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Cet article est issu du dossier «Régionales au Cameroun : les enjeux du scrutin»

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Politique

Cameroun : en zone anglophone, des élections régionales sans suspense mais décisives

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 26 octobre 2020 à 17h55
Les élections régionales auront lieu le 6 décembre au Cameroun.

Les élections régionales auront lieu le 6 décembre au Cameroun. © MABOUP

Dans les régions anglophones en crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le parti au pouvoir sera seul en lice lors des élections régionales du 6 décembre.

Dans un peu plus d’un mois, les conseillers municipaux et chefs traditionnels des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest prendront part aux premières élections régionales du Cameroun. À la différence des huit autres régions du pays, qui sont francophones, le scrutin du 6 décembre permettra d’élire, en plus des conseillers régionaux, les premiers membres de la House of chiefs (Assemblée des chefs traditionnels).

Cette institution post-coloniale a été réhabilitée par les autorités lors du Grand dialogue national, organisé en octobre 2019. Elle vise à accroître l’autonomisation de ces régions traversées par des courants sécessionnistes, qui se sont transformés en conflit armé depuis 2016.

Selon le calendrier d’Elecam, l’organe en charge des élections, la campagne débutera le 23 novembre prochain. Et dans le Nord-Ouest comme dans le Sud-Ouest, seul le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) alignera des candidats.

Décentralisation

Le parti au pouvoir profite en grande partie du désistement du Social Democratic Front (SDF), qui a appelé au boycott des élections. Le parti de John Fru Ndi exige, avant d’organiser toute nouvelle élection, la résolution de la crise qui secoue les zones anglophones. Quant aux autres formations, elles n’ont pas pu présenter de liste complète.

Le RDPC devrait donc logiquement rafler l’ensemble des 70 sièges de conseillers et des 20 sièges de représentants mis en jeu dans chacune des deux régions. Mais l’attention des observateurs est désormais rivée sur le choix des personnalités qui prendront la tête des futures collectivités territoriales.

Yaoundé a fait des régions l’une des clés de voûte du processus de décentralisation et entend s’appuyer localement sur des hommes de confiance pour les diriger. Dans le Nord-Ouest, le professeur Angwafor III Fru Fobushi serait pressenti pour prendre la présidence du conseil régional. Fils du puissant Fon Angwafor III de Mankon, le premier village constitutif de Bamenda, ce médecin par ailleurs directeur général de l’hôpital obstétrique de Yaoundé appartient à une famille proche du pouvoir. De fait, Fon Angwafor III est l’un des vice-présidents du RDPC depuis 1990. Cet ancien député est également, à 95 ans, l’un des trois chefs candidats dans le département de la Mezam, et pourrait donc obtenir un siège à l’Assemblée des chefs traditionnels.

Préoccupation sécuritaire

Dans le Sud-Ouest, l’ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge s’est fortement impliqué dans le choix des candidats à la présidence du Conseil régional. Le chef Mafany Njie Martin aurait les faveurs de cet ancien collaborateur de Paul Biya, ainsi que celles des élites de la région. Mais ses relations conflictuelles avec Okalia Bilai, le gouverneur de la région, pourraient être un handicap.

À Buea, capitale régionale du Sud-Ouest, on n’a toujours pas digéré les événements de mai 2019, lorsque Mafany Njie Martin s’était opposé à la décision du gouverneur de faire défiler les chefs traditionnels lors de la fête nationale du 20 mai. Ce choix lui avait valu l’inimitié du gotha administratif local, mais les faveurs de ses pairs et de la population.

Le 19 octobre dernier, le ministre de la Décentralisation, Georges Elanga Obam, a entamé une tournée dans les deux régions anglophones afin de visiter les sites qui pourraient accueillir les premiers exécutifs régionaux. Conscient des préoccupations sécuritaires d’une partie du collège électoral, le ministre s’est voulu rassurant. « Le gouvernement n’entend laisser aucune fausse note perturber le déroulement de ce processus », a-t-il indiqué.

Face à Georges Elanga Obam, de nombreux conseillers municipaux, maires et chefs traditionnels ont de nouveau plaidé pour un renforcement du dispositif afin qu’ils puissent chez eux. Car en dehors de certaines localités, la situation sécuritaire précaire contraint les membres des exécutifs communaux à résider à Bamenda.

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