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Sénégal : l’affaire Sonacos

Après deux tentatives infructueuses, le Sénégal a relancé mi-2003 le processus de cession des participations publiques (81,9 %) dans le capital de la Société nationale de commercialisation des oléagineux (Sonacos). Le nom du repreneur devrait être connu ce mois-ci. Aucun droit à l’erreur, à deux ans des élections législatives. Car, au-delà de la cession de la cinquième entreprise du pays, toute une filière attend sa renaissance. La culture de l’arachide est la principale source de revenus de la moitié de la population rurale. Sa production et sa transformation ont fait vivre plus de 3 millions de personnes par le passé. Véritable composante de l’identité et de l’histoire du Sénégal, l’huile d’arachide est également une fierté nationale, tant le pays joue un rôle central dans son commerce.
Malgré la taille de son outil industriel, la Sonacos n’est pas un cadeau. Gestion hasardeuse, choix stratégiques malencontreux : entre 1998 et 2002, la société a accumulé 83 millions d’euros de pertes d’exploitation. Elle survit sous perfusion, l’État s’étant délesté de 85 millions d’euros pour combler l’essentiel de ce trou abyssal. À ces incertitudes s’en ajoute une dernière, et pas des moindres. La société, qui réalise une partie importante de son chiffre d’affaires grâce à l’importation et au raffinage d’huiles étrangères, pourrait ne plus profiter longtemps du monopole de fait dont elle dispose sur ce créneau. Le Sénégal s’est en effet engagé auprès du Fonds monétaire international (FMI) à lever la surcharge tarifaire en vigueur sur les importations d’huiles raffinées et non raffinées, dont la Sonacos est actuellement exemptée.

Malgré les démarches de la banque-conseil sélectionnée pour l’opération, BNP Paribas, les candidats au rachat ne se bousculent pas. Trois consortiums ont manifesté leur intérêt. Premier candidat : Lesieur Cristal, filiale du groupe marocain ONA, dont le partenaire technique est Lesieur France (mais qui n’est pas au capital). Vient ensuite Advens, une société de négoce basée à Paris, mais très active en Afrique de l’Ouest, qui s’est notamment alliée à la société française Dagris. Enfin, le consortium Guerte Sénégal, qui se veut la voix des paysans de l’arachide, une communauté assez peu structurée.

À supposer que l’opération soit menée à terme, le nom du repreneur doit être annoncé mi-juin, après le dépôt, le 1er juin, des offres techniques et financières. Que ce soit Lesieur Cristal, Advens ou Guerte Sénégal qui l’emporte, le chantier sera immense. Le repreneur aura besoin de courage pour redresser la Sonacos sans accentuer la grogne du monde paysan. L’État devra aussi s’engager à soutenir une filière qui se désagrège. En réservant une part minoritaire du capital de la Sonacos privatisée aux paysans et aux employés de la société, il a voulu donner un signe certes positif, mais jugé insuffisant.

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