Politique

Maroc : l’assassinat d’un gardien de prison déchaîne les délires de la jihadosphère

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la prison de Kénitra, au nord de Rabat, le 1er février 2007.

la prison de Kénitra, au nord de Rabat, le 1er février 2007. © ABDELHAK SENNA/AFP

Mohamed Hajib, figure du salafisme marocain, voit la main des services derrière l’attaque par un chef terroriste d’un gardien de prison de Tiflet.

Interpellé le 10 septembre dans le cadre de ce qui est sans doute la plus importante opération antiterroriste menée à ce jour par la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire) en cette année 2020, le jihadiste marocain Abderrazak Abidoullah est depuis passé à l’acte… en prison.

Ce chef de réseau se réclamant de Daech, qui avait fomenté une vingtaine de projets d’attentats, stocké dans ce but toute une collection de produits chimiques et disséminé des complices dans les villes de Témara, Tanger et Skhirat, a été incarcéré à la centrale pénitentiaire de Tiflet 2, à une cinquantaine de kilomètres de Rabat. C’est là que, le 27 octobre, il a poignardé à mort l’un de ses gardiens et blessé trois de ses collègues, avant d’être maîtrisé.

Ce crime met à mal la stratégie de défense de l’avocat d’Abidoullah, le très controversé Mohammed Ziane, 77 ans. Médiatique, tonitruant et adepte des thèses complotistes, cet ancien ministre des Droits de l’homme à la fin du règne de Hassan II, ex-bâtonnier de l’ordre des avocats du Maroc et familier des provocations, avait en effet conseillé à l’épouse du terroriste de témoigner en faveur de l’innocence de son conjoint – ce que cette dernière a fait, avant de se rétracter et d’indiquer aux policiers l’emplacement d’une cache d’explosifs à Témara.

Connu des services de sécurité

Surtout, l’affaire Abidoullah a vu la réapparition d’une vieille connaissance des services de sécurité marocains : Mohamed Hajib, 39 ans. Cet ancien volontaire du jihad en zone pakistano-afghane, se présentant comme un adepte de la mouvance prosélyte Jamaat Al Tabligh, avait été arrêté en 2010 à l’aéroport de Casablanca en provenance d’Islamabad via Francfort.

Condamné pour « constitution d’une bande criminelle » et libéré en 2017 après une campagne menée en sa faveur par le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU, Hajib s’est depuis installé en Allemagne, dont il possède la nationalité.

Mohamed Hajib a une obsession : la police marocaine, qu’il voit à l’œuvre partout.

Après avoir saisi la Cour constitutionnelle de Berlin afin qu’elle l’aide à obtenir les indemnités qu’il réclame à l’État marocain pour « torture et isolement sévère » (1,5 million d’euros), ce fils d’un professeur d’arabe militant d’extrême gauche pendant les années 1970 a désormais une obsession : la police marocaine, qu’il voit à l’œuvre partout. Cette dernière serait ainsi, selon lui, responsable de l’assassinat du gardien de prison de Tiflet, tout comme elle l’était des attentats de Casablanca en 2003.

Théories délirantes

Mais sur ses posts Facebook, Mohamed Hajib, contre qui les autorités marocaines ont émis le 13 août dernier auprès d’Interpol un mandat d’arrêt international, va plus loin dans l’expression de ses théories délirantes. Il accuse ainsi les services français et le président Emmanuel Macron d’avoir commandité la décapitation, le 16 octobre, de l’enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, afin d’occulter la conversion à l’islam de l’otage Sophie Pétronin, libérée huit jours plus tôt.

À Rabat, les responsables sécuritaires se disent en outre préoccupés par le fait que ces élucubrations aient été reprises sans aucune distance par le site de la Radio-télévision turque d’État en arabe. Le 22 octobre, TRT Arabi a en effet diffusé un long article à charge intitulé « Le Maroc et les cellules terroristes : vérité ou exagération gouvernementale ? », dont Mohamed Hajib est la principale source.

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