Politique

Sahara : les résolutions passent, et c’est toujours l’impasse

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Célébration du 75e anniversaire de l'Organisation des Nations unies.

Célébration du 75e anniversaire de l'Organisation des Nations unies. © UN Photo/Eskinder Debebe

La dernière résolution adoptée par le Conseil de sécurité est une copie quasi conforme de celle de l’année dernière. Pour autant, ce surplace dans les arcanes des Nations unies ne décourage pas la diplomatie chérifienne.

Un « numéro de série » de la résolution du Conseil de sécurité, une date (en l’occurrence l’année) pour l’interminable prolongement du mandat de la mission onusienne (Minurso) et, enfin, une phrase, en apparence anodine, ajoutée concernant un poste à pourvoir… Voilà tout ce qui change entre la résolution 2594 concernant le Sahara – adoptée le 31 octobre – et la précédente décision (n° 2494) du Conseil de sécurité, votée en octobre 2019.

« Attendant avec intérêt la nomination dans les meilleurs délais d’un nouvel envoyé personnel du secrétaire général pour le Sahara occidental ». C’est en fait le seul rajout dans le préambule qui est à relever dans le cru 2020 de la littérature « résolutionnelle » au sujet du Sahara.

Horst Köhler ayant jeté l’éponge en mai 2019 (officiellement pour des raisons de santé), le poste d’émissaire personnel d’António Guterres est toujours vacant. Un point d’ailleurs qui ne semble pas gêner la diplomatie marocaine.

« Le Maroc fait entièrement confiance au secrétaire général de l’ONU. Nous sommes certains qu’il trouvera le profil idoine et la stature appropriée, à la hauteur de l’ex-président Horst Köhler, afin de relancer et faire aboutir le processus politique », a déclaré, aux médias locaux, Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU.

Ces « redites » qui font plaisir

Pourtant, le cycle de négociations, entamé à Genève en 2018, s’est retrouvé à l’arrêt en l’absence d’un facilitateur onusien. La récente résolution réitère d’ailleurs son appel à la reprise de ces pourparlers avec la participation de la Mauritanie et de l’Algérie, pays voisin qui joue un rôle clé dans la solution de ce conflit.

Le maintien d’un tel format pour une éventuelle reprise de négociations redonne du baume au cœur à la partie marocaine. « Cette résolution apporte un message de clarté, a souligné Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères dans une déclaration au lendemain du vote. Elle définit clairement les véritables parties dans ce différend régional, en pointant expressément le rôle de l’Algérie, citée pas moins de 5 fois, alors que ce pays n’était pas du tout évoqué dans les résolutions antérieures à 2017. »

Cette nouvelle résolution pointe expressément le rôle de l’Algérie, alors qu’elle était absente des résolutions antérieures

La diplomatie chérifienne se félicite également de la clarté de cette résolution dans l’identification de la finalité du processus politique. Cette résolution réaffirme l’engagement du Conseil de sécurité pour « une solution politique réaliste, pragmatique et durable […] qui repose sur le compromis », ce qui écarte toutes les options inapplicables.

S’abstenir de toute action de sape

« La résolution ne contient aucune référence au référendum, alors qu’elle se réfère à 6 reprises à la solution politique », précise Nasser Bourita, réputé pour connaître par cœur la vingtaine de résolutions onusiennes sur le Sahara adoptées depuis 2007 avec la présentation du plan d’autonomie marocain.

Autre point dans cette résolution applaudie par la partie marocaine : la réaffirmation du Conseil de sécurité de « la nécessité de respecter pleinement les accords militaires conclus avec la Minurso en ce qui concerne le cessez-le-feu », tout en appelant « les parties à adhérer pleinement à ces accords […], à s’abstenir de toute action qui pourrait saper les négociations ou déstabiliser davantage la situation ».

Une référence à peine voilée aux dernières interpellations du secrétaire général de l’ONU au sujet des intrusions du Polisario dans la zone tampon.  Dans son dernier rapport sur le Sahara, António Guterres affirme que la Minurso a recensé, entre le 1er septembre 2019 et le 31 août 2020, un total de 61 violations, dont « 53 par le Front Polisario ».

Bien qu’il ne s’agisse que de redites, le maintien des termes de la résolution 2019 est perçu comme une véritable victoire diplomatique. Le royaume dispose en effet de l’avantage du terrain et continue d’asseoir sa légitimité sur ce territoire, notamment avec l’ouverture de plusieurs représentations consulaires dans les villes du Sud.

« La valeur d’une résolution ne se réduit pas uniquement à la nouveauté qu’elle induit, mais surtout dans ce qu’elle réaffirme », souligne Omar Hilale. Et de conclure : « Au Sahara, la régionalisation avancée est en marche. Bientôt, il ne restera plus rien à discuter sinon de libérer les séquestrés de Tindouf. » Facile à dire !

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