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Cameroun, Madagascar, Congo : BCP face à la difficile intégration de ses nouvelles filiales

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Siège administratif Banque Populaire de Casablanca au Maroc.

Siège administratif Banque Populaire de Casablanca au Maroc. © Guillaume Mollé pour JA

L’intégration des trois banques acquises fin 2019 par la Banque centrale populaire met plus de temps que prévu à booster la part subsaharienne des revenus du groupe. Le décryptage de Jeune Afrique.

Il y a un an, les dirigeants de la Banque centrale populaire (BCP) (9e du classement de Jeune Afrique) finalisaient le rachat de 71 % du capital de la Banque de Madagascar et de l’océan Indien (BMOI), auprès du groupe BPCE. Il s’agissait de la troisième filiale africaine appartenant à la banque française enrôlé en 2019 par BCP après la BCI (100% du capital) en République de Congo et la Bicec (68,5% du capital) au Cameroun à la suite d’un accord signé entre les deux banques fin 2018.

« Il ne s’agissait pas du deal du siècle, mais les banques rachetées sont censées compléter un maillage que les dirigeants de la banque ont en tête et qui répond à leur stratégie de développement. L’étape suivante, c’est de réussir leur intégration », commente un consultant dans l’un des grands cabinets de la place, qui connaît bien le secteur bancaire.

L’imprévu du Covid-19

L’empreinte géographique africaine de la deuxième banque du royaume, présidée par Mohamed Karim Mounir, s’étend donc davantage pour couvrir désormais 18 pays.

Menées par Kamal Mokdad, directeur général de BCP chargé de l’International, les négociations se sont déroulées sans obstacles majeurs, mais les deux groupes, cotés en Bourse, n’ont jamais communiqué sur le montant du deal. Ni BCP ni BPCE n’ont, d’ailleurs, voulu répondre à nos questions.


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« L’intégration est un processus assez long. Il faut en temps ordinaire douze à dix-huit mois avant que les nouvelles filiales ne soient identiques aux autres. Mais ce que Kamal Mokdad et ses équipes n’avaient pas prévu, c’est l’avènement d’une crise sanitaire et économique comme celle que nous vivons en ce moment », explique notre consultant.

Objectifs non atteints

La crise du covid-19, estime notre source, va retarder le jour où BCP aura réussi l’assimilation des trois nouvelles banques qui continuent à exercer ces derniers mois de façon quasi inchangée : « Le peu qu’a pu faire BCP, c’est de revoir les aspects structurels pour maîtriser les risques crédit et opérationnels. Les changements de gouvernance et de systèmes d’informations nécessitent plusieurs déplacements, et n’ont pu être modifiés qu’à la marge. La priorité pour les trois filiales est d’abord de traverser cette crise avec le moins de dégâts possible ».

Autrement dit, les objectifs chiffrés de BCP pour 2020 ne seront pas atteints. « Nous comprenons que BCP recherche de nouvelles opportunités en Afrique pour accroître la contribution et s’aligner progressivement sur ses concurrents nationaux (Attijariwafa Bank – 33,2% pour l’Afrique hors Maroc- et BMCE Bank Of Africa – 40% pour l’international, ndlr). Les récentes acquisitions vont dans ce sens », explique S&P dans une note concernant la banque marocaine.

Dans sa feuille de route baptisée « Élan 2020 », Mohamed Benchaaboun, qui était président de BCP avant de devenir ministre des Finances à la fin de 2018, voulait que l’international, dont les filiales en Afrique subsaharienne, représente 30 % du PNB consolidé.

Jusqu’à 10 % de PNB additionnel

Ce taux ne sera certainement pas atteint en fin d’année, même si BCP a réalisé un premier semestre enviable. Son PNB a progressé de presque 14 % pour atteindre 10 milliards de dirhams, grâce notamment à l’élargissement du périmètre de consolidation avec les trois nouvelles banques subsahariennes.

La contribution globale de l’international a atteint 25 % alors qu’elle n’était que de 19 % à fin 2018. « Dans les prévisions de la banque et avant l’arrivée du Covid-19, on se disait que le poids de l’international serait de 28 % en fin d’année. Mais nous manquons désormais de visibilité et il est difficile de prévoir comment 2020 se terminera », nous confie un cadre de BCP.

En 2012, quand BCP entamait son aventure en dehors des frontières du royaume, en acquérant les actifs de Banque Atlantique – devenue la holding qui gère les actifs en Afrique subsaharienne – le PNB à l’international représentait 12 % du PNB consolidé.

« Une fois que les trois nouvelles banques seront bien intégrées, la part de l’international au sein du groupe devrait représenter autour de 35 %. Ces actifs vont pouvoir injecter, après le retour à la normale, jusqu’à 10 % de PNB additionnel », assure notre source interne.

BTP, immobilier et télécoms en secteurs cibles

Selon les analystes marocains, à partir de 2021 BCP devra s’atteler à des chantiers majeurs – contrer la perte de clients et la réduction des marges, notamment – et devra définir des pistes pour le développement des actifs récemment acquis.

« Il y a forcément des actifs plus intéressants que d’autres, ou qui présentent un meilleur potentiel. La BMOI de Madagascar sera sûrement la plus rentable et la Bicec permettra à termes à BCP de devenir leader au Cameroun », décrypte un analyste financier de la place casablancaise.

Le groupe marocain continuera, selon les déclarations de notre source à BCP, à accompagner les chantiers en infrastructures stratégiques et restera aux côtés des entreprises, marocaines et internationales, du BTP et de la construction. L’immobilier est aussi un secteur très apprécié par BCP tout comme les télécoms qui connaissent, tous les deux, des taux de croissance assez importants.

S’affirmer sur le marché camerounais

Au Cameroun, BCP a changé de directeur financier à la finalisation de l’acquisition et c’est Rochdi Sanhaji, un pur produit de la banque marocaine, qui a été choisi pour faire de la Bicec, 3e acteur national, le leader du pays dans les années à venir.

Il est à noter que Banque Atlantique Cameroun n’avait pas été cédée à BCP lors des transactions de 2012, restant dans le giron du groupe de l’entrepreneur ivoirien Bernard Dossongui Koné.


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À Madagascar, l’ambition pour BCP est de capter un maximum des flux financiers en provenance d’Asie.

Le défi congolais

La Banque commerciale internationale (BCI), dans le Top 5 en République du Congo, s’annonce de son côté comme la plus difficile à réformer.

Son total de bilan était de 148 milliards de F CFA en 2017 (226 millions d’euros), pour un produit net bancaire de 14,4 milliards de F CFA, soit son plus bas niveau depuis 2015. Le bénéfice du groupe était inférieur à 1 milliard de F CFA en 2017 – derniers chiffres publiés. La banque dirigée par André Collet est cependant bien implantée à l’intérieur du pays, un atout sur lequel BCP pourrait s’appuyer.

Il n’en demeure pas moins que la capacité bilancielle de BCP va jouer sur son aptitude à glaner des parts de marchés, car les besoins en capitaux des entreprises et des gouvernements seront très importants après la crise. Si la banque a déjà réalisé une augmentation de capital en mars dernier – de 2,2 milliards de dirhams -, tout laisse à croire qu’une ou deux autres opérations suivront prochainement.

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