Politique

Cameroun : le massacre de Kumba relance le débat sur la résolution du conflit en zone anglophone

| Par - à Yaoundé
Une marche d'élèves, de professeurs et de parents d'élèves après le massacre de Kumba, dans le Sud-Ouest du Cameroun, le 24 octobre 2020.

Une marche d'élèves, de professeurs et de parents d'élèves après le massacre de Kumba, dans le Sud-Ouest du Cameroun, le 24 octobre 2020. © Josiane Kouagheu/REUTERS

L’option militaire choisie par Yaoundé pour ramener la paix dans les régions anglophones divise les acteurs politiques après le massacre, le 24 octobre, de huit élèves dans une école de Kumba, dans le Sud-Ouest.

Depuis bientôt quatre ans, le lundi est traditionnellement une journée « ville morte » dans les régions anglophones. Ces dernières semaines, une timide reprise de l’activité avait été observée mais, ce 26 octobre, les rues de Kumba (Sud-Ouest) sont désertes. La ville pleure la mort de huit élèves du collège Mother Francisca, tués deux jours plus tôt par des hommes armés non identifiés. La peur de nouvelles violences a achevé de convaincre ses habitants de rester chez eux.

Manifestations

Dans les autres villes du pays en revanche, c’est dans la rue que les Camerounais ont laissé éclater leur colère. À Douala comme à Yaoundé, des organisations de la société civile ont défié l’interdiction de manifester décrétée il y a un mois. Dans la capitale, des femmes se sont retrouvées, boulevard du 20 mai, pour dire leur indignation face à ce drame.

La veille, des représentants des églises évangéliques et pentecôtistes de Bafoussam, ainsi que l’évêque de Kumbo (Nord-Ouest), avaient organisé des processions pour réclamer la fin de la crise dans les régions anglophones. La colère a également gagné la diaspora, notamment en France, où des gerbes de fleurs ont été déposées devant l’ambassade du Cameroun à Paris.

« J’interpelle le président de la République. Ordonnez à l’armée de mettre ces terroristes hors d’état de nuire ! »

L’union sacrée observée aux premières heures n’aura pas duré et s’est transformée en une houleuse joute verbale sur l’option militaire choisie par Yaoundé. Si certains appellent au dialogue avec les leaders sécessionnistes, d’autres exigent davantage de fermeté de la part de l’État.

Au cours d’une conférence de presse organisée au siège de son parti le 26 octobre, l’opposant Cabral Libii a invité les autorités à « prendre [leurs] responsabilités avec une fermeté à la mesure de l’horreur ». « J’interpelle le président de la République. […] Ordonnez à l’armée de mettre ces terroristes hors d’état de nuire avant le 1er janvier 2021 », a martelé le leader du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN).

« Les séparatistes armés ne veulent pas autre chose que la sécession, affirme le politologue Mathias Éric Owona Nguini, réputé proche du pouvoir. On ne pourra pas sortir du conflit si on ne les a pas neutralisés. L’usage de la force est impératif. Les luttes de souveraineté se gèrent avec une lucidité froide plutôt qu’avec un sentimentalisme candide ou une puérilité démagogique. »

« L’option militaire n’est pas la solution »

Mais la stratégie militaire ne convainc pas l’ensemble de la classe politique camerounaise. Au sein du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), on estime que seul le dialogue permettra une sortie de crise et l’on rappelle volontiers le fait que le secrétaire général de l’ONU a manifesté sa disponibilité à « soutenir un processus de dialogue inclusif menant à une sortie de crise ». « Les propos d’António Guterres montrent non seulement que le dialogue est la seule solution, mais surtout que ce qui a été fait jusqu’alors et qu’on a appelé ‘Grand dialogue national’ n’en était pas un», commente un cadre du parti de Maurice Kamto.

« Il est désormais clair que l’option militaire qui avait été choisie pour la résolution de ce conflit n’est pas la solution, ajoute Paul Mahel, porte-parole de l’ancien candidat à la présidentielle Akere Muna. Voilà plus de trois ans que cette guerre a commencé et elle tend à se transformer en bourbier avec des morts, tant civils que militaires, qui se comptent désormais par milliers. Il faut explorer les alternatives que nous avons. »

Dans ce concert de voix et de propositions dissonantes, Yaoundé entend garder le cap. Pour le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, il ne fait aucun doute que l’attentat de Kumba est l’œuvre des sécessionnistes et qu’il « traduit [leur] désarroi et la déroute des bandes armées ».

Sur les antennes de la télévision nationale, l’éditorialiste Ibrahim Cherif a affirmé que les évènements de Kumba ne remettraient pas en cause l’engagement pris par le gouvernement pour résoudre la crise. « Si tel était l’objectif des auteurs de la barbarie de Kumba, ils se trompent, a-t-il insisté. L’accélération de la décentralisation est sans conteste en marche, notamment pour le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, auxquelles un statut spécial a été octroyé […] Il en est de même pour le plan présidentiel de reconstruction des deux régions. »

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