Politique

La réforme constitutionnelle a-t-elle raté son rendez-vous avec les Algériens ?

| Par - à Alger
Mis à jour le 01 novembre 2020 à 17h01
Des manifestant à Alger; le 12 décembre 2019 (photo d'illustration).

Des manifestant à Alger; le 12 décembre 2019 (photo d'illustration). © Toufik Doudou/AP/Sipa

Réforme incomprise, désintérêt, reprise de la pandémie, santé du président… Le référendum qui a lieu ce dimanche ne déchaîne pas les passions.

« Est-ce que j’irai voter ? Honnêtement je n’en sais rien. Je ne connais pas le contenu de la nouvelle constitution », répond Amine spontanément. Étudiant en sciences commerciales, il se concentre sur ses examens, totalement déconnecté de l’actualité politique.

« Je n’ai pas le temps de regarder les chaînes de télévision algériennes. Je suis plutôt branché réseaux sociaux. Sur mon fil d’actualité, les publications sur le référendum sont très rares »,  précise le jeune homme.

Son amie, une jeune-fille brune, la vingtaine à peine entamée, acquiesce. « Si on ne regarde pas le journal télévisé de l’ENTV, on oublie qu’il y a un vote ».

C’est peu dire que le vote du 1er novembre sur la réforme constitutionnelle portée par le président Abdelmadjid Tebboune ne déchaîne pas les passions.

Faible taux de participation dimanche matin

À 14h (heure locale), le taux national de participation au référendum sur la révision de la Constitution n’avait atteint que 13,06%, selon le président de l’Autorité nationale indépendante des élections, Mohamed  Charfi. À Alger, les électeurs se faisaient rares.

Indifférence de la population

Depuis plusieurs semaines pourtant, membres du gouvernement, porte-étendards des partis et des organisations proches du pouvoir ont mené une laborieuse campagne pour la réforme, face, le plus souvent, à l’indifférence de la population. Les conclaves, qui se sont déroulés la plupart du temps sans observation des règles de prévention de la propagation de l’épidémie, ont été ponctués de maladresses et de sorties hasardeuses.

Comme les propos controversés du ministre de la Jeunesse et des sports, Sid Ali Khaldi, qui a invité le 22 octobre les opposants au référendum à changer de pays. Avant d’être contraint à présenter ses excuses, face au tollé provoqué. La menace d’Abou Fadl El Badji, le secrétaire général du FLN, de brandir Seif El Hadjadj (épée d’El Hadjadj, un chef militaire omeyyade célèbre pour avoir décapité tous ses ennemis) contre les partisans du boycott et du « non », lui a également valu un torrent de critiques.

Peu de véritables débats ont eu lieu sur la réforme, les médias audiovisuels adoptant surtout un ton promotionnel. « J’ai suivi des tables rondes à la télévision. On nous a présenté la nouvelle constitution comme une bénédiction pour le pays. C’est peut-être vrai. Le problème n’a jamais été dans les lois mais dans leur application. J’irai voter mais sans conviction », confie sceptique Samia, retraitée de l’Éduction nationale.

Craintes liées au Coronavirus

Karim, cadre supérieur dans une entreprise publique s’interroge sur l’opportunité d’une consultation référendaire dans un contexte sanitaire exceptionnel : « Le nombre des cas de contaminations au Covid-19 repart à la hausse. Ce n’est pas raisonnable de maintenir le vote dans ces conditions. C’est trop risqué. »

La reprise progressive de la pandémie du coronavirus, inquiète en effet les autorités sanitaires, sans inhiber les promoteurs de la consultation populaire.

Dans ce contexte, les Algériens demeurent davantage préoccupés par l’érosion du pouvoir d’achat. La pandémie du Covid-19 a considérablement étendu les poches de pauvreté. « J’ai de plus en plus du mal à faire face aux charges incompressibles. Si les pouvoirs publics instaurent, à nouveau, un confinement général, la situation empirera », appréhende Hakim, père de quatre enfants, au chômage technique depuis le mois de juin 2020.

Hospitalisation du président

Sans compter que le principal promoteur de la réforme, le président Abdelmadjid Tebboune, transféré cette semaine dans un hôpital de Cologne (Allemagne) après avoir été en contact avec des cadres de la présidence affectés du Covid-19, ne peut vraisemblablement pas voter lui-même.

Echaudée par les contrevérités sur la maladie de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, une partie de l’opinion publique suppose également Abdelmadjid Tebboune dans un état grave.

Les communiqués officiels confus ont accentué la défiance, alors que beaucoup s’indignent de ne pas être informés de la nature de la maladie du chef de l’État, ni du degré des complications qui ont conduit à son évacuation en Allemagne.

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