Environnement

[Série] Tunisie : à Gabès, Khayreddine Debaya craint le scénario de l’explosion de Beyrouth (5/5)

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Une embarcation abandonnée d’un pêcheur sur la plage de Gabès, le 3 juin 2016.

Une embarcation abandonnée d’un pêcheur sur la plage de Gabès, le 3 juin 2016. © Augustin LE GALL/HAYTHAM-REA

Les habitants de la ville surnommée « la petite Tchernobyl de Tunisie », dans le sud-est du pays, craignent que le scénario de l’explosion de Beyrouth ne se reproduise. En cause : la disparition de plusieurs centaines de tonnes d’ammonitrate.

Au cœur de sa parcelle de l’Oasis de Chenini, dans le sud-est du pays, Khayreddine Debaya respire. Il prend soin d’irriguer ses grenadiers et de choyer ses arbustes à henné. Un « devoir » pour ce trentenaire, casquette et barbe mi-longue, vis-à-vis de l’héritage de son père et de son grand-père. Cette niche de verdure de 250 hectares aux airs de paradis perdu abrite tous types de cultures, à l’ombre des palmiers dattiers.

De quoi oublier un temps la zone industrielle, dont les cheminées crachent un épais nuage blanc, à trois kilomètres, au bord de la Méditerranée. Là, le long d’une écume noire, le rivage a été surnommé « Chott el maout », la plage de la mort. Les déchets de phosphogypse rejetés par le Goupe chimique tunisien (GCT) s’y entassent depuis les années 1970. C’est là qu’est transformé le phosphate venu de Gafsa, au centre du pays, en acide phosphorique et engrais chimiques, et stocké l’ammonitrate, destiné à l’agriculture locale et à l’export.

Ses usines de métal et de béton à seulement quatre kilomètres du centre-ville de Gabès et quelques centaines de mètres des quartiers Bouchamma et Chott Essalem, Khayreddine Debaya les observe depuis son enfance. Il a aussi toujours baigné dans l’odeur des fumées qui s’invitent jusqu’à l’intérieur des maisons. « Petit, je me disais qu’un jour on pourrait retirer ce monstre du paysage », se rappelle-t-il. Un diplôme d’ingénieur en génie civile en poche et une révolution plus tard, il y sacrifie son avenir professionnel.

Ici on a du nitrate d’ammonium, en plus grande quantité encore qu’à Beyrouth !

Avec le collectif Stop Pollution, qu’il a participé à créer en 2012, il passe le plus clair de son temps à plaider la cause d’une Gabès surnommée « la petite Tchernobyl de Tunisie ». Les tags de masques à gaz qu’il avait bombés de nuit, il y a huit ans, sur les murs de la ville, ont résisté au temps. Les usines aussi.

Le spectre de l’explosion de Beyrouth

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