Sport

Tunisie – Taoufik Mkacher : « Wadie el-Jary règle ses comptes avec le CS Chebba, et surtout avec moi »

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Mis à jour le 28 octobre 2020 à 11h18
L'homme d'affaires et président du club CS Cheba Taoufik Mkacher.

L'homme d'affaires et président du club CS Cheba Taoufik Mkacher. © DR

Depuis une dizaine de jours, les manifestations se succèdent contre la suspension du CS Chebba de toutes les compétitions nationales. Le président du club, Taoufik Mkacher, ne décolère pas.

Le Croissant sportif Chebba (CSC) s’apprêtait à démarrer la saison de Ligue 1 le 7 novembre. Mais la Fédération tunisienne de football (FTF) a annoncé sa suspension de toutes les compétitions nationales de 2020-2021. Elle n’aurait pas réglé des amendes et pas envoyé certains documents administratifs dans les délais impartis. Les supporters, mais aussi les habitants de la petite ville (22 000 habitants) ne digèrent pas cette sanction. Les points d’entrées de Chebba ont été bloquées, et les manifestations sont quotidiennes.

Le 19 octobre, presque tous les commerces et les administrations ont fermé leurs portes. Le Comité national olympique tunisien (CNOT) dit regretter la décision de Wadie el-Jary, président de la FTF, dont beaucoup pointent l’autoritarisme. Le président du CSC, l’homme d’affaires Taoufik Mkacher, a accepté de donner, sans langue de bois, sa version d’une affaire qui a pris une tournure politique.

Jeune Afrique : Quelle est la situation à Chebba plus d’une semaine après l’annonce de la FTF ?

Taoufik Mkacher : Ce ne sont pas seulement les supporters qui crient à l’injustice, mais tous les habitants de la ville, de la région. On a aussi reçu le soutien de beaucoup de Tunisiens. La colère n’est pas retombée. Il y a des manifestations tous les jours, alors que la ville est d’ordinaire très calme. Le 19 octobre, il y a eu une grève quasi générale. Chebba était ville morte. Nous avons même appris que plusieurs habitants envisagent une migration collective vers l’Italie ce mercredi.

Car si la décision de la fédération est maintenue, elle scellera la mort du club. On ne pourra participer ni aux championnats de Ligue 1 ou de Ligue 2, ni à la Coupe de Tunisie. On évoluera au mieux en Division 4. Cela signifie qu’outre les joueurs et le staff technique, le personnel administratif et les éducateurs vont perdre leur emploi. Et que vont devenir nos jeunes footballeurs ? Cette sanction est injuste et scandaleuse, et ses conséquences, dramatiques.

La FTF avance comme argument que le CS Chebba n’a pas payé toutes ses amendes dans les temps…

Ce n’est qu’un prétexte ! Avec cette décision, qu’il a prise presque seul, Wadie el-Jary règle ses comptes avec le CSC, et surtout avec moi. Il ne veut plus de ce club au niveau professionnel. Oui, nous avons été sanctionnés. Le montant des amendes, 180 000 dinars, nous a été communiqué le 28 septembre… pour un paiement le 30 septembre ! Nous avons fait appel.

Le secrétaire général du CSC et moi-même avons également été punis, avec une interdiction d’exercer tout mandat dans le football pendant deux ans, assortie d’une amende.

Wadie el-Jary sert son propre intérêt, celui de sa famille et de son clan.

Wadie el-Jary explique que le CSC a diffusé sur sa page Facebook des propos insultants et diffamatoires à son encontre et à celle de certains officiels…

Nous avons le droit de nous exprimer, non ? Qu’avons-nous dit ? Que Wadie el-Jary n’agissait pas pour le bien du football tunisien, mais servait son propre intérêt, celui de sa famille et de son clan. Il dirige la fédération d’une manière autoritaire. Il fait preuve d’arrogance, il veut tout décider seul. Vous croyez que les autres membres de la FTF ont eu leur mot à dire dans la sanction qui touche le CS Chebba ?

 

Outre sa façon de diriger la fédération, que lui reprochez-vous ?

Il est hostile à toute initiative. Par exemple, avec d’autres clubs, nous avions émis l’idée de créer un syndicat des présidents, afin de pouvoir gérer nous-mêmes les droits télé, ou notre sponsoring. Jary ne veut pas en entendre parler. Il veut tout contrôler. C’est la fédération qui reçoit les droits télé, qu’elle reverse ensuite en partie aux clubs. Mais entre ce qu’elle perçoit et ce qu’elle distribue, l’écart est énorme. On devrait toucher 150 000 dinars par saison. Or c’est plutôt 40 000 ou au mieux 50 000…

Le problème, avec ce dirigeant, c’est que tout dialogue, toute critique sont impossibles. Ce qui l’intéresse, ce sont ses propres ambitions.

On évoque sa possible candidature à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF)…

Oui. Et tout le monde sait qu’il a aussi des ambitions politiques. Pour le moment, il faut qu’il agisse pour le bien du football tunisien. C’est sa mission.

On ne peut pas radier un club comme ça. 400 joueurs sont laissés sur le carreau

Le CSC en a-t-il appelé au gouvernement ?

Bien sûr. On ne peut pas se permettre de radier un club comme ça. Il y a des emplois en jeu et 400 jeunes joueurs laissés sur le carreau. Et ce par la volonté d’un seul homme. J’espère que le ministère des Sports va intervenir. Le Comité olympique tunisien nous a apporté son soutien, quelques clubs aussi.

Envisagez-vous de faire des recours ?

Évidemment. Devant la Fifa, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS)… On va déposer tous les recours possibles. En attendant, les joueurs et le staff technique continuent de travailler. Ils font preuve d’un grand professionnalisme. Je me suis engagé auprès des joueurs à leur payer leur année de contrat si la suspension du club pour la saison 2020-2021 devient effective.

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