Politique

[Édito] La montée en puissance des premières dames

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Mis à jour le 03 novembre 2020 à 13h10

Par  François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

(de g. à dr.) Dominique Ouattara, Antoinette Sassou Nguesso, Jeannette Kagamé, Denise Tshisekedi, Chantal Biya et Marieme Faye Sall

(de g. à dr.) Dominique Ouattara, Antoinette Sassou Nguesso, Jeannette Kagamé, Denise Tshisekedi, Chantal Biya et Marieme Faye Sall © Jacques Torregano/Divergence/ACF pour JA; Vincent Isore/IP3/MAXPPP; DANIEL IRUNGU/EPA/MAXPPP; DIRK WAEM/BELGA/MAXPPP; Bony/SIPA ; SEYLLOU/AFP.

De Marième Sall à Dominique Ouattara en passant par Chantal Biya, Antoinette Sassou Nguesso, Denise Tshisekedi ou Jeannette Kagame, les épouses des présidents ne veulent désormais plus se cantonner au rôle de dames patronnesses.

Plus que jamais, en ces temps de pandémie, elles sont – en tout cas, se veulent – la face « humaine », bienfaitrice et compassionnelle de leur président de mari. Officiellement apolitiques, volontiers conciliatrices, les premières dames pallient comme elles le peuvent en multipliant les dons de masques chirurgicaux, de gel hydroalcoolique, mais aussi de vivres et de vêtements, les carences sociales et sanitaires de l’État.

Publiée il y a quelques mois par le New York Times, une enquête a analysé les performances de quatre femmes de pouvoir dans la lutte contre le coronavirus. Verdict : l’Allemande Angela Merkel, ainsi que ses consœurs de Taïwan, de Nouvelle-Zélande et de Finlande obtiennent en la matière de meilleurs résultats que leurs homologues masculins. Elles sont plus inclusives, plus humbles, plus ouvertes.

Impossible hélas d’établir pareille comparaison en Afrique pour une raison simple : il n’y a plus, sur le continent, de femme chef d’État à l’exception de l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde, dont la fonction purement symbolique se résume à recevoir les lettres de créance et à décerner les médailles. Si Ellen Johnson Sirleaf, Joyce Banda et Catherine Samba-Panza n’ont pas particulièrement brillé par la qualité de leur gouvernance, à tout le moins n’ont-elles pas fait pire – et plutôt mieux – que les hommes qui les ont précédées et leur ont succédé.

Mais quid des premières dames ? Ont-elles changé ? Leur rôle a-t-il évolué au rythme des alternances au sommet de l’État ?

Génération éduquée et diplômée

Premier constat : le temps des épouses fortes, intransigeantes, battantes et clivantes du type Simone Gbagbo, Rosine Soglo ou Grace Mugabe, capables d’encaisser et de rendre coup pour coup, arc-boutées sur la défense radicale du pouvoir de leur mari et volontiers dominatrices, semble révolu. Celui des militantes aussi, comme Winnie Mandela, Graça Machel ou Janet Museveni.

L’époque est à la discrétion, plus conforme à la représentation sociale traditionnelle qui veut qu’un homme qui ne peut « contrôler » sa femme et paraît être manipulé par elle ne saurait diriger un État. Le modèle du couple présidentiel africain tend à se mondialiser, avec la généralisation de tandems à la fois complices et complémentaires et l’affirmation d’une génération de premières dames éduquées et diplômées.

Rumeurs et soupçons

Second constat : même si elles ne sont pas (ou plus) en première ligne sur le front du combat politique, les premières dames demeurent des actrices informelles influentes installées au cœur du pouvoir d’État. Et des cibles guettées sans relâche par les opposants.

Très rares sont celles qui n’ont pas leur mot à dire sur les décisions prises par leur époux

Certes, le temps où Leïla Ben Ali, Suzanne Moubarak, Viviane Wade, Safia Kadhafi et quelques autres ambitionnaient presque ouvertement de constituer des dynasties politico-familiales est lui aussi révolu. Mais pas celui des soupçons, qui visent aujourd’hui Constancia Obiang ou Sylvia Bongo Ondimba, dont les fils Teodorín et Noureddin occupent des positions de pouvoir, encore moins celui des rumeurs, qui s’accordent à placer la famille au cœur de la stratégie des premières dames.

Partenaires précieuses

Il est vrai que très rares sont celles qui n’ont pas leur mot à dire sur les nominations et les décisions prises par leur époux, quand elles ne jouent pas les médiatrices et les intermédiaires de l’ombre, particulièrement en période électorale – leurs ONG caritatives se transformant alors en pôles de mobilisation féminine.

De Marième Sall à Dominique Ouattara, de Chantal Biya à Antoinette Sassou Nguesso, de Hinda Déby Itno à Denise Tshisekedi, de Jeannette Kagame à Ichraf Saïed, la plupart de ces femmes ne sont pas que des dames patronnesses ou des visiteuses du soir, elles sont aussi des partenaires dont l’expertise en matière d’utilisation des ressorts locaux ou communautaires du pouvoir est précieuse pour l’entreprise politico-familiale de leur mari.

« Ma femme est un homme politique », disait Jacques Chirac de son épouse Bernadette. Nul doute que nos femmes puissantes d’aujourd’hui préféreraient souscrire à cette autre petite phrase, signée de l’une de leurs aînées, Margaret Thatcher : « Si vous voulez des discours, demandez à un homme ; si vous voulez des actes, demandez à une femme. »

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