Patrimoine

[Chronique] Monolithes d’Ikom saisis à Miami : l’Afrique toujours pillée

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Mis à jour le 25 octobre 2020 à 17h17

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Monolithes d’Ikom saisis à Miami : l’Afrique toujours pillée

Monolithes d’Ikom saisis à Miami : l’Afrique toujours pillée © Damien Glez

L’hémorragie culturelle africaine n’en finit pas : les douanes américaines viennent d’intercepter des pierres sculptées en provenance du Cameroun et datant de plus de 1 000 ans avant l’ère chrétienne.

Si la tendance diplomatique actuelle est à la restitution d’œuvres d’art africaines spoliées sous les régimes coloniaux, le patrimoine culturel du continent noir n’échappe pas, en contrepoint, à un pillage plus contemporain.

Comme dans un système de vases communicants, sans vergogne, les trafiquants de tout poil continuent de vider l’Afrique de ses richesses ancestrales. Les services douaniers occidentaux en sont parfois témoins, comme cette semaine à l’aéroport de Miami…

Selon un communiqué du 20 octobre dernier, ce sont des pierres sculptées en provenance du Cameroun, connues sous le nom de monolithes d’Ikom – ville du sud du Nigeria, frontalier du Cameroun – qui ont été saisies dans la mégalopole floridienne. Des roches volcaniques « sans-papiers », ou plutôt accompagnées de faux documents administratifs, et dans une quantité que le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) n’a pas précisé.

Trésor archéologique

Même si les négociants des réseaux officiels ou du marché noir s’aventuraient à évaluer le coût de tels objets, ces derniers sont de fait inestimables. Si les pierres gravées ont fière allure avec leurs faciès géométriques dessinés à même la roche, elles n’ont pas qu’une valeur artistique.

Primo, ces œuvres aussi uniques que des empreintes digitales auraient été taillées entre 200 et 1 000 ans avant l’ère chrétienne, une ancienneté qui leur confère le statut de véritable trésor archéologique. Secundo, leurs motifs révèlent, selon l’Unesco, « une forme d’écriture et un système complexe d’informations codifiées ».

Ces roches constituent donc un nouveau témoignage –s’il en était besoin– de l’« entrée dans l’histoire » des civilisations africaines bien avant le Christ, et pas uniquement par le biais d’un art « primitif ».

Les monolithes saisis à Miami devraient être rapidement rapatriés au Cameroun. D’ici quelques mois, d’autres objets anciens pourraient également rejoindre le pays, notamment en provenance de collections françaises.

Les experts indiquent que le seul musée parisien du Quai Branly regorge de 7 800 œuvres camerounaises, sur les 70 000 pièces que compte ce lieu d’exposition dit « des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques » .

Au total, deux tiers du catalogue de cet espace sont potentiellement concernés par la vague de restitution. Il reste à espérer que les autorités culturelles de Yaoundé sauront accueillir, entretenir et valoriser ce trésor au mieux.

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