Agroalimentaire

Tchad : tout n’est pas rose au pays du candi

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À Banda, l’atelier mécanique de la CST a été réquisitionné pour le stockage.

À Banda, l'atelier mécanique de la CST a été réquisitionné pour le stockage. © Abdel Nasser Garboa/JA

Non-paiement de taxes, contrefaçon… La Compagnie sucrière du Tchad s’insurge contre les mauvais procédés de ses concurrents nigérians, soudanais et asiatiques, qui grignotent ses positions.

Après avoir suspendu les activités de son usine de N’Djamena en 2012, la Compagnie sucrière du Tchad (CST) a annoncé, le 25 février, qu’elle allait fermer sa principale unité, située à Banda (près de Sarh, dans le Sud), et mettre au chômage 2 500 employés. Un électrochoc. Mais pour l’entreprise, il n’était pas sérieusement question de fermer l’usine, il s’agissait de faire réagir les pouvoirs publics.

Fin du monopole

Depuis sa création en 1970, la CST (filiale tchadienne de Somdiaa, le groupe agro-industriel panafricain dirigé par le Français Alexandre Vilgrain), seul producteur de sucre du pays, avait le monopole de sa commercialisation. Jusqu’à ce que, en 2008, l’État en autorise l’importation et la vente pour combler les déficits de production.

Les entrepôts de N’Djamena, Moundou et Banda ne sont pas seulement pleins, ils débordent !

Résultat : en moins de cinq ans, les sucres soudanais, nigérians et asiatiques à bas prix ont envahi le marché national. En janvier, la CST a lancé une première alerte en déplorant que, sur les 120 270 tonnes de sucre consommées par les Tchadiens en 2013 (10,5 kg par habitant et par an), 30 % seulement aient été produites localement. Les 70 % d’origine étrangère, elles, ont été « introduites en toute illégalité ».

Concurrence et contrefaçon

Sur le marché de N’Djamena, l’écart entre les prix des sucres tchadien et nigérian est de plus de 50 %. Même constat pour celui du Soudan, qui alimente désormais l’est et le centre du pays. « Ce sucre est vendu à bas prix parce qu’il n’est soumis à aucune taxe à l’importation », se plaint Patrick Caillau, directeur général adjoint de la CST.

Plus grave encore, alors que l’entreprise s’est vue contrainte de fermer, en juillet 2012, sa confiserie de Farcha, près de N’Djamena, des tonnes de pains de sucre estampillés Princesse Tatie – sa marque – circulent sur les marchés… « Nous avons prévenu les autorités et porté plainte contre X pour fraude et contrefaçon », indique Patrick Caillau.

Conso-sucre-Tchad-info CST

Contrebande

Début mars, les dirigeants de la CST ont assuré à Kalzeubet Payimi Deubet, le Premier ministre, qu’il n’était pas question de fermer l’usine de Banda pour le moment. Le chef du gouvernement a promis quant à lui un appui plus conséquent et plus efficace afin de freiner la contrebande et les contrefaçons, aux frontières comme sur les lieux de vente.

Pour l’État également, les enjeux socio-économiques et financiers sont de taille. La CST emploie 4 000 personnes, dont la plupart à Banda, où ses plantations de canne à sucre s’étendent sur 11 000 ha le long du fleuve Chari, près de son complexe industriel (d’une capacité de 40 000 t/an).

Règles

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L’entreprise finance par ailleurs le centre de santé de Banda, fréquenté par tous les habitants de la région, ainsi qu’une dizaine d’écoles alentour. Et elle a versé quelque 12 milliards de F CFA (18,3 millions d’euros) d’impôts et de taxes au Trésor public en 2012. Une contribution tombée à 4 milliards de F CFA en 2013. « Si les choses ne changent pas, nous risquons de ne plus rien avoir à payer, résume Patrick Caillau. Nous ne demandons pas de faveur, seulement que les règles soient les mêmes pour tous. Il faut que la concurrence s’acquitte elle aussi de ses taxes. Vous verrez alors que nous saurons tenir notre place sur le marché. »

En attendant, sur 23 000 t de sucre commercialisables, la CST en avait vendu moins de 1 200 t sur les deux premiers mois de l’année. Ses entrepôts de N’Djamena et de Moundou, comme son magasin de Banda (7 000 t) ne sont pas seulement pleins, ils débordent. « Nous sommes obligés de stocker les sacs de sucre dans la cour », explique le directeur de la production, Mahamat Alamine Maouloud. « Mais nous allons continuer à nous battre », prévient Patrick Caillau, précisant que le groupe a seulement mis entre parenthèses le projet de construction d’une nouvelle unité sur les rives du Bahr Sara, non loin des installations actuelles. Un investissement estimé à 400 millions d’euros, qui permettrait d’atteindre 120 000 t par an.

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