la Cima, qui vise à rendre le secteur plus solide, nous paraît aller dans le bon sens. La crise économique actuelle démontre l’importance de protéger sur le long terme les intérêts des assurés.

Nos entités locales se conformeront pleinement à ces nouvelles exigences. En tout état de cause, le groupe compensera ces exigences d’augmentation de capital avec les leviers habituels : efforts d’économie, meilleure sélection de nos risques, ajustement de la tarification. Et nous laissons l’économie de marché fonctionner.

La crise du Covid-19 nous a fait gagner de trois à cinq ans dans la prise de conscience collective de l’importance des enjeux liés à la santé

Justement, quels premiers enseignements tirez-vous de la crise que nous sommes en train de vivre, liée au Covid-19 ?

Il faut rester prudents, car on est loin d’avoir vu l’issue de cette crise, mais une évidence a été rappelée à tous : l’improbable n’est pas impossible.

Si l’impact de la crise a été, dans l’ensemble, relativement contenu en termes sanitaires grâce aux mesures fortes des gouvernements à travers le monde, leurs effets sur l’économie se sont révélés sans précédent.

Dans ce contexte, Axa a fait preuve d’une grande solidité tout en accompagnant ses clients, notamment via ses service de santé (téléconsultations, livraison de médicaments, services à domicile par exemple).

La santé est un segment dans lequel nous voulons nous développer, et il s’agit d’ailleurs d’un pilier stratégique fort aux yeux de notre DG, Thomas Buberl. La crise du Covid-19 nous a encore plus confortés dans cette voie. Elle nous a fait gagner de trois à cinq ans dans la prise de conscience collective de l’importance de ces enjeux.

Le dernier enseignement que j’en tire, c’est que cela prouve que quand un problème est collectif, la solution est collective. Dès lors, il s’agit de définir ensemble comment développer des solutions en partenariat : entre le public et le privé, entre acteurs du privé,…

Si cette crise a permis d’accélérer cette prise de conscience et de favoriser la mise en place de partenariats qui préviendront les crises de demain, alors elle n’aura pas été uniquement quelque chose de négatif.

Axa est en position forte dans huit pays africains. Nous ne cherchons pas à étendre ce périmètre

Axa est l’un des principaux actionnaires du réassureur panafricain Africa Re. Or depuis 2019, Axa contrôle aussi XL Reinsurance, via l’acquisition de XL. Est-il vraiment pertinent d’avoir deux « forces de frappe » dans la « réassurance » en Afrique ?

Avec l’acquisition de XL, et notamment d’Axa XL Reinsurance, Axa est entré dans le cercle des leaders mondiaux de la réassurance.

Et grâce à sa présence au sein du groupe, Axa XL Reinsurance a pu élargir sa gamme de prestations. Avec désormais la capacité de proposer à ses clients assureurs une offre de gestion des portefeuilles en run-off [qui ne font plus l’objet d’une souscription active, ndlr], grâce à Axa Liabilities Manager, ou la mise en place de couvertures paramétriques avec Axa Climate. Axa XL, déjà présent en Afrique, continuera à s’y développer.

L’investissement dans Africa Re relève d’une stratégie complémentaire car, à travers entre autres sa connaissance sans équivalent du marché africain, le groupe panafricain est un partenaire clé, qui fournit à nos entités un soutien unique avec ses solutions de réassurance.

Dans son ensemble, comment Axa évalue-t-il le potentiel du marché africain à présent ?

Nous sommes présents dans huit pays, avec  des positions fortes. Nous ne cherchons pas à étendre ce périmètre. Axa s’inscrit dans le top 3 ou dans le top 5 des assureurs par pays sur nos segments prioritaires.

L’Afrique est un véritable terreau pour l’innovation

Notre activité en Afrique est totalement alignée avec la stratégie du groupe. On travaille sur nos segments préférés : les grands risques et la santé.

Le continent, qui représente 6 % des revenus de Axa International et nouveaux marchés, a réalisé un chiffre d’affaires – non consolidé – de 960 millions d’euros en 2019, pour 60 millions de bénéfice. Pour Axa, il s’agit d’un marché porteur, où la croissance se compte à deux chiffres et d’un véritable terreau pour l’innovation.

Au Nigeria, par exemple, Axa détient aujourd’hui près de 9 % de parts de marché. Nous étions à zéro en 2016. Une telle croissance est impossible dans un marché mature !

C’est cela la promesse des pays émergents, et de l’Afrique en particulier. À savoir : des marchés dans lesquels on peut aller très vite, très loin, dès lors que l’on s’organise bien.

Bureaux d’AXA Mansard à Lagos.

Bureaux d’AXA Mansard à Lagos. © AXA

Axa évoque souvent le potentiel d’innovation. Comment cela se concrétise au quotidien en Afrique ?

En plus d’investir les segments que l’on souhaitait sur le continent, on y teste de nouveaux modèles. En Égypte, Axa s’est ainsi attaqué en début d’année à la santé accessible à tous, de qualité, en garantissant la continuité des soins, avec la création d’unités dédiées, la mise en place d’outils numériques (télémédecine, parcours de soin digital…) et les services à domicile associés.

En matière de santé, le défi est la question du reste à charge

Autre exemple : en zone Cima, nous pouvons vous faire souscrire une police d’assurance après seulement trois photos (permis de conduire, carte grise et carte identité). Ce nouveau modèle de l’assurance automobile, « Click & Flash », a été développé en partenariat avec une start-up régionale.

Le tout est piloté par Hassan el-Shabrawishi, CEO Axa Afrique et ancien directeur innovation du groupe, qui a rejoint l’équipe « International & nouveaux marchés » en 2018.

Dans cette optique, et dans l’attente de la publication de votre stratégie 2021-2024, quels axes sont développés en priorité sur le continent ?

Comme vous l’aurez compris, le segment de la santé est prioritaire. En la matière, le défi est la question du « reste à charge » [la part des dépenses de santé payée par le patient, ndlr].

Alors qu’en France, ce reste à charge représente environ 7 % de la dépense pour se soigner, dans les pays émergents, il peut peser jusqu’à dix fois plus. Les gens s’auto-assurent donc. Et Axa souhaite répondre à ce besoin de marché.

Dans la santé en Afrique, il y a un marché à créer !

Une chose que l’on a commencé à faire, notamment avec la télémédecine, la livraison de médicaments ou les soins à domicile. Avec la crise du coronavirus, ce sont des services que l’on a pu commencer à offrir à nos clients. Pas dans tous les pays, mais au Mexique, en Colombie, en Égypte et demain au Nigeria.

Et ce segment, nous comptons l’investir à travers la mise en place de partenariats. Comme au Maroc par exemple, avec DabaDoc, qui est une start-up spécialisée en télémédecine dans laquelle Axa a investi il y a dix-huit mois pour en être un actionnaire significatif et développer son concept dans les pays de la Cima. Ou encore en Égypte avec Yodawi, qui permet de livrer des médicaments.

Nous recevons un accueil favorable des autorités locales, en Égypte et au Maroc par exemple. Nous sommes persuadés qu’il y a un marché à créer à  d’autres pays également. Pour l’Égypte, ce marché du reste à charge représente environ 28 milliards de dollars et pour le Nigeria – que l’on cible – 25 milliards de dollars. Le potentiel est immense.

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