Politique

Abdelmadjid Tebboune malade, qui dirige vraiment l’Algérie ?

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Mis à jour le 06 novembre 2020 à 16h17
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 21 janvier 2020.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 21 janvier 2020. © RYAD KRAMDI/AFP

L’absence de visibilité sur l’état de santé du président algérien n’est pas sans rappeler l’épisode de l’AVC de Bouteflika, en 2013. Et interroge sur la capacité du chef de l’État à assumer pleinement ses fonctions.

Prudence, précaution, doigté, flottement, panique et optimisme… Jamais ces mots n’ont raisonné autant entre les murs du palais d’El-Mouradia ou aux Tagarins, siège du ministère de la Défense, depuis l’annonce de la contamination du président Abdelmadjid Tebboune au Covid-19.

Neuf jours après son évacuation de l’hôpital militaire d’Aïn Naâdja vers le CHU de Cologne, en Allemagne, le secret absolu entoure l’état de santé réel du président algérien. Faute de bulletin médical complet ou d’images de Tebboune sur son lieu d’hospitalisation, l’opinion se contente d’une communication minimale.

Des annonces qui se résument à quelques phrases sibyllines qui se veulent rassurantes : le président continue de recevoir un traitement dans un hôpital spécialisé allemand, et son staff médical assure qu’il réagit au traitement et que son état de santé s’améliore progressivement.

Opération de communication

C’est le message qui a été délivré par Abdelhafid Allahoum, conseiller à la présidence : « L’état de santé du président est bon ! » confiait-il deux jours avant que les autorités admettent officiellement, mardi 3 novembre, que Tebboune était contaminé par le Covid-19.

Dans une tentative de rassurer encore davantage les Algériens, les autorités ont mis au point une opération de communication autour de la jeune épouse du chef de l’État.

Dimanche 1er novembre, la première dame, qui n’avait jusque-là jamais fait d’apparition publique, a été montrée en train d’accomplir son devoir électoral pour le référendum constitutionnel dans un bureau de vote d’Alger. Décoder : l’état de santé de Tebboune ne doit pas inspirer d’inquiétudes dès lors que son épouse n’est pas contaminée, en bonne santé, et qu’elle ne montre pas les signes d’une femme abattue et accablée par l’épreuve que traverse son mari.

Ce discours optimiste et rassurant est partagé par des proches du cercle présidentiel

Ce discours optimiste et rassurant est partagé par des sources à Alger proches du cercle présidentiel et qui ne souhaitent pas être identifiées. « Le moment de panique est passé, avance l’une d’elles. Son état de santé s’améliore, et il pourrait bientôt regagner le pays. »

Même retenue observée auprès d’un conseiller à la présidence. « Les nouvelles sont rassurantes, et le président devrait quitter son lit d’hôpital en Allemagne dans les prochains jours. »

L'épouse du président Tebboune, le jour du référendum pour la réforme de la Constitution, le 1er novembre 2020.

L’épouse du président Tebboune, le jour du référendum pour la réforme de la Constitution, le 1er novembre 2020. © Zebar

État de santé préoccupant

Il faut plus que ces messages succincts et ces phrases réconfortantes pour persuader l’opinion que la contamination de Tebboune au Covid-19 ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. C’est que l’état de santé du président algérien, jusqu’à ce communiqué du mardi 3 novembre, n’était pas rassurant.

Évacué de son domicile jeudi 22 octobre après les premières complications dues à la contamination, le président a été admis à l’hôpital de Aïn Naâjda, où il a séjourné sept jours avant que son staff médical se résolve à le faire hospitaliser à l’étranger.

Selon des sources à Alger, Tebboune aurait été transporté sous intubation vers son lieu d’hospitalisation en Allemagne

Le choix de l’hôpital universitaire de Cologne, l’un des meilleurs établissements hospitaliers en Europe, dit la gravité de son état de santé. Selon des sources à Alger, le patient a été transporté sous intubation vers son lieu d’hospitalisation en Allemagne.

Sérieux, préoccupant, inquiétant… sont d’ailleurs les termes qui reviennent souvent pour décrire l’évolution de sa maladie. « État orange stationnaire », dit une source médicale pour décrire l’état de santé du chef de l’État, qui fêtera le 17 novembre prochain son 75e anniversaire.

Panique et affolement

« Les moments de panique et d’affolement des premiers jours sont passés », confesse un membre de l’entourage de Tebboune. Là encore, la prudence et la circonspection sont de mise.

Il faut dire que l’évacuation du président en Allemagne, le 28 octobre, soit quatre jours avant la tenue du référendum sur la nouvelle Constitution a réveillé les souvenirs de la sombre période d’hospitalisation – qui avait duré 80 jours – du président Abdelaziz Bouteflika, en France, au Val-de-Grâce puis aux Invalides, pour soigner l’AVC dont il a été victime, en avril 2013.

Les inquiétudes sur l’état de santé de Tebboune sont d’autant plus légitimes et pertinentes qu’il est âgé de 75 ans, que c’est un gros fumeur dont l’hygiène de vie n’est pas des plus saines.

L’absence de visibilité sur son état de santé réel, sur l’évolution de sa maladie, la date probable de son retour en Algérie et la période de convalescence rappellent évidemment l’épisode de l’AVC de Bouteflika. Et, bien sûr, interroge quant à la capacité de Tebboune à assumer pleinement ses fonctions.

L’absence de visibilité sur l’état de santé réel du président rappelle évidemment l’épisode de l’AVC de Bouteflika

Par pudeur, prudence ou précaution, ces questions ne sont pas encore publiquement posées. Une éventuelle prolongation de l’hospitalisation du chef de l’État ou la dégradation de son état de santé mettraient inévitablement ces interrogations sur la scène publique. En attendant le retour de Tebboune, qui gère les affaires du pays ?

Au palais d’El-Mouradia, le patient de Cologne peut s’appuyer sur le secrétaire général de la Présidence et son directeur de cabinet ainsi que sur Boualem Boualem, conseiller aux affaires juridiques et judiciaires. Très proche de Tebboune, il est un des hommes clés de la machine présidentielle.

Les hommes du président

Il peut aussi compter sur Abdelhafid Allahoum, fidèle parmi les fidèles. C’est d’ailleurs lui qui, dimanche 1er novembre, a donné des nouvelles du chef de l’État. La communication est assurée par un autre fidèle et proche, Kamel Sidi Said, dont l’influence s’est accrue depuis l’effacement de Mohand Said Belaid, conseiller et porte-parole de la présidence. Victime d’un AVC, il est hospitalisé depuis la fin de septembre en France.

Certes, des cas de contaminations au Covid-19 ont été enregistrés chez certains cadres de la présidence, mais il n’y a pas de vent de panique, d’affolement ou d’abattement entre les murs du Palais. « Les choses se passent dans la sérénité », assure un conseiller à la présidence.

Les questionnements et les supputations autour de l’aptitude de Tebboune à gérer les affaires du pays vont bon train

La fin de l’hospitalisation de Tebboune serait de nature à dissiper les inquiétudes et à éloigner les questionnements et les supputations autour de son aptitude à gérer les affaires du pays dans un contexte politique, social et économique des plus défavorables.

D’abord, les résultats du référendum sur la nouvelle Constitution ont fragilisé la position du chef de l’État. Certes, le texte a été adopté, mais le taux d’abstention, de près de 77 %, sonne comme un désaveu populaire.

La pandémie du coronavirus vient compliquer la situation, d’autant plus que l’Algérie connaît une seconde vague au point que le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, menace de prendre des mesures encore plus draconiennes pour endiguer la hausse des contaminations. Un retour au confinement général dans plusieurs régions du pays n’est pas exclu.

Même dans ce contexte morose et franchement anxiogène, le retour d’Abdelmadjid Tebboune au bureau présidentiel ferait taire rumeurs, spéculations et fake news. Sa dernière apparition publique remonte au 15 octobre, soit vingt jours. Vingt jours qui ont secoué la présidence Tebboune.

 

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