Politique

Algérie : pourquoi Abdelmadjid Tebboune a été admis à l’hôpital

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Le président Abdelmadjid Tebboune lors de la conférence sur le plan de relance à Alger en août 2020.

Le président Abdelmadjid Tebboune lors de la conférence sur le plan de relance à Alger en août 2020. © Billal Bensalem/NurPhoto/AFP

Selon nos informations, le président algérien séjourne à Ain Naâdja depuis une semaine.

Il y a eu d’abord l’annonce d’un isolement volontaire, puis l’aveu de son hospitalisation. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a été admis à l’hôpital militaire de Ain Naâdja, sur les hauteurs d’Alger, selon un communiqué de diffusé par Algérie Presse Service (APS) mardi 27 octobre en fin de journée.

La présidence ne précise pas les raisons de son hospitalisation ni la date de son admission. Sur recommandation de ses médecins, le président a intégré une unité de soins spécialisés de l’hôpital central de l’armée à Alger, indique la même source qui précise que l’état de santé du président algérien est « stable et n’inspire aucune inquiétude ».

« Un confinement volontaire »

Bien qu’aucune indication n’a été fournie officiellement sur les raisons de son admission dans l’établissement militaire, tout indique que le chef de l’État a été contaminé par le Covid-19.

Samedi 23 octobre, la présidence annonçait que le staff médical présidentiel a recommandé à Abdelmadjid Tebboune, d’observer « un confinement volontaire » de cinq jours, après que plusieurs cadres supérieurs de la présidence et du gouvernement ont présenté des symptômes de contamination au nouveau coronavirus.

Le président algérien est donc a minima cas-contact. Selon nos informations, Abdelmadjid Tebboune se trouve à Ain Naâdja depuis une semaine, ce qui expliquerait ainsi le report d’une réunion du Conseil des ministres qui devait se tenir dimanche 18 octobre. La veille, la présidence invoquait l’agenda du chef de l’État et des « raisons techniques » pour expliquer cette annulation.

Admis dans un pavillon de Ain Naâdja, sa chambre est sous haute protection

Admis dans un pavillon de Ain Naâdja, sa chambre est sous haute protection, et les visites dans cet hôpital qui accueille des patients de l’institution militaire ainsi que des civils sont désormais strictement contrôlées. Selon des sources internes, l’état de santé de Tebboune n’inspire pas d’inquiétude. Âgé de 74 ans, le président est un gros fumeur bien qu’on ne lui connaisse pas de pathologies sérieuses ou de maladies chroniques.

Depuis le début de la pandémie en mars 2020, des mesures draconiennes ont été mises en place au siège de la présidence pour protéger le chef de l’État. Sa grade rapprochée est soumise presque quotidiennement à des tests PCR et son staff médical lui a souvent recommandé d’alléger son agenda pour éviter tout risque de contamination.

Le Premier ministre Abdelaziz Djerad, au contraire, continue lui d’exercer ses fonctions de façon ordinaire, et n’a pas été isolé alors que plusieurs membres du gouvernement ont été contaminés, dont la secrétaire d’État chargée du sport d’élite, Salima Souakri, qui a annoncé être atteinte du virus le 9 octobre. Le 27 octobre, Abdelaziz Djerad a par exemple animé un meeting électoral à l’université d’Alger pour inciter les Algériens à voter le 1er novembre prochain à l’occasion du référendum sur la nouvelle constitution.

Règles sanitaires strictes à El Mouradia

Plusieurs ministres font campagne en faveur du référendum à l’instar du Premier ministre, et aucune mesure de mise en quarantaine n’a été annoncée concernant ces membres de l’exécutif qui sont pourtant eux aussi cas-contact. Une légèreté surprenante dans la mesure où des règles sanitaires très strictes ont été mises en place au palais d’El Mouradia depuis le début de la pandémie en mars 2020, qui a fait 1931 victimes à ce jour.

La divulgation de l’information sur l’hospitalisation du chef de l’État tombe ainsi en plein milieu de la campagne électorale pour le referendum du 1er novembre, où la présence de Tebboune est attendue pour l’accomplissement de son devoir électoral.

Une prolongation de son séjour hospitalier au-delà du 1er novembre ne manquerait pas de nourrir des inquiétudes sur la réalité de son état de santé

Une éventuelle prolongation de son séjour hospitalier au-delà de cette date ne manquerait pas de nourrir des inquiétudes sur la réalité de son état de santé. Quoi qu’il en soit, le président algérien ne pourra pas inaugurer, comme il était prévu ce mercredi soir, la salle de prière de la grande mosquée d’Alger.

Inauguré en février 1987 sous la présidence de Chadli Bendjedid, l’hôpital militaire de Ain Naâdja est le nec plus ultra des établissements hospitaliers d’Algérie. Équipements modernes, médecins hautement qualifiés, discipline et rigueur militaire : il offre toutes les commodités pour une prise en charge de toutes les pathologies, mêmes les plus graves.

Toutefois, les hauts dirigeants algériens lui préfèrent généralement les hôpitaux européens. Hormis deux brèves admissions pour soigner un ulcère hémorragique en novembre 2005 et son AVC d’avril 2013, l’ancien chef de l’État Abdelaziz Bouteflika ne se rendait jamais à Ain Naâdja pour y être soigné. Quand il ne se rendait pas au Val-de-Grâce ou dans une clinique de Montpellier, Bouteflika se faisait soigner au CHU de Genève où il a séjourné en mars 2019, un mois avant sa démission forcée.

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