Cinéma

« ADN », un film de Maïwenn fier et drôle, comme les Algériens

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Le scénario d’ADN, comme celui des précédents films de la réalisatrice, résonne avec des épisodes marquants de son existence.

Le scénario d’ADN, comme celui des précédents films de la réalisatrice, résonne avec des épisodes marquants de son existence. © Malgosia ABRAMOWSKA

Dans son nouveau long-métrage survitaminé, « ADN », la réalisatrice et actrice Maïwenn réussit à métamorphoser un drame familial en comédie.

Emir, le grand-père algérien de Neige, vit dans une maison de retraite. Sa petite-fille, l’héroïne du film, est divorcée et mère de trois enfants. L’ancien militant indépendantiste l’a élevée et protégée face à des parents défaillants voire maltraitants. Elle le considère comme l’homme le plus attachant et même le plus important de son entourage. Sa mort va donc la bouleverser et la conduire à s’interroger sur ses origines et sur tous les aspects de son identité. « »

Crise aiguë

Dans une atmosphère malsaine, car ce décès et la gestion de l’enterrement vont faire resurgir tous les différends, et parfois les haines, qui empoisonnent depuis longtemps les relations entre les membres de la famille – ouvertement ou non. En particulier les échanges pour le moins difficiles (depuis toujours) entre Neige et son père et, surtout, entre Neige et sa mère, la fille d’Emir. Leurs rapports conflictuels vont alors prendre un tour violent.

Une situation de crise aiguë que Neige va pouvoir apaiser par la recherche de son ADN, au sens figuré comme au sens propre. Notamment parce qu’elle va ainsi renouer avec ses racines algériennes. Au point de désirer séjourner dans le pays et de se lancer carrément dans une aventure administrative pour demander, et obtenir, la nationalité algérienne. Un antidote au chagrin ?

Un tel résumé pourrait faire croire qu’on va assister à un film des plus sombres, à un véritable drame familial.

Certes, l’histoire que conte ADN n’est pas des plus joyeuses. Mais ce film survitaminé comme l’est son héroïne – ce qui n’est pas une surprise pour qui a vu les précédentes réalisations et interprétations de Maïwenn – vire aussi dans maintes scènes à la comédie.

Plus de rires que de larmes

Pour ne citer que celles-là, les réunions au cours desquelles la famille débat de quel bois devra être constitué le cercueil du défunt, puis du lieu de l’inhumation – en France ou en Algérie ? – provoquent plus de rires que de larmes chez les spectateurs. Le sens de l’humour inné de la cinéaste lui évite toujours de verser dans le pathos même lorsqu’elle évoque des épisodes tragiques ou douloureux pour ses personnages. Et notamment quand elle met en scène la mère de Neige, une femme toxique et volontiers hystérique, mais aussi touchante, qu’incarne avec brio une Fanny Ardant au sommet de son art.

Le scénario d’ADN, comme celui des précédents films de la réalisatrice, résonne avec des épisodes marquants de son existence. Ainsi, le véritable grand-père algérien de Maïwenn est mort il y a quelques années et celle-ci avait alors demandé la nationalité algérienne. Une démarche peu banale, on peut le remarquer, à une époque où les désirs de traverser la Méditerranée s’expriment surtout du sud vers le nord.

Cependant, ne dites surtout pas à Maïwenn qu’ADN est à bien des égards autobiographique. Sans doute inquiète du risque de voir son œuvre réduite à une chronique de sa propre vie ou à une sorte d’autofiction cinématographique à visée plus ou moins thérapeutique, elle se récrie immédiatement. Non, même si son scénario croise quelques événements réels, il s’agit, comme pour toute véritable œuvre artistique, d’une fiction.

À l’écran, peu importe ce qui est vrai ou faux, insiste-t-elle, la question n’a pas lieu d’être. Elle n’a pas tort de tenir à le rappeler. La force de ce film qui plaide à sa manière pour la tolérance et le multiculturalisme réside plus dans le portrait des personnages et l’intensité des émotions qu’ils expriment que dans le récit proprement dit du deuil problématique du grand-père algérien et de ses conséquences.

Racines maternelles

De fait, l’intérêt de la réalisatrice pour l’Algérie ne s’est jamais démenti tout au long de son existence. Elle passait régulièrement ses vacances à Alger quand elle était enfant puisque ses grands-parents maternels, bien qu’installés en France, y avaient conservé un petit appartement. Et elle n’a jamais cessé depuis lors de séjourner, plus ou moins fréquemment, dans la capitale, où elle a « plein d’amis ».

Ce qui lui a permis d’assister aux manifestations du Hirak, un soulèvement populaire qui l’a profondément touchée. Et dont l’arrêt – Covid oblige – la rend triste, tandis que la répression qui l’accompagne l’indigne – le sort du journaliste Khaled Drareni, condamné récemment à deux ans de prison, lui importe particulièrement, son cas illustrant le péril qui menace les libertés en Algérie.

Mais cela ne l’empêchera pas de continuer à chérir un pays où « les gens sont absolument merveilleux, avec leur joie de vivre et leur sourire permanent malgré la misère dans laquelle ils vivent souvent ». Des gens, dit-on parfois, qui sont fiers et drôles. Comme l’est assurément Maïwenn elle-même, ou en tout cas le personnage qu’elle joue à l’écran.

Les Algériens arrivent toujours à voir ce qu’ils veulent voir

Le film, qui n’a pu bénéficier de la visibilité mondiale que lui aurait assuré sa sélection à Cannes du fait de l’annulation de l’édition 2020 du festival en mai dernier, pourra-t-il être projeté en Algérie ? Pour Maïwenn, peu importe. Car « les Algériens arrivent toujours à voir ce qu’ils veulent voir ».

 

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