Politique

[Chronique] Trump vs Biden : une élection « à l’africaine » ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Accusations de fraude, fake news, contestation des résultats… Les internautes africains qui suivent la présidentielle américaine s’amusent des dérives électorales que l’on attribue habituellement au continent.

« Élections américaines : la délégation de la Cedeao, avec l’appui de l’Union africaine, est en route pour Washington. Elle appelle au dialogue. » Parmi tant d’autres, la blague circule en Afrique via les réseaux sociaux, depuis que le processus de dépouillement des suffrages américains a pris des allures burlesques. Le scrutin de 2008 qui propulsa à la Maison Blanche un Kenyan de père, Barack Obama, n’aurait donc pas été la plus « africaine » des élections étasuniennes…

Sans illusion sur le fait que tel ou tel président américain de tel ou tel parti pourrait, par sa politique étrangère, changer la face du « continent noir », les Africains se sont passionnés pour cette campagne électorale. En témoigne la kyrielle d’éditoriaux et de micro-trottoirs produits par les organes de presse locaux.

Accusations de fraude et contestation des résultats

À l’occasion de ce millésime 2020 du reality-show politique made in USA, les observateurs effarés relèvent des tares que l’on attribue généralement aux Républiques dites « bananières » : l’annonce, par un candidat, de sa victoire avant la fin du dépouillement ; les accusations d’abus de pouvoir en période électorale ; la suspicion de fraude par l’évocation de présumés « bulletins surprise » apparus dans la nuit ; la diffusion massive de fake news ; les accusations mutuelles de corruption – dans l’exercice du pouvoir, selon les uns, au cours du processus électoral, selon les autres – ; la promesse ferme de contestation des résultats devant les juridictions compétentes ; les appels à peine voilés à la pression de la rue…

Le comportement de Trump ne jure guère avec la biographie d’un maréchal à toque de léopard

Bien sûr, et même si les imperfections du système électoral américain étaient connues depuis l’échec d’Al Gore, en 2000, les incongruités du feuilleton actuel sont d’abord le fait d’un homme dont le comportement ne jure guère avec la biographie d’un maréchal à toque de léopard. C’est bien Donald Trump qui, depuis son entrée fracassante en politique, a usé et abusé des « vérités alternatives », des méthodes corruptives, de la mauvaise foi et de la violence verbale.

Il est d’ailleurs remarquable que les attitudes virilistes du président américain sortant choquent moins l’opinion africaine que le fond de ses propos sur les présumés « shithole countries » du continent.

Pire que la fiction

Les scénaristes américains de séries en sont tétanisés, tellement le mandat de Trump a dépassé la fiction. Il ne manquerait plus qu’un climax digne de la série « House of Cards » et du nomadisme politique cher à certaines contrées africaines : le choix des grands électeurs ayant été plus serré que prévu, certains d’entre eux pourraient faire l’objet de tentatives de corruption ou de chantage d’ici l’élection proprement dite du président des États-Unis, le 14 décembre prochain.

Certes, le coup de théâtre semble improbable, même si des grands électeurs ont déjà trahi leur camp à 158 reprises dans l’histoire des États-Unis. Et même si Donald Trump, pendant son mandat, a orchestré l’inorchestrable. Et si l’armée effectuait un putsch, mettant les candidats en résidence surveillée ? C’est une autre blague qui circule sur les réseaux sociaux africains…

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