Pétrole & Gaz

Gabon : le sauve-qui-peut des compagnies pétrolières

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Mis à jour le 29 octobre 2020 à 11h53
Gamba, l'ancienne plateforme pétrolière gérée par Shell, au Gabon.

Gamba, l'ancienne plateforme pétrolière gérée par Shell, au Gabon. © Sven Torfinn/PANOS-REA

Sinopec, BW Offshore et même Total pourraient emboîter le pas à Shell et réduire drastiquement leur activité au Gabon, ou même quitter le pays, faute de soutien de l’État face à la Cemac et à l’Opep.

Rien ne va plus entre les compagnies pétrolières et le Gabon. Pourtant, il y a six mois, les tensions récurrentes – notamment fiscales – entre les groupes extractifs et les autorités semblaient s’aplanir du fait des efforts d’investissement consentis par les premiers.

Alors que la production d’or noir du pays était sur une pente légèrement descendante depuis une dizaine d’années, faute de nouvelle découverte majeure, le Gabon avait réussi un petit rebond de ses volumes de 12 % en 2019, atteignant les 218 000 barils par jour cette année-là.

Une croissance principalement due aux efforts des deux premières compagnies extractives du pays, Perenco (autour de 50 000 barils de production nette au 1er janvier 2020) et Assala (environ 40 000 barils par jour), toutes deux spécialisées dans l’optimisation des champs matures repris à des majors, principalement Total pour la première et Shell pour la seconde.

À l’Opep, un engagement « incompréhensible »

Depuis sa création mi-2017, Assala a investi quelque 300 millions de dollars dans le pays pour stabiliser puis augmenter sa production et entendait, avant la pandémie, allouer au pays la même enveloppe en 2020. De son côté, en février 2020, à la signature de trois nouveaux accords de partage de production avec Libreville, Perenco a indiqué qu’il dépenserait 90 millions de dollars pour les seules activités d’exploration dans le pays ces prochaines années.

Seulement voilà, l’engagement pris par le gouvernement du Gabon, à nouveau membre de l’Opep depuis 2016, de participer aux efforts de réduction de la production de l’organisation n’est pas du tout du goût des pétroliers du pays.

« On ne comprend pas pourquoi le Gabon, qui ne pèse pas grand-chose à l’échelle mondiale – autour de 200 000 barils jour en moyenne ces dernières années -, a cédé aux demandes de l’Arabie saoudite – 11,8 millions de barils par jour au compteur – de baisser ses volumes de 23 % », s’interroge un responsable pétrolier.

Mauvais élève

« Libreville a poussé les compagnies à investir pour enrayer le déclin de sa production et voilà que le gouvernement veut restreindre leurs ambitions », regrette encore le même interlocuteur.

Même si la plupart des compagnies ont fini, selon nos informations, par se plier à cette injonction gouvernementale de baisse des volumes, le ministre du Pétrole a eu beaucoup de mal à s’imposer : le Gabon a ainsi été pointé comme l’un des sept mauvais élèves (sur 13) qui ont dépassé leurs quotas de production de brut de mai à août dernier malgré leurs engagements auprès de l’Opep+. Début octobre, il n’avait toujours pas soumis à l’organisation son plan de compensation pour corriger le tir, et ce alors qu’il avait jusqu’au 25 septembre pour le faire.

Au-delà de la question cruciale de ces quotas de production restreints, l’autre grosse pierre d’achoppement entre compagnies pétrolières et autorités reste le dossier de la réglementation de la zone Cemac sur les changes, qui oblige à détenir des comptes et effectuer certaines transactions – notamment les sorties d’argent du territoire – en F CFA, et non plus en euros ou dollars.

Accès compliqué aux prêts bancaires

Malgré un soutien officiel de Libreville aux pétroliers et aux miniers –  tel qu’Eramet, l’actionnaire principal de la Comilog – qui militent pour être exempté de cette obligation, la position de la Cemac n’a pas bougé d’un iota.

« Il va devenir impossible d’obtenir des prêts bancaires pour des projets pétroliers gabonais », en conclut un dirigeant du secteur, qui en veut pour preuve l’impossibilité pour la petite compagnie BW Offshore – dont la production nette est d’environ 10 000 barils par jour au Gabon – d’obtenir l’approbation d’un prêt syndiqué.

Dans les conditions actuelles – limitation de la production, réglementations compliquant le montage des projets, mais aussi climat politique et social difficile et pression fiscale importante – plusieurs groupes pétroliers disent envisager de quitter le pays, un mouvement amorcé par Shell en 2017, la major étant totalement désengagée depuis 2019.

Pour Total, le Gabon n’est plus une priorité

Addax Petroleum, filiale du chinois Sinopec et troisième producteur du pays (avec environ 25 000 barils par jour) qui a subi plusieurs conflits sociaux, est ainsi en train de réduire drastiquement la voilure au Gabon. Faute de financements, BW Offshore pourrait lui emboîter le pas.

Quant à Total, quatrième producteur du Gabon en 2019 (avec environ 18 000 barils par jour de production nette), qui a revendu une bonne partie de ses champs pétrolifères à Perenco en 2018 et 2020, il a clairement indiqué que le pays ne serait plus prioritaire pour lui, faute de nouvelle découverte de gisement de classe mondiale.

Le géant pétrolier français, omniprésent jadis à Libreville, n’a d’ailleurs pas annoncé de grande campagne d’exploration dans le pays, privilégiant actuellement l’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigeria, et même la Namibie. Le Gabon n’est plus que le 6e pays contributeur à la production de Total issue du continent, loin derrière le Nigeria, l’Angola, le Congo, la Libye et l’Algérie.

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