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Côte d’Ivoire, Cameroun… : Duval boucle le financement de ses projets africains

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Mis à jour le 09 novembre 2020 à 11h05
Eric Duval, président du Groupe Duval

Eric Duval, président du Groupe Duval © Gilles ROLLE/REA

Outre l’immobilier commercial, son cœur de métier, le promoteur français vise aussi l’assurance, le forage ou encore le recyclage de déchets pour son expansion au sud du Sahara. 

En début d’année, lors de la présentation de sa stratégie à Paris, Éric Duval avait bien évoqué ses ambitions d’internationalisation, en grande partie en Afrique. Mais il n’en avait guère donné les détails.

Cette fois-ci, le PDG du groupe immobilier français éponyme (720 millions d’euros de CA en 2019, 2,3 milliards d’euros de patrimoine), qui vise à atteindre le milliard d’euros de revenus d’ici 2025, est prêt à parler.

Éric Duval, qui table sur 60 à 70 millions d’euros de volume d’affaires en 2020 sur un continent où il revendique plus de 500 collaborateurs, travaille sur six projets d’immobilier « mixte » (commerces, bureaux, résidences d’affaires) d’une valeur de 100 à 150 millions d’euros.

70 à 80 % des financements sécurisés

Pour ces projets situés dans quatre pays la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Togo et le Rwanda, il a sécurisé le foncier et réuni, assure-t-il, 70 à 80 % des financements. « Nous travaillons avec des institutions de financement de développement, comme Proparco, des banques locales et internationales, mais nous investissons aussi en fonds propres » poursuit Éric Duval, sans préciser les montants concernés.

En Côte d’Ivoire, où est installé son bureau d’études et où il a remporté mi-octobre un contrat pour la rénovation de dix installations sportives, le groupe Duval livrera en fin d’année la rénovation de l’ancienne Tour Shell, renommée Sama, au Plateau. Un chantier à 25 millions d’euros, décroché en janvier 2018 et financé par Proparco.

Dans le même quartier, l’entreprise familiale codirigée par sa fille, Pauline Duval, doit recevoir en fin d’année le permis de construire pour la restructuration, près de l’église Saint-Paul, d’un complexe mixte, comprenant commerces, bureaux et centre d’affaires (50 millions d’euros) et structure actuellement le montage d’un centre commercial (60 millions d’euros) – qui n’est pas celui de Yeshi à Cocody annoncé par la presse.

L’immobilier commercial comme « milieu naturel »

« Avec nos 1,5 million de mètres carrés de surface de centres commerciaux et nos 1 500 locataires en France, l’immobilier commercial est notre milieu naturel. À ce titre, nous sommes sollicités par toutes les grandes enseignes qui, de Carrefour à Decathlon, en passant par Shoprite, Ikea ou Casino, cherchent à s’implanter sur les marchés africains », explique Éric Duval.

Un segment sur lequel le groupe se développe également au Cameroun, où Éric Duval s’est rendu en septembre, avec deux centres commerciaux à Douala (20 et 35 millions d’euros), couplés avec une résidence d’affaires (60 millions d’euros) dans le centre-ville de Yaoundé.

À l’agenda du promoteur figure également un projet de complexe au Rwanda, le Kigali Mall, en face du Convention Center, sur un terrain de 26 000 m2 – en cours de discussion- , et deux projets de logements sociaux en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Mais aussi de futurs appart’hôtels Odalys à Abidjan, Yaoundé, Dakar, Kigali, qui devraient voir le jour entre 2022 et 2024.

Plusieurs contretemps

La dynamique semble bien enclenchée. Car s’il fourmille de projets, le groupe, dont les opérations africaines furent pilotées entre 2017 et 2018 par Jules-Armand Aniambossou, ancien coordinateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) lancé par Emmanuel Macron, aujourd’hui ambassadeur de France en Ouganda, avait précédemment connu plusieurs contretemps.

La SNI (aujourd’hui CDC Habitat), filiale pour le logement social de la Caisse des dépôts et consignations française, était devenu son partenaire en novembre 2017, avant de se rétracter quelques mois plus tard, préférant se concentrer sur le marché hexagonal.

Annoncé en juillet 2017, le projet de centre commercial à Lomé a de son côté pris du retard. Déménagement de population, crise sanitaire… Alors que la première pierre devait être posée en avril dernier, le chantier devrait démarrer au premier semestre 2021, selon Pierre Carpentier, directeur général adjoint de Duval depuis 2018.

Diversification

« Nous sommes encore un jeune acteur en Afrique. L’étude et le montage prennent plus de temps que la commercialisation. Cela peut aller de douze à vingt-quatre mois. Il faut tenir compte des capacités qu’ont les banques locales à mobiliser des financements à long terme, même s’il n’y a pas de projet impossible à financer », assure celui qui fut auparavant responsable Afrique et Océan Indien au sein du fonds Investissements & Partenaires (I&P) de Jean-Marc Severino.

« Pour croître, Duval va devoir muscler ses équipes et diversifier ses sources de financement. En France, le groupe travaille depuis suffisamment longtemps pour avoir des partenariats bancaires viables. Mais le fonctionnement est différent en Afrique : il faut souvent venir avec des financements en même temps que les projets, ou utiliser par exemple des contrats de désendettement et de développement (C2D), comme peuvent le faire Bouygues, Vinci ou Eiffage » estime un professionnel du secteur.

Actif en France et dans le monde dans plusieurs secteurs, comme le golf, le tourisme, les résidences senior, le groupe d’Éric Duval a aussi misé en Afrique sur le développement d’activités aussi diverses et loin de son métier d’origine que le forage, le recyclage de déchets, la microfinance et l’assurance.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Duval met un pied dans la microfinance africaine


« Désalignement d’intérêt avec l’État » aux Comores

Devenu en 2020 l’actionnaire majoritaire de petites institutions de microfinance, Focep au Cameroun et Finadev en Guinée, le groupe entend avec son holding financier Finafrica constituer un réseau panafricain de compagnies d’assurance, annonçant deux closings en cours au Sénégal et en Côte d’Ivoire, avec des acteurs dont les noms n’ont pas encore été révélés.

« Beaucoup de compagnies ont un réseau commercial mais cherchent des partenaires pour dépasser les trois à cinq milliards de F CFA de capital [le nouveau seuil qui leur a été imposé d’ici à 2021 par la Conférence interafricaine des marchés d’assurance]. On leur propose d’intégrer notre réseau panafricain, tout en laissant les acteurs historiques rester au capital » poursuit Pierre Carpentier.

Plein d’enthousiasme, le groupe a dû cependant affronter une première déconvenue ces dernières semaines dans le secteur financier. Il sort actuellement de la Banque de développement des Comores, dont il détenait depuis mai 2019 51 % des parts, rachetées auprès d’I&P et l’AFD, à cause d’un « désalignement d’intérêt avec l’État » admet Eric Duval, qui ne souhaite pas faire de commentaire.

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