Analyses

Annonce de la réélection de Ouattara : entre inquiétudes et prudence, les réactions étrangères

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Mis à jour le 03 novembre 2020 à 17h08
Alassane Ouattara, samedi 31 octobre à Abidjan, prend la parole devant la presse après avoir voté.

Alassane Ouattara, samedi 31 octobre à Abidjan, prend la parole devant la presse après avoir voté. © Leo Correa/AP/SIPA

Après l’annonce de la réélection d’Alassane Ouattara, et alors que ses opposants ont annoncé la formation d’un « Conseil national de transition », les réactions sont pour le moins mitigées parmi les partenaires africains et occidentaux de la Côte d’Ivoire.

Sans opposant d’envergure face à lui, le résultat ne faisait guère de doutes. Ce mardi, à 5h du matin, la Commission électorale indépendante (CEI) a dévoilé, après plusieurs heures d’attente, les résultats officiels provisoires de la présidentielle du 31 octobre. Selon elle, Alassane Ouattara a été réélu pour un troisième mandat avec 94,27% des voix, au terme d’un scrutin lors duquel le taux de participation a été de 53,9%. Deux chiffres largement contestés par ses opposants, qui dénoncent une élection « pipée » à laquelle ils ont refusé de participer – en appelant les Ivoiriens à son « boycott actif » – et dont ils ne reconnaissent pas les résultats.

Face à ce « simulacre d’élection », ils ont annoncé lundi la formation d’un « conseil national de transition », présidé par Henri Konan Bédié. Selon Pascal Affi N’Guessan, porte-parole de la plateforme de l’opposition, il aura pour objectif la mise en place d’un « gouvernement de transition » en vue de « préparer le cadre de l’organisation de l’élection présidentielle juste, transparente et inclusive » et de « convoquer des assises nationales pour la réconciliation nationale en vue du retour à une paix définitive en Côte d’Ivoire ».

Le gouvernement a rapidement répliqué, en affirmant que cette déclaration ainsi que les violences perpétrées durant le scrutin « constituent des actes d’attentat et de complot contre l’autorité de l’État et l’intégrité du territoire (…) prévus et punis par la loi pénale ».

Ce que Macron a dit à Ouattara

Dans ce contexte tendu, les partenaires étrangers d’Abidjan ont diversement réagi. Dès dimanche soir, avant même l’annonce des résultats, Emmanuel Macron a appelé Alassane Ouattara. « Il y a eu plus de troubles que ce qu’on pouvait craindre durant l’élection, et pas seulement dans les bastions de l’opposition. Il y a eu beaucoup endroits où le vote a été empêché », estime une source élyséenne.

Au téléphone, le président français a donc encouragé son homologue ivoirien à prendre « très vite » la parole et à faire des gestes d’apaisement allant au-delà d’un gouvernement d’ouverture. Ne cachant pas ses inquiétudes face à la tournure des évènements chez son principal partenaire ouest-africain, l’Élysée redoute que le pays, « très divisé », ne devienne « difficilement gérable » si rien n’est fait pour calmer le jeu.

Même constat ou presque à Bruxelles, où l’Union européenne (UE) a diffusé ce mardi un communiqué. Prenant « note de l’annonce des résultats provisoires », Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, indique que « l’absence de consensus sur le cadre électoral a fracturé le pays ».

L’UE s’inquiète des « incitations à la haine »

« L’UE relève les très fortes disparités du taux de participation dans les différentes régions (…) et exprime sa vive préoccupation concernant les tensions, les provocations et les incitations à la haine qui ont prévalu et continuent de subsister dans le pays autour de ce scrutin », poursuit-il, ajoutant que « l’UE attend de l’ensemble des parties prenantes qu’elles prennent l’initiative en faveur d’un apaisement du climat et d’une reprise du dialogue ».

Côté américain, encore aucune réaction officielle. Seulement un tweet de l’ambassade des États-Unis à Abidjan pour démentir une « fake news » selon laquelle l’ambassadeur aurait rencontré Henri Konan Bédié et rappeler l’attachement de Washington au respect de « l’ordre constitutionnel ». « Les États-Unis respectent l’ordre constitutionnel en République de Côte d’Ivoire, que le président Ouattara dirige encore, et exhortent tous à respecter l’ordre constitutionnel et d’éviter la violence », peut-on y lire.

Satisfecit de l’UA et de la Cedeao

L’Union africaine (UA) et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui avaient chacune déployé une mission d’observation électorale en Côte d’Ivoire, ont elles aussi pris position sur le scrutin et estimé qu’il était « satisfaisant ».

Selon l’UA, « le premier tour de l’élection du président de la République de Côte d’Ivoire s’est déroulé de manière globalement satisfaisante en dépit d’un contexte politique caractérisé par l’absence de consensus (…) entre les acteurs politiques ». Quant à la mission de la Cedeao, « tout en ayant noté des violences dans certaines localités liées au contexte », elle affirme que « le scrutin du 31 octobre est globalement satisfaisant et donc acceptable ».

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