Politique

« Consultations nationales » en RDC : Joseph Kabila prépare l’offensive

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 28 octobre 2020 à 17h51
Joseph Kabila dans le jardin de son ranch de Kinshasa, en décembre 2018

Joseph Kabila dans le jardin de son ranch de Kinshasa, en décembre 2018 © JOHN WESSELS/AFP

Le FCC de Joseph Kabila prépare sa riposte après l’annonce de consultations nationales par Félix Tshisekedi. Jeune Afrique a obtenu le contenu des échanges de la dernière réunion du PPRD, qui révèlent les contours de la stratégie de l’ex-président.

Après une première réunion initiée le 26 octobre à Kingakati par Joseph Kabila, le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de l’ancien président, continue d’ajuster sa stratégie en amont des consultations politiques annoncées le 23 octobre par Félix Tshisekedi.

Le 28 octobre, c’est cette fois Emmanuel Ramazani Shadary, le secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) qui a convoqué les députés nationaux au Chapiteau Rubis, à Kinshasa. Réagissant au discours du chef de l’État, qui doit entamer des discussions pour parvenir à une « union sacrée », l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 a affirmé que « tout acteur qui comprend bien la situation, voit que l’objectif est d’isoler le PPRD et plus encore le FCC et donc, le président Kabila ».

Accord secret

Lors de son discours devant les élus du PPRD, Ramazani Shadary est longuement revenu sur la dégradation de leurs relations avec le camp de Félix Tshisekedi, ainsi que sur ce qu’il estime être une violation de l’accord secret signé entre ce dernier et Joseph Kabila. « Lorsque les deux partenaires ont signé leur accord, j’en ai été le témoin privilégié. Il n’y a qu’une seule copie qui est gardée par le président Kabila », a-t-il affirmé devant les députés.

« Dès le mois de juin 2019, nous avons constaté que notre partenaire commençait à passer outre certaines dispositions de cet accord, jusqu’à commencer à violer la Constitution avec la nomination des mandataires de la SNCC (Société nationale des chemins de fer du Congo) et de la Gécamines. La dernière violation en date, ce sont ces nominations au niveau de l’armée et de la justice », a-t-il poursuivi. Et de considérer que « dans ce combat, la Ceni et la Cour constitutionnelle constituent une ligne rouge ».

Ramazani Shadary a également accusé le camp présidentiel de ne pas avoir respecté les engagements pris par le passé. « Il y a eu l’accord de Genève qu’ils n’ont pas respecté, puis celui de Nairobi avec Vital Kamerhe. Maintenant, notre accord – appelons le “accord de GLM” parce que nous l’avons signé à Kinshasa –, ils sont en train de marcher dessus”.

« Actions de résistance »

Alors que nombre d’observateurs s’interrogent sur la position officielle qu’adoptera le FCC vis-à-vis des consultations annoncées par Tshisekedi, Joseph Kabila va recevoir, selon nos informations, les membres du FCC le 29 octobre à Kingakati. Une retraite de deux jours permettra ensuite de convenir d’une réponse collective.

Ces consultations ne vont pas aboutir », menace Ramazani Shadary

“Après ça, nous ferons une déclaration qui engagera tous les partis politiques du FCC, puis nous lancerons des actions de résistance”, a précisé Ramazani Shadary, appelant les participants à “sensibiliser la population”.

“Après le discours [de Félix Tshisekedi] nous n’avons pas réagi parce que le chef [Joseph Kabila] nous a appelé et nous a demandé de garder le silence, a-t-il poursuivi. Pour le moment, notre communication doit rester sur la violation de la Constitution. Nous n’allons pas changer. C’est eux qui vont changer.”

Pas de débauchage, ni de dissolution

Le secrétaire permanent du PPRD a en outre affirmé à ses députés ne pas croire en la réussite des consultations nationales. « Prenez date aujourd’hui, ces consultations ne vont pas aboutir. Il va revenir vers nous, il n’a pas d’autre choix. Le président n’a pas de majorité pour former un gouvernement. Si on refuse ces consultations, cela veut dire que l’on doit passer en cohabitation. Mais est-ce que vous voyez le président actuel l’accepter et devenir une simple machine à signer ? Ce n’est pas faisable. »

« Ce qui va marcher pour eux, c’est le débauchage. Nous sommes au courant que les députés nationaux sont consultés par d’autres familles politiques, mais je ne vois pas comment ils vont prendre 50 députés PPRD pour faire un autre groupe. (…) Prenez l’argent mais ne signez nulle part, c’est l’argent du Trésor public. C’est ce qu’eux aussi disaient. Prenez l’argent, mais ne changez pas de position. »

Dans ce discours virulent, l’ancien candidat à la présidentielle a enfin affirmé ne pas croire à une éventuelle dissolution. « Le jour où ils tenteront leur dissolution (du Parlement), ça sera la fin. Renvoyer 500 politiques au chômage, c’est mettre le feu dans ce pays. il ne le fera pas. S’il le fait, on va faire ce qu’il faut faire. »

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