Télécoms

5G, services financiers, marchés de croissance… Le nouveau cap très « tech » de Vodacom

Réservé aux abonnés | | Par - à Johannesburg
Shameel Joosub, directeur général de Vodacom Group Ltd, en mai 2016.

Shameel Joosub, directeur général de Vodacom Group Ltd, en mai 2016. © Waldo Swiegers/Bloomberg via Getty Images

« Nous recherchons de nouvelles sources de revenus et de nouveaux domaines de croissance », confie Shameel Joosub, DG du géant africain des télécoms.

Embauché par Vodacom à 23 ans, en 1994, l’actuel directeur général de l’opérateur sud-africain, Shameel Joosub, a été témoin de l’évolution du groupe, passé en quelques années de l’échelle locale à une dimension panafricaine.

Premier opérateur d’Afrique du Sud, avec plus de 40 millions de clients, le groupe est désormais présent au Lesotho (1,7 million de clients), au Mozambique (7,7 millions), en Tanzanie (15,5 millions), en RDC (13,8 millions) et au Kenya grâce à une participation dans Safaricom (35,6 millions).

Fin décembre 2019, il a repris à Safaricom la direction de Vodafone Ghana, et a acquis mi-2020, cette fois en coentreprise avec Safaricom, la marque M-Pesa.

Sur chacun de ces marchés clés, Vodacom figure parmi les trois premiers opérateurs de télécommunications, voire est le leader du marché. Au cours de l’exercice clos le 31 mars 2020, le groupe Vodacom a réalisé un chiffre d’affaires de 90,1 milliards de rands (4,5 milliards d’euros), dont 69,5 milliards de rands pour le marché sud-africain.

Cap sur les services financiers et l’Internet des objets

Pour accélérer sa stratégie africaine, le groupe a modifié sa structure, faisant de Vodacom Afrique du Sud une entité autonome supervisée par Balesh Sharma, ancien PDG de Vodafone Idea et ancien directeur général de Vodafone India, Shameel Joosub assumant de son côté le rôle de directeur général pour l’Afrique.

Un modification qui vise à la fois à préparer la succession à la tête du groupe et à libérer son actuel patron, qui « assumait les deux rôles ». « Cela me donne le temps de me concentrer sur les nouveaux domaines de croissance et les nouvelles opportunités à venir, en Afrique du Sud comme sur nos marchés », déclare Shameel Joosub, qui cite notamment « les services financiers, les services numériques, de l’Internet des objets [et] les filiales dans lesquelles nous avons investi ».

Fait significatif, Shameel Joosub a obtenu un siège au sein du comité exécutif de la société mère, Vodafone, dont le directeur général, Nick Read, « a clairement indiqué qu’il misait sur l’Europe et l’Afrique », précise le patron de Vocadom, qui estime pouvoir apporter « un point de vue différent dans les discussions, en particulier une perspective de marché émergent » au comité exécutif de Vodafone.

Virage technologique

« Nous avons moins de marchés que d’autres opérateurs, mais nous les exploitons bien. Cette stratégie nous est bénéfique, puisqu’elle nous a permis d’augmenter nos parts de marché. Encore faut-il que nous sachions évoluer. Pour l’instant, c’est par exemple M’Pesa qui nous permet de rester leader sur nos marchés. Si quelqu’un vient avec une superapp, il pourrait cannibaliser les revenus », analyse le dirigeant.

Aujourd’hui, alors que l’entreprise est devenue un « techco », c’est-à-dire un fournisseur de télécommunications axé sur la technologie, son directeur général se prépare à la rude bataille pour conserver – et accroître – ses parts de marché face à ses pairs traditionnels comme aux nouveaux venus du secteur.

C’est pour « repousser les limites, créer des opportunités et adopter l’innovation » que le groupe Vodacom a souhaité passer d’une société de télécommunications à une société de technologie, qui s’appuie sur l’analyse des données et l’intelligence artificielle. Pour réaliser cette ambition, la société déploie trois stratégies : construire des filiales ex-nihilo, racheter des sociétés spécialisées et nouer des partenariats sur ses marchés.

La « rare opportunité » du marché éthiopien

« Nous recherchons de nouvelles sources de revenus et de nouveaux domaines de croissance », poursuit Shameel Joosub, alors que l’opérateur s’est lancé dans la course pour faire partie – avec sa société mère, Vodafone, et Safaricom – du consortium qui décrochera l’une des deux  licences privées de télécommunications qui seront prochainement délivrées en Éthiopie.

Si l’Éthiopie intéresse Vodacom, c’est notamment parce qu’il s’agit d’un des très rares marchés jouissant encore d’un monopole d’État – ou d’un opérateur unique – sur la téléphonie mobile, et qu’il offre donc une belle opportunité de création de nouveaux sites. D’ailleurs, « tous les grands opérateurs sont sur les rangs », rappelle-t-il.

Mais Vodacom se veut aussi à la pointe de l’innovation. Au Kenya, il détient DigiFarm, plateforme dédiée aux agriculteurs et agricultrices. « Nous les mettons en contact – sans intermédiaire – avec des acheteurs, les aidons à se développer, leur donnons accès à des financements et à des équipements », résume le dirigeant.

Des modèles déclinés à l’envi

La technologie utilisée pour DigiFarm a été déclinée en Afrique du Sud, où une initiative similaire a été mise en place pour les agricultrices. « Le concept est reproduit sur différents marchés du continent – dont certains où nous ne sommes même pas opérateur mobile. C’est très encourageant », s’enthousiasme Shameel Joosub.

Au Ghana, par le biais de sa filiale Mezzanine, Vodacom dispose de plateformes d’apprentissage en ligne, qui s’étendent aussi dans le domaine de la santé. En Afrique du Sud, plus de 3 000 cliniques utilisent ces plateformes de santé pour gérer leurs stocks. « Ces solutions ont été vendues au Nigeria et ailleurs, elles servent à coordonner la distribution de bons d’alimentation et d’autres programmes d’aide », indique le dirigeant.

Les possibilités sont presque infinies – à condition que la couverture du réseau soit suffisante. « En tant que client, quand vous appuyez sur un bouton, vous ne voulez pas entendre d’excuses pour expliquer pourquoi il n’a pas fonctionné. N’est-ce pas ? Notre travail, c’est de nous assurer que la capacité est là ».

En RDC, Vodacom est partie prenante du projet de fibre optique 2Africa, initié par Facebook. « Au fur et à mesure que l’utilisation de vos données augmente, vous avez besoin de plus de capacité localement. Mais vous avez aussi besoin de plus de capacité dans les câbles sous-marins parce que vous vous connectez au monde entier », explique-t-il.

En soutien de Huawei

S’il met avant tout l’accent sur les opportunités qui attendent son groupe sur le continent, Shameel Joosub assure également suivre d’un œil attentif les démêlés entre le fournisseur chinois Huawei et les États-Unis. Si la situation devait encore s’envenimer, cela « affecterait le secteur des télécoms dans son ensemble », notamment pour le déploiement de la 5G en Afrique, affirme le patron de Vodacom.

Alors qu’il « ne reste plus beaucoup de fournisseurs importants dans le monde des télécoms, leur concentration serait plus grande encore. Ce serait une grande préoccupation pour nous », développe-t-il. La plupart des opérateurs collaborent actuellement avec Huawei, d’une manière ou d’une autre.

Les autres grands fournisseurs sont Nokia et Ericsson, ou encore la société chinoise ZTE, encore émergente. « Mais celle-ci ne s’expose-t-elle pas aux mêmes risques ? », s’interroge Shameel Joosub, qui évoque aussi de nouveaux acteurs, mais qui n’ont « ni le même niveau de recherche et développement, ni les mêmes capacités » que les géants du secteur.

Sur ce sujet, Vodacom est engagé au côté du gouvernement sud-africain, alors que le président, Cyril Ramaphosa, a clairement affiché sa position en juillet, qualifiant l’impasse entre les États-Unis et la Chine d’ »exemple de protectionnisme » et déclarant soutenir « une entreprise qui va amener notre pays et le monde entier à une meilleure technologie, la 5G ». « Nous ne pouvons pas nous permettre de voir notre économie freinée par cette lutte », a-t-il encore affirmé.

« C’est un point de vue qui semble partagé dans toute l’Afrique », conclut Shameel Joosub.


 Shameel Joosub, bio express

8 mars 1971 : naissance à Laudium, Afrique du Sud
1994 : premier emploi chez Vodacom
2000 : nommé au conseil d’administration de Vodacom
2009 : devient directeur général de Vodacom Espagne
2012 : directeur général du groupe Vodacom
Avril 2020 : rejoint le comité exécutif de Vodafone

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA309_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte