Politique

Vera Songwe, Winnie Byanyima… Place aux femmes dans les organisations internationales

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Mis à jour le 02 novembre 2020 à 17h28
Winnie Byanyima,Vera Songwe,Phumzile Mlambo-Ngcuka,AntoinetteSayeh

Winnie Byanyima,Vera Songwe,Phumzile Mlambo-Ngcuka,AntoinetteSayeh © Winnie Byanyima,Vera Songwe,Phumzile Mlambo-Ngcuka,AntoinetteSayeh

De l’Onusida au FMI, les exigences diplomatiques qui président aux choix des dirigeants des institutions multilatérales ont permis à beaucoup de femmes talentueuses d’émerger sur la scène mondiale.

De Louise Mushikiwabo, la Rwandaise à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) depuis deux ans, à la Namibienne Bience Gawanas, nommée en 2018 conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU sur l’Afrique, sans oublier la Sénégalaise Fatma Samoura, actuelle secrétaire générale de la Fédération internationale de football (Fifa), et peut-être bientôt la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala qui, selon nos dernières informations, a de bonnes chances d’être élue le 9 novembre à la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les Africaines occupent des positions toujours plus importantes au sein des différentes organisations internationales, qu’elles soient gouvernementales ou non gouvernementales.

Il faut dire que le continent part de loin en la matière. « Il existe en effet aujourd’hui une vraie volonté de faire progresser les femmes dans ces organisations, observe Aïssatou Dosso, experte genre à la Banque africaine de développement (Bad) et membre de l’Obama Foundation Leader Afrique. C’est aussi une question de crédibilité et de cohérence, car pendant longtemps, il était demandé aux pays africains une meilleure représentation des femmes, sauf que les équipes envoyées sur le terrain étaient essentiellement masculines ».

L’ONU prêche, ces derniers temps, par l’exemple et n’hésite plus à confier ses multiples agences à des ressortissantes du continent. Rien que sur les douze derniers mois, l’Égyptienne Ghada Fathi Waly a pris les rênes de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la Marocaine Najat Maalla M’jid a été nommée représentante spéciale chargée des violences contre les enfants, et la Nigériane Damilola Ogunbiyi est devenue coprésidente d’ONU Énergie.

Une tendance de long terme

Dans le même temps, le secrétariat général a envoyé la Burkinabè Rosine Sori-Coulibaly en Guinée-Bissau prendre la direction du bureau intégré pour la consolidation de la paix dans ce pays, l’Algérienne Leïla Zerrougui celle de la Monusco en RDC, pendant que la Rwandaise Mbaranga Gasarabwe le représente depuis 2015 au Mali auprès de la Minusma.

La tendance ne devrait que se confirmer à l’avenir, à mesure que le continent investit dans l’éducation de ses filles et que certains pays influents dans les grands cénacles font pression en leur faveur. « Les pays africains ont un cadre de promotion du genre de plus en plus efficace et certains pays donateurs, comme la France et le Canada, affichent une politique clairement féministe », constate encore Aïssatou Dosso. Politique dont les Africaines pourraient être les premières bénéficiaires.

  • Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice exécutive d’ONU Femmes
Phumzile Mlambo-Ngcuka, en 2018

Phumzile Mlambo-Ngcuka, en 2018 © Monica Schipper/Getty Images

La carrière internationale de Phumzile Mlambo-Ngcuka a démarré en 2013, avec sa nomination à la tête de l’agence onusienne pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, connue sous l’appellation ONU Femmes, lancée trois ans plus tôt. Avant cela, la Sud-Africaine, aujourd’hui âgée de 64 ans, avait surtout accumulé les responsabilités dans son pays.

En 1994, l’ex-enseignante démarre sa carrière politique en devenant députée sous les couleurs de l’ANC lors des premières élections multiraciales. Elle entre dans le gouvernement Mandela deux ans plus tard, en tant que vice-ministre du Commerce et de l’Industrie. En 1999, Thabo Mbeki lui confie le portefeuille ô combien stratégique des Mines et de l’Énergie, avant de lui demander de succéder, en 2005, à Jacob Zuma au poste de vice-président de la République d’Afrique du Sud.

Trois ans plus tard, elle démissionne de cette fonction, attribuée pour la première fois à une femme. En 2013, elle s’envole pour New York prendre la succession de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet. Quatre ans plus tard, Mlambo-Ngcuka est réélue pour un second mandat à la tête d’ONU Femmes.

  • Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA)
Vera Songwe (Cameroun), Secretaire executive de la Commission economique de l'ONU pour l'Afrique (CEA)

Vera Songwe (Cameroun), Secretaire executive de la Commission economique de l’ONU pour l’Afrique (CEA) © Issam Zejly pour JA

À 51 ans, Vera Songwe a passé près de la moitié de sa vie au sein des grandes institutions financières internationales. Avant d’être la première femme nommée à la tête de la CEA, en août 2017, la Camerounaise, née à Nairobi, a d’abord passé dix-neuf années au sein de la Banque mondiale, qu’elle a intégrée en 1998 en tant qu’économiste principale aux Philippines.

Elle rentre à Washington en 2007 pour devenir la conseillère de la directrice générale de la Banque, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, aux côtés de laquelle elle reste quatre ans. Elle quitte celle qui, au fil des années, deviendra son mentor, et prend la direction des opérations pour le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Mauritanie. En 2016, elle dirige depuis Dakar le bureau Afrique de l’Ouest et Afrique centrale, qui gère 23 pays, pour le compte de la Société financière internationale (IFC), la filiale de la Banque mondiale chargée du secteur privé.

C’est là que vient la chercher António Guterres, quelques mois seulement après sa propre nomination au secrétariat général des Nations unies, pour succéder au Bissau-Guinéen Carlos Lopes. Cette diplômée de grandes universités européennes et américaines occupe également l’un des postes de secrétaire général adjoint de l’ONU.

  • Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida

    Winnie Byanyima, d

    High-level event on : Women’s Economic Empowerment: United Nations High-level Panel Report Presentation to the Secretary-General © UN Photo/Amanda Voisard

Depuis novembre 2019, Winnie Byanyima dirige l’Onusida. C’est la première femme nommée à la tête de cette organisation, créée en 1995. Également secrétaire générale adjointe des Nations unies, cette diplômée en génie mécanique est, à 61 ans, une habituée des grandes instances internationales. D’abord de l’Union africaine (UA), où, de 2004 à 2006, l’Ougandaise est à la tête de la direction Femmes, Genre et Développement, avant d’entrer au bureau des politiques de développement du Pnud.

Elle y reste jusqu’en 2013, année où elle devient directrice exécutive d’Oxfam International. À ce titre, elle copréside, deux ans plus tard, le Forum économique mondial de Davos. L’ancienne compagne de lutte de Yoweri Museveni, au sein de la National Resistance Army (NRA), avait précédemment été nommée ambassadrice de son pays en France puis élue députée, avant de prendre ses distances avec le président ougandais.

À peine nommée à l’Onusida, Winnie Byanyima s’est engagée à remettre de l’ordre dans l’organisation, épinglée pour sa mauvaise gestion, et a dans sa ligne de mire l’objectif fixé par l’ONU de voir éradiquer le sida d’ici à 2030.

  • Antoinette Sayeh, directrice générale adjointe du Fonds monétaire international (FMI)
Antoinette Sayeh

Antoinette Sayeh © Simone D. McCourtie/The World Bank Group

Nommée numéro deux du FMI le 16 mars 2020, la Libérienne connaît bien la maison pour avoir passé huit années à la tête du département Afrique de l’institution financière, entre 2008 et 2016.

Cette économiste de formation avait déjà travaillé pendant dix-sept ans pour la Banque mondiale en tant que directrice des opérations pour le Bénin, le Niger et le Togo, avant de rentrer au Liberia pour occuper les fonctions de ministre des Finances, de 2006 à 2008, sous la présidence d’Ellen Johnson Sirleaf.

À 62 ans, Antoinette Sayeh devient la première Africaine à occuper l’un des quatre postes d’adjoint à la direction générale du FMI, avec la perspective de retrouver des dossiers qu’elle a déjà eu à gérer par le passé. Gardienne d’une certaine orthodoxie financière, elle n’avait pas hésité à suspendre l’aide accordée par le Fonds au Mozambique après le scandale de la dette cachée par Maputo.

Elle avait également tancé les pays de la zone Cemac pour leur mauvaise gestion des finances publiques au lendemain de la crise pétrolière de 2014. Avant de retourner au FMI, Antoinette Sayeh a également été nommée, en 2016, membre émérite du Center for Global Development (CGD), qui lutte contre la pauvreté dans le monde.

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