Politique

« Union sacrée » en RDC : Kabila appelle le FCC à la « résistance » face à Tshisekedi

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 03 novembre 2020 à 18h12
L’ancien président Joseph Kabila à Kinshasa, en 2018.

L'ancien président Joseph Kabila à Kinshasa, en 2018. © JUNIOR D. KANNAH/AFP

L’ex-président a reçu le 29 octobre les membres du FCC chez lui, à Kingakati, afin de leur parler de la coalition avec le Cach et, pour la première fois, de l’accord qui le lie à Félix Tshisekedi. JA a obtenu en exclusivité le contenu de son discours.

En pleine crise au sein de la coalition au pouvoir, les membres du Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme politique de Joseph Kabila, ont été convoqués le 29 octobre à Kingakati pour une réunion de crise. Plusieurs personnalités sont intervenues, dont les présidents des deux chambres du Parlement, Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba, avant que l’ex-chef de l’État ne prenne la parole. Le coordonnateur du FCC, Néhémie Mwilanya, a modéré les échanges, qui ont duré plus de trois heures.

Selon nos informations et les éléments en notre possession, Joseph Kabila a longuement exposé sa vision de la situation sécuritaire et économique du pays qui, selon lui, « ne s’améliore pas », avant de dresser un état des lieux de la coalition que le FCC forme avec le Cap pour le changement (Cach) de Félix Tshisekedi.

« Pas les mêmes valeurs »

« Pour moi, l’objet de cette rencontre n’est pas de réagir au discours du président ou d’arrêter la position du FCC sur les consultations [nationales, initiées le 23 octobre par le chef de l’État]. Il s’agit de vous expliquer ce que nous estimons être la cause principale de cette crise », a-t-il exposé.

« Que voulez vous que je puisse vous dire au sujet de la coalition, on est au point mort ! a-t-il lancé. Je veux vous recommander de ne pas parler de guerre, mais de résistance, parce que la résistance est un droit. » Selon l’ancien président, la crise serait essentiellement due au « non-respect » par Tshisekedi de l’accord qui les lie et de la Constitution.

« On ne partage pas les mêmes valeurs avec nos amis du Cach. Le respect de la parole, par exemple. Quand le FCC ou moi vous la donnons, c’est une parole d’honneur. Ou encore le respect des textes. Quand on prend des engagements ou qu’on signe un accord, on va jusqu’au bout. Or, ce n’est pas le cas avec nos amis du Cach. » Il est notamment revenu sur les ordonnances de nominations prises au sein de l’armée et de la magistrature, contre lesquelles le FCC n’a cessé de protester ces derniers mois.

« Je leur ai dit qu’il y avait plusieurs options [pour résoudre la crise]. La première, faire le forcing et dans ce cas là, il y aura une crise, parce qu’il s’agit d’une violation de la Constitution. La deuxième, accepter que l’un des trois juges – dont le cas ne pose pas de problème – prête serment et que les deux autres attendent. Ils m’ont répondu que le président avait déjà signé, que c’était terminé », a détaillé Kabila.

« Ma troisième proposition était d’attendre mars ou avril afin de procéder au tirage au sort et on aurait alors respecté le processus. Mais leur réponse a été la même, a-t-il assuré. Enfin, la dernière option était de se référer à l’accord qu’on a signé ici, dont trois pays sont témoins. Pourquoi ne pas appeler ces derniers et leur confier un rôle de sage ? [Les membres du camp présidentiel] m’ont répondu oui, mais plus tard, les juges devant selon eux d’abord prêter serment. »

« Démon de 1960 »

Toujours selon le contenu des échanges, Joseph Kabila a longuement évoqué l’accord qui le lie au président Félix Tshisekedi, effectuant un parallèle avec la situation du Congo au moment de l’indépendance, affirmant que « le démon de 1960 est toujours là ».

Je vous promets d’amener, la prochaine fois, une copie de cet accord »

« Le jour de la signature de l’accord, j’avais dit au président Félix Tshisekedi – et il y a des témoins qui sont ici-même avec nous dans la salle – que nous avions presque la même configuration qu’en 1960 et qu’il nous fallait beaucoup plus de sagesse. Il faut éviter cette tentation d’avoir le contrôle de la majorité et surtout de la décapiter, a-t-il expliqué. Il m’a répondu : Monsieur le Président, ne vous en faites pas, nous allons bien travailler pour le pays, et tout va bien se passer. »

« Je suis convaincu que c’est cet accord qui nous a permis jusque-là d’avoir la paix et la stabilité. Il est intitulé “Accord pour la paix et la stabilité en République démocratique du Congo”. Je vous promets de vous en amener, la prochaine fois, une copie, et que l’on en fera la lecture ensemble. »

« 2023 n’est plus loin »

Alors que le FCC n’a toujours pas adopté de position officielle vis-à-vis des consultations politiques annoncées par Félix Tshisekedi, Joseph Kabila a affiché le même scepticisme que celui exprimé par Emmanuel Ramazani Shadary la veille,  au cours d’une réunion dont Jeune Afrique avait révélé le contenu : « Je sais que les élus sont aujourd’hui courtisés, matin, midi et soir avec des promesses. Mais ce ne sont que des promesses ».

« Je ne suis pas un prophète mais si, par je ne sais quelle magie, une nouvelle majorité naît des cendres du FCC, un ou deux mois après, l’opinion dira que ces députés coûtent trop cher à la République et qu’ils doivent repartir d’où ils sont venus. On m’a dit que tout le monde a été consulté, mais moi je n’ai pas encore été contacté, alors que je suis le gros poisson », a-t-il ajouté, provoquant les rires dans la salle.

En conclusion de son discours, Kabila a appelé ses auditeurs à « rester sereins » et à faire preuve de plus de cohésion. Craignant d’éventuels débauchages de mécontents au sein de sa coalition, l’ancien président a évoqué la question de la structuration du FCC, assurant qu’un modèle existe déjà, avant de s’excuser pour le retard dans sa mise en place. « Je pense qu’il était aussi nécessaire de prendre le temps d’étudier qui est de la famille politique et qui peut faire quoi pour elle. D’ici au 5 novembre, nos structures seront certainement en place. »

« La majorité du FCC est réelle et nous nous devons tous de défendre ce pouvoir. Chacun doit se préparer pour 2023, ce n’est plus loin. » Une position officielle du FCC sur les consultations politiques devrait être annoncée le 2 novembre, après une retraite de deux jours.

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