Politique

Qui est Karim Amellal, le « Monsieur Méditerranée » d’Emmanuel Macron ?

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L'écrivain franco-algérien Karim Amellal, le 7 juin 2019 à Paris.

L'écrivain franco-algérien Karim Amellal, le 7 juin 2019 à Paris. © Julien Jaulin/hanslucas

Nommé ambassadeur pour la Méditerranée, l’écrivain franco-algérien Karim Amellal espère « sublimer » les relations entre les pays de la Méditerranée.

Karim Amellal cultive ses réseaux. Après sa défaite aux municipales de Paris 2020 sous les couleurs de La République en marche, c’est une belle promotion dont le franco-algérien hérite. De la main même du président français Emmanuel Macron. Présenté comme le nouvel ambassadeur pour la Méditerranée, Karim Amellal tient à être précis. « Le titre est “ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée”. Un libellé prometteur. Mais, dans le microcosme du pouvoir auquel Karim Amellal appartient désormais, les langues sifflent, pointant « une coquille vide ».

L’intéressé ne s’en formalise pas. Ces allégations « font partie du jeu » selon lui. « Je dispose d’une équipe de dix personnes. Je ne suis pas tout seul dans mon coin dans un bureau isolé. Et puis, nous avons un budget d’actions », répond-il. Un budget dont il ne connaît pourtant pas le montant. « Le service existe bel et bien », insiste-t-il.

Lutte contre les discriminations

Karim Amellal, il faut bien le dire, sait provoquer la chance. Ainsi, en 2005, « un simple envoi postal » d’un manuscrit à Flammarion le conduit à publier un premier essai. Discriminez-moi – Enquête sur nos inégalités lui permet de se positionner dans la lutte contre les discriminations. En 2007, il fait partie du collectif « Qui fait la France ». Auteurs et artistes prennent la plume contre les discriminations.

Amellal l’a bien compris, pour être audible, il faut produire. Il crée des entreprises, publie une dizaine de textes et s’engage contre la radicalisation. Quand il croise la route d’Emmanuel Macron, le maitre de conférence peut ainsi se prévaloir d’un bilan. Avec son mouvement ex-nihilo, Macron a besoin de profils comme le sien, du sang neuf. Les deux hommes se connaissent depuis l’époque où ils enseignaient tous deux à Sciences-Po.

« Nous avons été collègues. Lui enseignait la culture générale en prépa. Je dirigeais le master affaires publiques », rappelle-t-il. L’amitié a perduré. Parmi ceux qui l’ont côtoyé, dans le passé, son engagement politique auprès de Macron passe mal. Mais Karim Amellal assume. L’amitié avec Macron a perduré. « L’an dernier, j’ai participé au Sommet des Deux Rives à Marseille [une iniative du président français] comme personnalité qualifiée. »

En nommant Karim Amellal à ce poste, Emmanuel Macron sort des canons attendus de la diplomatie française

Pourtant, ambassadeur pour la Méditerranée ne relève pas d’une nomination politique même si la fonction l’est. « Ce poste existe depuis plusieurs années déjà. D’abord placé sous la tutelle du Premier ministre, il est dorénavant rattaché au ministère des Affaires étrangères. On s’occupe de Méditerranée donc c’est assez logique », explique-t-il.

Reste qu’en nommant Karim Amellal à ce poste, Emmanuel Macron sort des canons attendus de la diplomatie française. Si Karim Amellal a déjà un pied dans le sérail — il est fils d’un haut fonctionnaire algérien –, le quadragénaire est familier de l’environnement des quartiers populaires, à ce qu’explique celui dont le père est algérien et la mère française. « Je suis né en France et après des années en Algérie, je suis revenu, d’abord dans le Berry, dans les cités de Villiers-le-Bel et de Gonesse, ensuite. »

Une période largement évoquée dans son dernier roman, Dernières avant l’aurore (éditions de l’Aube), sorti en mai 2019, pendant le Hirak. « C’est une partie méconnue de l’histoire de la diaspora algérienne. Comme des milliers d’autres, mes parents ont été contraints de tout quitter au début des années 1990 », explique-t-il. « Ils se sont retrouvés à refaire leur vie à 50 ans presque à la rue. Nous sommes passés par le village de ma mère dans le Berry avant de nous s’installer dans une cité. »

Héritage binational

Une trajectoire à la croisée de la Méditerranée et de l’Histoire. « Nous avons quitté l’Algérie au début de la décennie noire », précise-t-il. Et son héritage binational, l’ambassadeur l’assume totalement. « La Méditerranée, cela fait vingt ans que je m’y consacre à travers mes livres, les entreprises que j’ai pu créer. J’ai grandi à Alger avant de rejoindre la ruralité puis la banlieue. Je suis un intermédiaire entre tous ces mondes. »

Si les mauvaises langues y voient un cadeau intéressé d’Emmanuel Macron à l’un des ses « marcheurs », Karim Amellal se réjouit d’un « job » qui lui permet d’agir pour « renforcer les liens entre l’Afrique du Nord et la France, pays méditerranéen ».

Cette semaine, il sera par exemple à Tunis avec Jean-Yves Le Drian pour le sommet sur la Libye. Et l’homme compte bien imprimer sa marque : « La coopération en Méditerranée consiste à développer un agenda positif et faire avancer des sujets clés entre les États impliqués, avec l’appui des populations civiles mais aussi des diasporas. »

Sur le papier, l’intention est belle. Reste que dans certains cas, l’ambassadeur doit marcher sur des œufs

Sur le papier, l’intention est belle. Reste que dans certains cas, l’ambassadeur doit marcher sur des œufs. En Algérie, le Hirak et la défiance à l’égard du pouvoir sont des obstacles à cette coopération. « On intervient sur des sujets qui ne fâchent personne. On crée du consensus », rétorque-t-il. « Bien sûr que les contextes politiques peuvent freiner, mais à nous de monter des modalités de coopération et de dépasser les obstacles. » Dans son discours, la binationalité émerge comme un levier d’action.

Posture naïve ou élément de langage ?

L’ambassadeur espère, d’ailleurs, emporter avec lui les diasporas. Il en est convaincu, les populations issues de l’immigration ont un rôle à jouer dans cette coopération. Posture naïve ou élément de langage ? Comment imaginer l’apport de minorités qui peinent déjà à être intégrées au roman national français ?

« Justement, je pense que l’on peut faire du dedans en faisant du dehors », résume-t-il. « La Méditerranée, ce micro-espace où cohabitent une multitude de cultures, des juifs, des musulmans, des chrétiens, des Berbères, où s’est sédimentée l’Histoire, les identités aussi… Je pense qu’elle peut apporter du souffle et un horizon positif aux jeunes Français issus de l’immigration », se persuade-t-il.

Désireux de poser les bases d’un futur cadre contre la haine en ligne, Karim Amellal pointe l’urgence de réguler les réseaux sociaux

Une conviction d’autant plus forte qu’elle retentit avec l’actualité. Depuis la décapitation de Samuel Paty, l’enseignant français tué après un cours sur les caricatures du prophète Mohammed, les questions d’immigration se superposent, dans un millefeuille médiatique, à celles de l’islam, du terrorisme, des pays d’origine et des quartiers populaires.

Pour Karim Amellal, il y a donc urgence à consolider les liens. En mars 2018, Emmanuel Macron lui avait confié une mission aux côtés de Gil-Taïeb, vice-président du Crif et de Laetitia Avia, députée de Paris. Objet de l’exercice ? Poser les bases d’un futur cadre contre la haine en ligne, l’antisémitisme et le racisme.

De ce travail commun sort une loi en février 2019, censurée en grande partie par le conseil constitutionnel. En cause, les atteintes à la liberté d’expression. S’il accepte la décision, Karim Amellal pointe l’urgence de réguler les réseaux sociaux. « On a eu Christchurch, Samuel Paty… On peut attendre encore 1000 ans mais la situation actuelle n’est pas satisfaisante. »

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